Bonjour... Les Français, aujourd'hui, ne pensent-ils qu'à ça ? ...Apparemment, non. En revanche, leurs représentants à l'Assemblée et au Sénat en font une obsession. C'est comme une "idée fixe". Vous le savez (on vous le dit, on vous le répète depuis des jours) : députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles se prononceront cet après-midi sur la révision constitutionnelle voulue par Nicolas Sarkozy. Pour être validé, le projet de loi devra recueillir les trois-cinquièmes des suffrages exprimés. La messe versaillaise est-elle dite ?... ...Vos quotidiens en doutent ou font semblant d'en douter. "La Provence", "La Montagne", "La Dépêche du Midi", "La Nouvelle République du Centre-Ouest" titrent sur le "suspense". "L'Alsace" et "Le Dauphiné Libéré" choisissent "l'incertitude". Il faut bien vendre les journaux, d'où les titres accrocheurs. Une fois passée la titraille, dès que l'on plonge dans le texte, on relève un décalage entre les Unes et les pages intérieures, entre les manchettes et les éditoriaux. Dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", Olivier Picard pointe "l'indifférence du pays, quasiment hors-jeu"... indifférence "révélatrice (à ses yeux) d'une occasion manquée". Cette occasion manquée, "L'Humanité" en fait sa partition. Pour ce journal, le résultat que l'on annonce "serré", ce soir, au Congrès de Versailles, "risque de priver de toute légitimité une réforme qui aurait dû être soumise aux Français". Pas de référendum autour de ce changement constitutionnel... Et pourtant, à l'autre bout de l'échiquier politique, "Le Figaro" opte pour ce titre : "Les Français plébiscitent la réforme" et "Sarkozy s'appuie sur l'opinion pour gagner la bataille du Congrès". Dans "Le Figaro", encore, vous lirez, en page "Opinions", la contribution de six députés radicaux de gauche décidés à voter aujourd'hui "en faveur de la révision constitutionnelle". Ils l'écrivent : "La Vème République fait déjà figure d'Ancien Régime (...) Le nouveau système ferait office de transition pour améliorer une situation devenue intenable (...) La VIème République est inévitable". Le texte de ces six élus du PRG est d'ailleurs titré : "En attendant la VIème République". L'élan républicain des radicaux de gauche (toujours officiellement dans l'opposition) est-il sincère ?... Plusieurs de mes confrères, ce matin, semblent en douter tant il a été fait, ces derniers jours, pour les convaincre de voter "oui" à la réforme sarkozyenne... Les mêmes efforts ont été constatés parmi les récalcitrants de l'UMP et les élus du Nouveau Centre. "Les portables et la carte de crédit du Budget ont paraît-il chauffé ces derniers temps. Coups de fil amicaux ou subtilement menaçants, invitations à l'Elysée, promesses de subventions, de promotions, de postes ministériels, de missions rémunérées" : ...Ces quelques mots amers sont extraits du quotidien "La Montagne" et de l'édito de Xavier Panon. Chantal Didier, elle aussi, s'attache, dans "L'Est Républicain", à dénoncer la méthode à "convaincre les réticents", écrit-elle. Dans "L'Alsace", Patrick Fluckiger manie l'humour astringent et lorgne du côté du Sénat. Il le constate : "Les septuagénaires du Palais du Luxembourg ont été plus efficaces pour garder leur régime électoral (très) spécial que les cheminots de la CGT pour garder leur régime spécial de retraite". Patrick Fluckiger dénonce "des marchandages qui ne sont pas dignes d'une démocratie"... pendant que Dominique Garraud, pour "La Charente Libre", note que ce "forcing" de l'Elysée auprès des parlementaires réticents "est en contradiction totale avec l'objectif annoncé de moderniser la vie politique". Voilà pour la forme. Sur le fond, le directeur de "Libération" Laurent Joffrin souligne que le Président de la République "a déjà réalisé, en fait, la principale réforme constitutionnelle de son mandat : la suppression de facto du Premier ministre et la concentration de l'essentiel des pouvoirs". Quelques pages plus loin, le dessinateur Willem représente un Nicolas Sarkozy très agité face à un François Fillon au dos brisé. Le premier dit au second : "Si on vote pour la réforme, ce sera une grande victoire pour moi"... Réponse du Premier ministre : "Si non, ce sera ma défaite". Le Président a le dernier mot, bien sûr : ..."T'as tout compris, François". "Nicolas Sarkozy est un joueur"... ...C'est Michel Noblecourt, pour "Le Midi Libre", qui l'affirme et qui ajoute : "Comme au poker, il abat son jeu pour voir celui de l'adversaire et il augmente les mises (...) S'il l'emporte, ce sera un vrai succès politique qui pourrait lui permettre de redorer son blason. S'il perd, il s'empressera de faire porter la responsabilité de son échec à l'opposition, qui sera alors présentée comme la gardienne du conservatisme". ...L'emportera-t-il, cet après-midi, Nicolas Sarkozy, devant les parlementaires réunis à Versailles pour dire "oui" ou "non" à cette 24ème révision constitutionnelle en un demi-siècle ?... ...Cité dans "Le Figaro", Jean-François Copé estime que "cela se jouera à plus ou moins trois voix... Le patron des députés UMP avait donné pour consigne aux élus de la majorité de rejoindre Paris dès le week-end, histoire d'éviter aujourd'hui tout problème de transport. Ce détail, vous le lirez dans "Libération", "Libé" qui prétend que le président UMP de l'Assemblée Nationale et du Congrès Bernard Accoyer prendra part cet après-midi au vote, "contrairement à l'usage". Sur ce sujet enfin, je vous livre le titre de Une du "Courrier Picard" : "Si Versailles m'était décompté". Alain, dans nos journaux ce matin, il est souvent question de la pauvreté et de la richesse... ..."La pauvreté ne recule plus" : ce titre, vous le lirez dans "La Tribune". Le quotidien économique cite une étude de l'INSEE, étude selon laquelle il y avait en France, en 2006, 7 millions 900.000 pauvres, soit 13,2% de la population, taux identique à celui de 2002. "France-Soir" en fait sa Une, en arrondissant au million supérieur : "8 millions de Français au-dessous du seuil de pauvreté". Ils disposent de "moins de 880 euros par mois", ils vivent (ou survivent) le plus souvent dans des villes de plus de 20.000 habitants. Les familles monoparentales sont les plus touchées. Au passage, "France-Soir" évoque la hausse des loyers au cours de la décennie écoulée. En prenant 123% d'augmentation au cours de cette période, les prix des logements dans les grandes villes auraient précipité dans "la spirale infernale de l'exclusion (...) de plus en plus de gens aux revenus modestes ou en situation de précarité". Le journal se demande si "immobilier et pauvreté" forment "un tandem indissociable". "L'incroyable cagnotte des sociétés HLM" : c'est le titre de Une du "Parisien-Aujourd'hui en France". Ce quotidien annonce que dans notre pays, où 11 millions 200.000 demandes de logement HLM resteraient insatisfaites, 11 milliards d'euros dormiraient dans les caisses des organismes chargés de gérer le parc des habitations à loyer modéré. La pauvreté ne recule plus, et voilà, si l'on en croit "La Tribune", que "les niches fiscales pèsent sur le rendement de l'impôt de solidarité sur la fortune". Le premier bilan de la campagne 2008 de l'ISF afficherait une diminution du rendement de cet impôt de 5,3% par rapport à l'an dernier. C'est une mauvaise nouvelle pour Bercy. A lire aussi dans la presse économique, cette fois dans "Les Echos", la chronique du professeur américain (Prix Nobel d'Economie 2001) Joseph Stiglitz. Elle est titrée : "La fin du néolibéralisme". Stiglitz y affirme que "il y a aujourd'hui découplage total entre les bénéfices sociaux et les intérêts privés. S'ils ne sont pas soigneusement couplés, l'économie de marché ne peut fonctionner de manière satisfaisante". Dans le même journal ("Les Echos"), vous apprendrez que "l'inquiétude grandit sur les valeurs de grande consommation". Les Français boudent les "marques" ; ils se reportent sur les produits d'entrée de gamme que leur proposent les magasins. Dans "Le Figaro Economie", une baisse annoncée (c'est une bonne nouvelle) : celle des prix des carburants. L'essence sera, paraît-il, "bientôt un peu moins chère" : 3 à 4 centimes de moins par litre. Pour relativiser tout ce que je viens de vous dire, je vous livre cette information brève relevée dans les pages de "Libération" : "Le Zimbabwe va mettre en circulation un nouveau billet de banque, d'une valeur de 100 milliards de dollars zimbabwéens"... Dans le triste pays de l'indéracinable octogénaire Robert Mugabe, l'inflation atteint 2 millions 200.000 %. Sur ce, je vous souhaite une excellente journée...

Alain LE GOUGUEC

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