(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : 4 ans plus tard

(Bruno Duvic) Madame avait mis une robe bleue et noire, les filles étaient là. On lui a tendu la Bible familiale. Il a répété, cette fois sans erreur, les mots du président de la Cour suprême. Sa fille lui a dit : « Bien joué, papa tu ne t'es pas planté ! » Le tout a pris une minute environ. Ainsi a commencé le second mandat de Barack Obama à la Maison blanche.

Cérémonie privée. La date tombait un dimanche. On n'organise pas de festivité publique le jour du Seigneur aux Etats Unis. Il faudra donc attendre ce lundi pour les cotillons. Il fera plus chaud qu'il y a quatre ans à Washington mais il y aura nettement moins de monde.

Obama saison 2, le New York Times , le Los Angeles Times , USA Today … les journaux américains en racontent le premier épisode ce matin sur Internet. Pas de grand discours hier après la prestation de serment privée : « Je vais être court, les bonnes phrases, je les garde pour demain ! » a dit en substance le président.

Obama 2013 est « plus dur, plus cadré, plus confiant dans ce qu'il peut faire et plus conscient de ce qu'il ne peut pas faire, commente le Washington Post . Il reste un pragmatique mais nettement plus prudent. Il est plus vieux, peut-être plus sage. »

Il faut dire que le second mandat est rarement de tout repos. Bush, rappelle Le Parisien-Aujourd’hui en France , a eu l'ouragan Katrina, Clinton l'affaire Lewinsky, Reagan les ventes d'armes à l'Iran et Nixon le Watergate.

« Investiture, liesse basse au Capitole » titre Libération .

Après l'enthousiasme d'il y a 4 ans, le scepticisme aujourd'hui.

Et la montagne de dossiers accumulés dans le bureau ovale : déficit, vente, d'armes immigration... Voilà quelques dossiers de politique intérieure.

Ailleurs dans le monde, des élections se tiennent demain en Israël, cette campagne électorale a eu peu d'échos dans la presse. Les partisans d'une ligne dure vis à vis des palestiniens ont toutes les chances de l'emporter. Au rayon des magazines, on lira le dossier du numéro de janvier de Books . En couverture, ce titre : « Le suicide d'Israël ». Et dans le texte d'introduction au dossier, ces quelques lignes : « Les orthodoxes et ultra orthodoxes ont le vent en poupe. C'en est fini de la vieille idée que cet Etat d'Israël est un melting-pot multiculturel. 67% de la population pense que les Juifs sont le peuple élu. Cette évolution fait le jeu de la droite nationaliste dure. Et le puissant lobby juif américain a entravé les timides tentatives de l'administration Obama d'avancer vers une solution à deux Etats. »

Israël, Iran, Chine, Sahel et politique intérieure. Obama dispose peine deux années efficaces pour s'attaquer à tout cela... Ensuite il y aura les élections de mi-mandat et la fin de son propre mandat sera déjà en ligne de mire.

Dans une confidence au New York Times la semaine dernière, Obama a reconnu qu'il commençait à se sentir seul dans cette grande Maison blanche. Les filles Sasha et Malia grandissent, elles s'éloignent un peu de leur père.

Le New York Times ajoute : il aurait pu parler de ces conseillers qui l'accompagnaient depuis longtemps et qui sont partis faire carrière ailleurs.

Obama saison 2 se jouera sans David Axelrod, David Plouffe et Robert Gibbs, 3 piliers de son équipe. Même s'ils veulent créer un groupe de réflexion pour continuer de conseiller le président, sans ces hommes de la victoire de 2008, l'ambiance à la Maison blanche ne sera plus la même.

A la Une de la presse française, toujours le Mali et l'Algérie

Et toujours le scepticisme de Libération sur cette guerre au Sahel.

A la Une ce matin, une allitération en M et en L : « L'alarmante armée malienne ». Divisées, manquant d'équipement et sans réelle culture guerrière, les troupes du pays se disent revigorées par l'opération française.

Libé qui titre en encore sur « la France prise en otage par l'Algérie ». Le voisin du Maghreb a accepté le survol de son territoire par les avions français. En échange, Paris a du soutenir le raid meurtrier.

C'est aussi la presse que Libération critique via la chronique de Daniel Schneidermann, une presse qu'il trouve engourdie et peu hardie à dénoncer les couacs du gouvernement, comme lorsque François Hollande dit vouloir "détruire" les terroristes. Vocabulaire digne de Bush, selon Schneidermann, et qui en plus ne veut rien dire.

« Il y avait bien un Français parmi les terroristes », selon Le Parisien . Dans La Croix , le spécialiste de géopolitique François Heisbourg dénonce, après d'autres, l'absence de réelle solidarité européenne avec la France au Mali. Cela au moment où l'on célèbre les 50 ans du traité de l'Elysée entre France et Allemagne. Ce sera demain, pour l'occasion le 7/9 sera à Berlin. « France Allemagne, une amitié en panne » titre Le Figaro . Interview de l'ancien chancelier Shröder qui distribue des leçons de compétitivité à la France : « L'Allemagne attend que la France fasse ses devoirs. »

Le président est-il trop timide sur le dossier du coût du travail ? Ou trop timide dans ses attaques contre le monde de la finance ? « La Finance se porte bien, merci pour elle ! », c'est la Une de L'Humanité , qui célèbre un autre anniversaire. Demain, premier anniversaire du discours du Bourget sur le monde de la finance comme adversaire. « Où sont passées les promesses de changement et de rupture ? demande Jean-Emmanuel Ducoin dans l'éditorial (…) François Hollande a choisi une forme de cohérence sociale-libérale. Son cap conduit le peuple et la gauche dans le mur. »

Le chef de l'Etat mise également sur les réformes de société

Comment gâcher un déjeuner en famille ? En parlant du mariage gay... Série de témoignages recueillis par Nolwenn le Blevennec sur Rue89 .

Deux types de famille sont en danger selon elle : d'abord les familles cathos où ont prospéré de vilains petits canards. La famille d'Aymeric par exemple, des aristos de droite à mille particules. On débat par e-mail avec 100 personnes en copies, c'est une énorme tribu. Celui qui défend le mariage homo risque une lapidation numérique. C'est le cas du garçon, « ce pauvre Aymeric, gauchiste bobo » selon un de ses oncles. Lui soupçonne l'oncle en question d'être un homo honteux. Et il ajoute : « Je ne sais pas si François Hollande réalise à quel point cela touche à des trucs profonds au sein des familles. »

Et puis il y a les familles de gauche où la jeune génération découvre, à l'occasion d'un déjeuner, les réticences des parents à l'égard du projet de loi. « A la fin du séjour (de Noël), commente Aude, on s'est quitté plus froidement que les autres années ». Et sa mère, qui lui avait dit qu'un homosexuel est forcément un être en souffrance a cru bon de la rappeler pour lui dire qu'elle avait réfléchi : « elle est de gauche, elle s'en veut de se droitiser sur cette question. »

Un mot de la neige pour finir, c'est la Une de beaucoup de journaux régionaux. Belles photos de la France en blanc. Dans La Croix , Alain Rémond déplace le regard. En ce week-end où Paris était sous la neige, il est allé voir l'exposition Hopper au grand palais. Dans le musée, des gens vêtus de couleurs sombres, de celles que l'on porte en hiver. Et sur les toiles, des rouges profonds, des verts étincelants, des jaunes lumineux et des bleus magiques. L'un des derniers tableaux de l'expo s'appelle « Soleil dans une chambre vide ».

A demain

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