(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : pris au mot Il s'est fait pincer deux fois pour dopage en 2004 et 2009. Il a fini par mettre un terme à sa carrière. Et puisqu'il a tout perdu, le cycliste Tyler Hamilton, ancien compagnon de route de Lance Armstrong, est passé aux aveux, de plus en plus détaillés. Il publie samedi un livre confession, et donne cette semaine une interview digne d'un repenti de la mafia au Nouvel Observateur. « Est-ce que tous les coureurs sont dopés ? lui demande Natacha Tatu - Dans celles du niveau du Tour de France, oui, en tout cas à mon époque (…) 3 éléments font le succès d'un coureur : l'entrainement, le contrôle du poids et la dope (…) Plus vous êtes bon, plus vous avez d'argent, plus vous avez accès aux bons produits. (…) La première fois qu'on m'a donné de la testostérone, j'étais flatté, c'était comme d'être admis dans une fraternité. Il faut savoir que tous les coureurs n'avaient pas accès à ces ‘œufs rouges’, comme on les appelait. » Puis il y a eu l'EPO, baptisé Edgar, come Edgar Poe. « En 99 après le scandale Festina, impossible de garder Edgar dans les véhicules de l'équipe. Alors Armstrong avait mis au point un plan d'approvisionnement spécial. Un type qu'on surnommait "motoman" suivait le tour à distance, avec un téléphone portable. Il suffisait de l'appeler (…) Armstrong, c'était le parrain, il contrôlait tout, y compris nos revenus (…) Ses aveux, lorsqu'on le connait, c'est énorme. Il vient de très loin en matière de déni (…) Moi je n'ai jamais oublié que je trichais, je ne suis pas sûr que ce soit son cas. Lui seul peut donner les noms, les preuves et changer tout le système. Il sait où sont cachés les corps. » A la Une de La Croix : « L'Etat des lieux du racisme en France » Souvenez-vous des mots de Pierre Desproges : « Les rues de Paris ne sont plus sûres. Dans certains quartiers de la capitale, les arabes n'osent plus sortir seuls le soir ». Des mots menaçants, des actes... La délinquance raciste a fortement augmenté l'an dernier. Conclusion de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, qui s'appuie sur trois études - CSA, Sofres et Cevipof, le centre de recherche de Sciences Po. Les trois instituts arrivent à la même conclusion : forte augmentation de l'intolérance vis à vis des musulmans. Seulement 22% des personnes interrogées disent avoir une vision positive de l'Islam. L'article de Marie Boëton dans La Croix, c'est une batterie de chiffres et les interprétations, notamment de Nonna Mayer du CNRS. Intolérance à l'égard de l'Islam : le décrochage s’est produit en 2010. C’est l’époque du débat sur le voile intégral et des polémiques sur les prières de rue. La réprobation de ces pratiques a fini par rejaillir sur d'autres, acceptées jusque là, comme la non consommation de porc. Certaines pratiques sont d'autant moins acceptées qu'elles sont vécues comme remettant en cause la laïcité, perçue comme l'un des rares ciments de la société française. Plus généralement, "il y a trop d'immigrés en France" : ce discours est désormais majoritaire, même chez les sympathisants de gauche, à 51% et chez les personnes de nationalité étrangère elles-mêmes. Le poids des mots et des réalités qu’ils décrivent. Hiver 2012-2013 : on meurt encore de froid chez soi en France. L'Humanité consacre sa Une à cette précarité énergétique qui tue et qui, elle aussi, explose en France. Elle concerne de plus en plus des familles salariées, qui voient leurs revenus ou leur emploi remis en cause. Un homme pris au mot, c'est encore ce jeune homme des quartiers de Marseille, qui s'appelait Nabil et que l'on a retrouvé carbonisé dans le coffre d'une voiture la semaine dernière. L'année dernière, il avait participé au tournage d'un clip dans lequel il décrivait à peu près ce qui lui est arrivé. Prémonition. C'est notamment la Une de La Provence ce matin : « Le clip qui tue ». Les politiques eux aussi sont pris aux mots Dans Le Monde, Ariane Chemin et Claire Guelaud racontent les trois mois que vient de traverser Jérôme Cahuzac et qui commencent avec cette promesse les yeux dans les yeux au Président de la République : « Je n'ai pas de compte en Suisse ». Dès la mi-décembre, un proche de toute l'équipe qui défend le ministre lâche cet aveu. "Il a sans doute eu un compte en Suisse, ce qui compte, c'est qu'il ait juré le contraire au président. Ce n'est pas à la portée de tout le monde". Puis une « épouvantable lessiveuse », comme l'appelle l’ex ministre se met en marche. Les médias s’en prennent à lui, mais aussi les inconnus, comme ce conducteur à un feu rouge à Paris qui lui montre la direction de l'Est : "La Suisse c'est par là". Sale ambiance et pression sur les journalistes aussi. Dans cet article, il est question d'un SMS d'excuses d'une conseillère de Jérôme Cahuzac, connue pour être une « killeuse ». SMS au journaliste de Mediapart Fabrice Arfi. Elle s'excusait de s'être intéressée de trop près à son père… Les discours des politiques ont-ils encore du poids ? L'échange Copé-Ayrault hier à l'assemblée ne déclenche pas l'hystérie dans la presse. A propos de Jean-Marc Ayrault, Le Figaro file un édito sur le thème « quand les actes ne suivent pas, les paroles sont vides ». Le Parisien-Aujourd’hui en France s'étonne du peu d'entrain de Jean-François Copé. Dans l'assistance, le député Jean-François Lamour fabriquait une cocotte en papier pendant le discours… Et dans Les Echos, Cécile Cornudet relève à quel point les mots utilisés par le premier ministre et le président de l'UMP se ressemblaient. Le pays doit faire preuve « d'audace », « alléger les contraintes », « libérer » les forces productrices. L'homme de droite parle de « relèvement » de l'appareil productif - on n’est pas loin du ministère d'Arnaud Montebourg. L'homme de gauche assume la rigueur. Les politiques pris au mot, c'est aussi ce portrait de Nathalie Kosciusko-Morizet... ... Portrait brossé par l’écrivain Martin Page aujourd'hui dans Libération. Libé entièrement rédigé par des écrivains ce matin. C’est souvent décevant, mais il y a quelques pépites, comme ces quelques lignes qui décrivent la bobo de droite Nathalie Kosiusko Morizet, qui puise ses références tantôt carrément à gauche, tantôt chez Thatcher. "C'est une enfant de son époque, écrit Martin Page. Elle coupe, elle colle, c'est une DJ de la politique, les idées sont des sons, on compose quelque chose qui séduira". Et pourtant les politiques aiment les mots. Dans ce même Libé des écrivains, Bruno Le Maire, l'un de nos élus épris de littérature et auteur lui-même, se fait journaliste sportif. Et il est entré dans le maillot ! On se demande même s'il n'a pas volontairement exagéré la dose. Il parle de la victoire de Rafael Nadal au tournoi de tennis d'Indian Wells, après une longue période d'absence due à une blessure au genou. Balle de match et victoire. Bruno Le Maire au commentaire : "Il a jeté sa raquette, il est allongé sur le ciment californien et il serre le ciel entre ses mains". Bruno Le Maire journaliste sportif et Robert Badinter librettiste d'opéra ! Dans La Vie et Le Nouvel Observateur, vous apprendrez que l'ancien ministre a rédigé le livret d'un opéra bientôt créé à Lyon et qui s'inspire d'un livre de Victor Hugo, « Claude Gueux ». Histoire d'un prisonnier guillotiné pour avoir tué le directeur de sa prison. Il y avait de quoi inspirer l’homme de l'abolition de la peine de mort. Surtout quand on relit comme il le fait dans Le Nouvel Obs les dernières lignes du « Claude Gueux » version Victor Hugo « La tête de l'homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n'aurez pas besoin de la couper. » A demain

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.