Patrick Cohen : Quel est le maitre-mot, ce matin ? Denis Astagneau : « Domino », un mot qui fait de l'effet... ça n'est pas le jeu proprement-dit, c'est plutôt son dérivé : un domino qui fait tomber l'autre, qui fait tomber le suivant. Bref, un seul est déséquilibré et tout le monde tombe. Dans les années de Guerre froide, la diplomatie américaine avait inventé cette image pour justifier les guerres dans le sud-est asiatique contre la propagation communiste. Aujourd'hui, la Grèce est le domino faible. C'est le journal Le Monde, daté de ce mardi, qui relance l'expression. Elle est parfaitement illustrée par la Une de Libération où les dominos sont remplacés par des liasses d'euros qui s'effondrent, et résumée par Pascal Jalabert dans Le Progrès : "Si Athènes tombe, Rome vacillera très vite et Paris tremblera aussitôt". Si la Grèce fait faillite... en pages intérieures, Libération montre par une carte et quelques tableaux, comment les pays européens les plus endettés seraient à leur tour touchés. Et du coup, c'est Le Parisien-Aujourd'hui-en-France qui pose la question : "qui va payer la dette grecque ?" Et là, il y a trois scénarios : soit l'Europe n'aide plus la Grèce et c'est la faillite, Athènes ne rembourse plus ses dettes. Perte pour la France : pas loin de 40 milliards d'euros... Soit la dette grecque est rallongée de sept ans... Soit l'Europe accepte un effacement partiel de la dette grecque. Et là, ce sont encore les Etats et les banques, créancières, qui vont payer. Sinon, dit encore Le Parisien Aujourd'hui-en-France, "il y a des solutions politiques : l'Europe pourrait se couper un bras pour prévenir la gangrène vers d'autres membres, ou bien se structurer politiquement". Et Nicolas Demorand dans Libération a sa solution : le fédéralisme. "L'avenir de l'Europe, dit-il, c'est à court terme la faillite ou le fédéralisme". Avec quels outils ? Un gouvernement économique, un ministre des Finances, une Autorité capable de s'exprimer au nom de tous. Et pour cela Nicolas Demorand appelle à parler de nouveau la langue qu'un Köhl ou un Mitterrand avait su naguère inventer. Patrick Cohen : En France, la polémique politique se focalise sur la Primaire du PS... Denis Astagneau : Oui, alors cette fois c'est parti, nous dit Le Figaro. La polémique sur la Primaire socialiste a pris. L'UMP tentait de l'allumer depuis des semaines en vain. Jean-François Copé n'était pas entendu quand il accusait le dispositif de menacer gravement les libertés individuelles. Il a fallu que des maires de droite usent (abusent dit Le Figaro) de leurs prérogatives en bloquant la transmission des listes électorales pour que le sujet soit posé. Hier, le PS a publiquement protesté. Le Monde parle "du mauvais procès de Monsieur Copé". Le secrétaire général de l'UMP a décidé de déployer l'artillerie lourde. Il accuse le PS, à travers cette consultation, de créer un gigantesque fichage politique. La ficelle est "hénaurme" ! (avec un "h") s'exclame Didier Louis dans Le Courrier-Picard. Agiter l'épouvantail du fichage politique et jeter ainsi la suspicion ne peut qu'accroître la défiance envers tous les politiques. On verra si cette stratégie de démobilisation de la gauche porte. poursuit Didier Louis. Pas facile, en effet, de s'attaquer à un parti quand celui-ci donne la parole, ouvre un espace d'expression et en somme, concourt au suffrage universel. Le Monde enfonce le clou : "Monsieur Copé flatte médiocrement les soupçons de ceux qui pensent qu'on ne peut décidément pas faire confiance aux politiques pour respecter les lois de la République. C'est ce que France-Soir nomme "la guerre des fichiers". Une semaine après la proclamation des résultats, ces fichiers seront détruits, devant huissier, par incinération. C'est d'ailleurs la question que pose Babouse, le dessinateur de France-Soir : "Vous allez les détruire quand, ces listes ? Ca dépend de la vitesse de la photocopieuse, lui répond la caricature de Martine Aubry". Autre sujet qui fâche, à droite comme à gauche, ce que L'Humanité appelle "le mâle dominant dans la Fonction publique". Comme le dit le journal, loin de montrer l'exemple, l'administration entretient les discriminations. Les femmes y sont majoritaires, mais cantonnées au bas de l'échelle. "Les femmes, ces invisibles de l'administration"... c'est le dossier dans L'Humanité. Et justement, cet après-midi, nous rappelle Le Parisien Aujourd'hui-en-France, l'UMP consacre une convention à la place des femmes dans la société. Or, à l'UMP, justement, où sont les femmes ? s'interroge Le Parisien. Avec ce coup de gueule de Françoise de Panafieu, députée UMP de Paris : "Nous, les députés, sommes incapables de respecter la loi qu'on a votée depuis dix ans", dit-elle. Rappelant que les femmes députées ne sont que 18% à l'Assemblée, et seulement 13% à droite. "L'UMP ne nous a jamais porté". Et quand on lui demande si son parti est misogyne : "Ah, ça, sûrement !" répond Françoise de Panafieu. Patrick Cohen : On parle aussi ballon rond, ce matin, dans la presse... Oui, L'Equipe qui préfère se rappeler les bons que les mauvais souvenirs... Bon souvenir : il y a 25 ans, l'équipe de France de foot éliminait le Brésil en quart de finale de la Coupe du monde à Guadalajara, avec quatre pages spéciales dans L'Equipe, plutôt que le mauvais souvenir du quart de Knysna, l'année dernière, quand les Bleus avaient boudé l'entraînement en Afrique du Sud. C'était aussi un 21 juin... L'Equipe avait alors titré : "La France en car". L'autre nouvelle du ballon rond se trouve dans Le Figaro-Economie, à propos de l'offensive du Qatar sur le foot français. Alors que l'Emirat vient de racheter le Paris-Saint-Germain, la chaîne de télé Al-Jezira est candidate aux droits audiovisuels du championnat de France jusqu'en 2016. La chaîne qatarie devient un concurrent sérieux de Canal+, nous dit le Fig-Eco. Al-Jezira a déjà racheté les droits internationaux de la Ligue 1 pour 195 millions d'euros. Et puis, bien sûr, honneur à la musique. La Croix nous dit que pour sa 30ème édition, la Fête de la Musique séduit toujours autant. Pratiquement chaque quotidien édite des pages spéciales sur les concerts de ce soir. Cette année, la fête met à l'honneur les musiques ultra marines, dans le cadre des manifestations "2011 : année des outremers". Comme le dit encore La Croix : "Cet évènement a été un vecteur important dans la grande démocratisation de la pratique musicale. Symbole d'une réussite française, la Fête de la Musique se tient dans plus de 120 pays". Le Monde nous rappelle que 5 millions de Français possèdent un instrument, que les conservatoires de l'Etat comptent 100.000 élèves, tandis que plus d'un million fréquentent les écoles municipales de musique. Le fossé entre amateurs et professionnels ne cesse ainsi de se réduire. Et Hervé Chabaud rappelle dans L'Union-L'Ardennais : "Si au commencement, on s'est moqué de ces farfelus qui recevaient cette initiative de Jack Lang comme la panacée d'une culture de la force tranquille, on a vite compris que cela répondait à un besoin sociétal et social". La musique est indissociable de notre environnement, dit encore Chabaud, qui se fait lyrique : "Elle est parfois douce et câline, quelquefois vive et rebelle. Elle cajole comme elle se révolte. Elle séduit et elle endort". Et je garde le meilleur pour la fin : "Elle est l'âme de la géométrie de l'être et nul doute, une polyphonie de la vie". On ne pouvait pas terminer sur une fausse note. Bonne journée !

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.