Patrick Cohen : A la Une de la presse ce matin : on achève bien les cheveux ! Bruno Duvic : C'est une histoire de mondialisation que raconte, cette semaine, Doan Bui dans Le Nouvel-Observateur. Une histoire saisissante ! Tout commence dans un chaudron de sorcière, des hommes en blouse touillent d'immenses cuves. Avec une grosse fourche, ils soulèvent une masse noire et filandreuse, dégoulinante de lessive, ce sont des cheveux. Des cheveux dans des cuves, sur des étendoirs, dans des chariots, dans des caisses, dans un hangar immense. A vue d'œil, il y en a 5 à 10 tonnes ! Calcul rapide : pour obtenir 10 tonnes de cheveux, il faut environ 40.000 femmes. Lavés, séchés, brossés, démêlés, cousus... Tous ces scalps deviendront des perruques et des extensions capillaires vendues dans le monde entier. Bienvenue chez Rebecca Hair Products ! 10.000 employés, leader mondial de la perruque. Ca se passe en Chine, évidemment, à Xuchang City. Direction Hollywood à présent... Elles sont canons Beyonce, Jennifer Lopez et Angelina Jolie. Sur la tête, elles en ont pour plusieurs milliers de dollars ! Somptueuses crinières, prélevées pour trois fois rien sur des têtes anonymes en Inde, en Indonésie ou en Mongolie. Histoire de mondialisation... Même les religions se crêpent le chignon dans cette affaire ! Les femmes juives orthodoxes ne veulent plus de cheveux indiens sur le crâne, ils ne seraient pas cacher. Cheveux indiens parfois prélevés dans des temples. Les pèlerins les offrent aux dieux et les prêtres les vendent aux enchères. Histoire de mondialisation... Même la mafia russe est impliquée, soupçonnée d'avoir abattu un collecteur dans l'Oural en 2006 pour une histoie de tifs ! Car, et là aussi on peut y voir un symbole, le cheveu blond est beaucoup mieux coté sur le marché que le cheveu brun. Au Brésil, la police signale d'inquiétantes attaques de cheveux par des chasseurs de scalps. Mais l'histoire de Doan Bui s'achève où elle a commencé : en Chine, dans le village de Casper, un gosse des campagnes qui n'a jamais pris l'avion, mais bientôt, il s'envolera pour le Niger. Car l'Afrique est l'un des marchés les plus importants. Dans le village de Casper, on croise sa cousine coiffée au carré. Avant, elle avait une jolie natte. "Le carré, dit-elle, c'est pratique, ça fait moderne et ça rapporte. Et puis, mes cheveux repoussent vite, je pourrai les revendre l'an prochain". Patrick Cohen : Et la presse française, ce matin, coupe les cheveux en quatre ! Bruno Duvic : Oui, le débat est touffu, mais diablement important. A la Une de Libération ce matin, une seule solution : la révolution. Il ne s'agit pas de la Tunisie, mais de la fiscalité ce matin en France. Trois économistes français, sensibilité de gauche, et présentés comme des spécialistes mondiaux par Libé, publient un livre qui porte ce titre : "Pour une révolution fiscale". Ils partent d'un constat : plus les Français sont riches, moins ils paient d'impôts. Taux moyen d'imposition pour la moitié des Français les plus modestes : 45% en comptant aussi la CSG, la TVA et les cotisations sociales. Pour les 500.000 Français les plus riches, le taux tombe à 35%. Deux éléments d'explication : l'impôt sur le revenu est devenu une passoire. Il est contourné à coups de niches et de mécanismes d'optimisation fiscale. Et puis, le patrimoine se porte très bien. Quelle serait la révolution ? Ce serait de fusionner l'impôt sur le revenu avec la CSG. On taxerait davantage les revenus du capital. Et selon les trois économistes, les impôts de 97% des Français baisseraient. Seuls ceux des 3% les plus riches augmenteraient sans même les matraquer. Alors, est-ce une lubie de gauchistes hirsutes ? Non, le très bien peigné Alain Minc affirme aux Echos que les revenus du capital doivent être taxés au même niveau que ceux du travail. Le différentiel qui existe aujourd'hui est indéfendable. Le débat sur les prélèvements, il est aussi à la Une du Monde. Le gouvernement est décidé à rouvrir le dossier du coût du travail en France. Le rapport d'un institut proche du patronat l'invite à baisser les charges des entreprises et à augmenter, en échange, la CSG ou la TVA. Objectif : rattraper l'Allemagne en termes de compétitivité. Cette histoire de compétitivité, c'est une escroquerie ! C'est la Une de L'Humanité ce matin. Selon un économiste interrogé par L'Huma, "si l'Allemagne est plus compétitive que nous, c'est aussi parce qu'elle a davantage investi dans la recherche et le développement". On veut encore nourrir l'appétit sans fond des actionnaires et l'économie de casino de la Bourse, selon Michel Guillou dans l'édito de L'Huma. A propos de Bourse, "Rue89" relève que l'agence de notation Moody's a rétrogradé la note de la Tunisie depuis la chute de Ben Ali. Renverser un dictateur : perdez un point chez Moody's. Pascal Riché essaye de retracer le raisonnement des analystes : "Eh oui, les révolutions, c'est porteur d'incertitude. Alors que la dictature, en terme de stabilité, c'est + + + ! Cher Patrick Cohen, si vous étiez à côté de moi, vous me diriez "Quoi d'autre dans la presse ?"... Merci de me poser la question, je vais y répondre... Johnny réopéré de la hanche. Sa prothèse commençait à dater. Son entourage se veut rassurant dans Le Parisien. Opération prévue de longue date. Renault a-t-il été vraiment victime d'espionnage industriel ? Les journaux demandent des preuves. Elles manquent à l'appel pour l'instant. PS : Royal prend ses rivaux de vitesse... Elle était hier dans le Pas-de-Calais. Pour Le Figaro, elle a déjà lancé sa campagne des Primaires. Et puis, évidemment, il est beaucoup question de la Tunisie. Je n'insiste pas, Patrick, on en parle déjà largement dans cette matinale. France Inter, en direct de Tunis. Et France Inter a lu la presse tunisienne, bien sûr...

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.