C'était lundi soir... C'était donc avant-hier... Avant hier... avant "l'incident" de l'Assemblée... "Lâcheté", dit le Premier ministre au patron de la principale formation de l'opposition... Le ton monte, du genre : "Répète, si t'es un homme !"... Et pourtant, lundi soir, si l'on en croit "Le Canard Enchaîné", Dominique de Villepin se disait heureux d'avoir remporté un succès en obtenant l'inscription, au Conseil des Ministres du 28 juin, du projet de fusion Suez-GdF... De son côté, Nicolas Sarkozy se déclarait content d'avoir repoussé à plus tard "ce merdier"... Je cite le mot que le chef de l'UMP aurait employé. Quant à Jacques Chirac, il aurait conclu, philosophe : "Il faut laisser le temps à la pédagogie... Si ça passe, ça passe... Sinon, tant pis !". Eh bien, tant pis !... Pour l'instant, ça ne passe pas vraiment, d'où l'emportement du Premier ministre, hier... Un chef de gouvernement rendu coupable, par "Libération", de "délit d'agité". Villepin qui se lâche, et ses amis qui le lâchent... Alors... "Crise de nerfs incontrôlée ou dérapage verbal délibéré ?", s'interroge "Libé". En tout cas, c'est un désastre, affirme Antoine de Gaudemar dans son édito... "Dominique de Villepin est son propre bourreau... Non, ce n'est pas une question de sang-froid... A la première occasion, comme défié dans son orgueil et ses certitudes, il cherche à en découdre, mais il commet une nouvelle erreur, parce que s'il croyait ressouder la majorité en tapant sur le leader socialiste, la manoeuvre est ratée. Manque désastreux de sens politique... Quel niveau d'incidents faudra-t-il attendre, et atteindre, pour qu'il s'en aille ?", demande Gaudemar. "Oui, ajoute Alexis Brézet dans "Le Figaro", loin de ramener le calme à droite, le Premier ministre attise la fébrilité qui s'est emparé des députés de la majorité... Des députés poly-traumatisés par les défaites électorales et la catastrophe... Je reprends les mots de Brézet... La catastrophe du CPE, le drame de Clearstream et l'amnistie de Guy Drut". "Enfin, tout ça, c'est nul, complètement nul... Le degré zéro de la politique, indigne d'un chef de gouvernement qui devrait rester maître de ses nerfs... Incident parlementaire dont la gravité en dit long sur l'état d'esprit d'un homme à bout, fatigué, qui est devenu un boulet pour Jacques Chirac, pour la droite et pour le pays"... Ainsi s'exprime Pierre Taribo, dans "L'Est Républicain", avec une véhémence que pas mal de ses confrères de la presse quotidienne régionale utilisent... Comme Olivier Picard par exemple, dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", qui estime qu'en explosant de la sorte, l'homme de Matignon a sans doute ruiné ce qui lui restait de crédibilité. Oui, il s'est discrédité, écrit Christian Digne dans "La Marseillaise"... Signe d'un Premier ministre à la dérive, qui perd ses nerfs. Un Premier ministre qui disjoncte, estime le journal concurrent de Marseille, "La Provence". Didier Paubel, lui, dans "Le Dauphiné Libéré", a vu de la haine dans le regard du chef du gouvernement... Alors qu'Hubert Coudurier, dans "Le Télégramme", note que l'accusation que Dominique de Villepin a formulée contre François Hollande est celle de ne pas être un homme. Et Coudurier nous rappelle qu'aux Etats-Unis, la révolution conservatrice fut portée par le vote latino, que les sociologues avaient qualifié "d'envie du pénis"... Eh bien, en France, estime notre confrère breton, nous n'en sommes qu'aux préliminaires. C'est une façon de voir... Mais il est amusant de noter que, dans ce contexte, Patrice Chabanet, du "Journal de la Haute-Marne", voit une débandade de la majorité. Alors, que fait le Président ?... "Oh, le Président !, répond Bruno Dives dans "Sud-Ouest", il n'agit plus, et ne parle plus, sinon pour vanter les mérites des arts premiers... Il lui faut pourtant reprendre l'initiative d'urgence, sauf à voir le chiraquisme rangé au rang des civilisations disparues, et finir au musée qu'il vient d'inaugurer"... Lecture des événements que "Le Canard Enchaîné" traduit à sa façon, cruelle et lapidaire, avec ce titre... "Chirac enfin au musée !". La discussion sur cet épineux dossier de fusion Suez-GdF est donc repoussée à septembre... Or, en septembre, nous serons encore plus près de l'échéance qui mobilise tout le monde... La Présidentielle... Et ses prétendants... Le PS, en la matière, étant le mieux servi. Et c'est ainsi que deux de ses candidats à la candidature s'expriment ce matin, dans la presse... A commencer par Laurent Fabius, dans "VSD", qui confie d'abord qu'intellectuellement et physiquement, il se sent bien dans sa peau, mais qu'il a parfaitement conscience que le chemin ne va pas être facile. Son handicap ?... Laurent Fabius ne répond pas "impopularité", non, mais "longue présence"... "Les gens peuvent avoir le sentiment, dit-il, que je suis dans le paysage depuis pas mal de temps... Mais je vous rappelle, ajoute Laurent Fabius, qu'on a même dit que j'étais l'homme le plus sexy de France... Ce qui rend philosophe, par rapport aux mouvements d'opinion". Et puis l'ancien Premier ministre ne cache pas qu'il reste encore quelque chose de l'affaire du sang contaminé dans l'opinion publique, même si son innocence a été totalement et officiellement reconnue par la justice. En tout cas, ce qu'il demande, c'est que le candidat du PS puisse mener campagne dans des conditions équitables... Ce qui vous est directement adressé, François Hollande. Enfin, à la question de savoir si Laurent Fabius sera candidat en dehors du Parti Socialiste... Si ses militants ne le choisissent pas... La réponse est claire, nette et précise : c'est "non"... Pas de dissidence ! Et puis il y a Jack Lang... L'homme du 21 juin. Celui qui pourra se targuer d'avoir réussi son appel, lui aussi... Le premier jour de l'été, lorsqu'il avait dit : "Sortez vos instruments !"... Le ministre de la Culture de François Mitterrand venait de créer sa Fête de la Musique... Sa grande réussite puisque, rappelons-le, l'initiative a fait des émules à travers le monde entier. La Fête de la Musique, c'est aujourd'hui... Et la double présence de Jack Lang en interview, à la fois dans "France Soir" et dans "Le Monde", c'est aujourd'hui... Pour dire d'abord que, malgré Ségolène Royal et sa spectaculaire percée, il est toujours candidat, et que lui bénéficie de la confiance populaire depuis longtemps. Bref, un homme déterminé, qui se présente en homme d'expérience et d'imagination... En protecteur... Solide et bâtisseur... Fidèle à l'idéal socialiste... "Il y a 5 ans, je ne l'aurais pas dit, confie-t-il dans "Le Monde", mais aujourd'hui je suis l'homme à assumer cette fonction". Alors forcément, dans "France Soir", on lui parle aussi de Ségolène Royal... Et il répond qu'elle ne lui vole pas la vedette. "Moi, je défends des idées parce que j'y crois", assène Jack Lang. C'est une scène à laquelle vous avez peut-être assisté vous-même, si vous êtes Parisien... Elle se déroule juste devant la bouche du métro République. Un jeune homme est posté sous un parasol rouge, avec à ses côtés une énorme pile de "Direct Soir", le nouveau quotidien gratuit lancé par l'industriel Bolloré... Et il les distribue, ses journaux, à la chaîne, alors qu'à 8 mètres de là, il y a un kiosque... pas un client ! Alors c'est vrai que ça revient à distribuer des petits pains gratuits à deux pas d'une boulangerie... Allez demander, dans ces conditions, à la boulangère si elle est belle, la vie ! Et c'est ainsi que la kiosquière de la République raconte tous ces lecteurs qui lui achetaient "Le Parisien" mais qui, aujourd'hui, contournent son kiosque pour aller prendre "Direct Soir". Alors elle dit, la kiosquière : "La presse, c'est cuit !". Ce n'est même pas une sonnette d'alarme que tire "Le Canard Enchaîné", puisque, de toute façon... Comme il le dit lui-même... Le mal est fait... Non, c'est un constat, désabusé, face à la force de ces journaux gratuits où, pour boucher les trous entre les encarts de pub, il y a des articles... "Preuve est faite, chiffres des tirages à l'appui, que les gratuits tuent la presse française à petit feu", proteste Jean-Luc Porquet. "Libé" vacille, "France Soir" est à la dérive, "L'Huma" frôle le gouffre, et tous les autres rament, parce que, par-dessus le marché, tout le monde fait comme si les journaux gratuits étaient des journaux à part entière". Et Porquet dénonce ces signatures (Ockrent, Labro, entre autres) qui leur vendent des papiers... Ces hommes politiques qui leur accordent des interviews... Ou ces radios qui citent les gratuits dans leur revue de presse... Oui... Pas toutes, cher Jean-Luc Porquet. La presse payante en crise... Pourrait-on imaginer par exemple un quotidien sans "Libé" ?... "Non", répond l'hebdomadaire "Les Inrockuptibles", qui reproduit le logo de "Libération" sur sa Une, sous le titre : "Journal indispensable en péril". Voilà... Heureusement qu'il y a le football pour nous détendre... Ou pour nous endormir, diront d'autres... Comme semble le penser "Charlie Hebdo", avec ce titre en Une : "Un but de plus... 15.000 fonctionnaires en moins". En tout cas, l'équipe de France n'arrive pas à redonner le moral à la France... Ce qui est un coup dur de plus pour Dominique de Villepin, qui s'est beaucoup investi auprès des joueurs... Et c'est Jean-Michel Normand, dans "Le Monde", qui, sous le titre : "On lâche rien", s'amuse à lier les destins du Premier ministre et du sélectionneur des Bleus. Tous les deux, analyse notre confrère, suivent une trajectoire parallèle et résolument déclinante... L'un rêve de l'Elysée, l'autre du destin d'Aimé Jacquet... Ils sont mal partis. Arc-bouté en défense, le Premier ministre ne peut pas profiter d'un effet Mondial qui ferait diversion... Et quand il dit : "C'est plus difficile de donner le meilleur de soi-même quand on se sent dénigré et critiqué"... Dominique de Villepin n'évoque sans doute pas seulement les Bleus, estime Jean-Michel Normand. Mais ces deux mal-aimés peuvent au moins compter sur un fidèle supporter : Jacques Chirac, affirme notre confrère du "Monde"... Jacques Chirac qui a récemment réaffirmé son appui au Premier ministre, et qui a téléphoné dimanche soir au sélectionneur pour lui exprimer personnellement tout son soutien pour le match suivant. Mais le Président aurait pu gagner du temps en composant un seul numéro : celui de Domenech de Villepin... Bonne journée. A demain.

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