501 morts de la rue en 2016...5 candidats en débat: ça éclaire ou on n'en sait pas plus?

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Une litanie de noms pour commencer…

Anthony T, 30 ans, mort le 1er janvier à Dôle…Max la menace, mort en décembre à Lyon…entre ces deux dates, il y a eu Gérard, Virgil, Jacob, Annie, souvent ils n’ont même pas de prénom, on parle « d’un homme, d’une personne, d’une enfant même morte le 20 avril dans le 14ème arrondissement de Paris…Ils, ce sont ces 501 morts de la rue dont la Croix égrène ce matin sur 4 pleines pages les identités, lorsqu’elles sont connues. Le collectif les morts de la rue se réunira à la mi-journée place du Palais royal pour lire tous ces noms…Dernier hommage, dérisoire mais nécessaire reconnaissance pour ces hommes, ces femmes et ces enfants morts dans les rues de nos villes

On passe au premier débat hier soir entre 5 candidats à la présidentielle…verdict ce matin de la presse Hélène ?

La photo des 5 trône à la Une du Wall street Journal, tout de même ! mais le quotidien a bouclé avant la fin des 3 heures 20 d’émission, du coup, y a que la photo ! on attendra pour les commentaires…

Verdict ? en fait tout le monde n’est pas d’accord sur le climat qui a prévalu et sur la fonction éclairante ou non pour les électeurs de l’exercice :

Si quelques titres de presse estiment qu’on a eu droit à un « premier débat sans concession », c’est la Une du Télégramme, avec des candidats « à l’offensive » pour l’Est éclair, « ça ne rigole plus » estime même la Provence, ils sont tout aussi nombreux à regretter un « premier débat sans coup d’éclat », dit le Midi Libre, « convenu » pour l’Indépendant catalan, où en fait « chacun est resté dans son couloir » estime Mediapart dans son débrief.

« Qualité du débat » indiscutable dit ce matin Laurent Joffrin dans Libération, « qui devrait permettre aux électeurs de retrouver leurs marques politiques »« Débat dense, sérieux, pédagogique mais non décisif, sans surprise donc mais salutaire » renchérit Jean-Marie Montali dans Aujourd’hui en France/le Parisien. Le Parisien qui souligne tout de même sous la plume de Nathalie Schuck « les pudeurs de gazelle » des candidats sur les affaires pour reprendre l’expression de Jean-Luc Mélenchon. « Avaient-ils noué un pacte de non-agression se demande la journaliste ? En tout cas surprise, relève t elle, c’est François Fillon mis en examen pour détournement de fonds publics qui a crevé l’abcès, promettant de mettre en place une commission pour lui faire des propositions sur la prévention des conflits d’intérêts. Seul le candidat de la France Insoumise a relevé, et raillé donc les « pudeurs de gazelle », en l’occurrence des journalistes et mis les rieurs de son côté en invitant les électeurs à châtier les corrompus, en visant nommément Fillon et le Pen. En fait, c’est surtout Macron qui a pris la foudre avec les attaques de Benoit Hamon l’accusant d’être le candidat des lobbys et des puissances d’argent ». Jean Louis Hervois dans la Charente libre juge d’ailleurs ce matin que le candidat socialiste a été le plus « sévère, voire le plus sournois dans ses attaques »

Emmanuel Macron et Marine le Pen qui au titre de favoris, ont néanmoins concentré l’essentiel des attaques de leurs concurrents…Le site de l’Obs propose un « clashomètre » de celui qui a été le plus attaqué ou le plus offensif. Macron s’est pris 5 pitchenettes sur la laicité, les retraites ou l’international, Marine le Pen, 9, sur la sécurité, « vous êtes une droguée aux faits divers » lui a balancé Benoit Hamon, la moralisation ou l’euro…mais TF1, chaine organisatrice du débat en a également pris pour son grade, accusée par 3 candidats Fillon, le pen, macron de ne pas avoir invité les 6 autres! Un débat alternatif a d’ailleurs été proposé par le nouveau site Explicite, monté par des anciens d’itélé…avec un succès tout relatif nous raconte ce matin le Figaro puisque seuls nathalie Arthaud et Jacques Cheminade y ont participé, Nicolas Dupont Aignan ayant préféré s’afficher, sans doute pour mieux défendre son programme, chez Cyril Hanouna… Quant aux journalistes-animateurs du débat de TF1, ils se prennent à leur tour une petite pitchenette. Compte-rendu de la soirée par le service politique du Monde à lire sur le site, on relèvera cette dernière phrase « Gilles Bouleau a clos le débat en détaillant les épisodes de New York, unité spéciale qui allaient suivre, dans l’une de ses interventions les plus longues de l’émission ». C’est pas le Léon Zitrone de 1965 que vous évoquiez tout à l’heure Patrick, « de quoi allons nous nous entretenir ce soir chers candidats », mais on n’est pas si loin

« Projet contre projet » donc hier soir…mais si ce n’était pas la solution hélène ?

Article très provocateur de Jean Staune, philosophe des sciences et prospectiviste qui explique ce matin dans les Echos que « les programmes politiques sont un outil dépassé » ! « Quel que soit le vainqueur assure-t-il, une chose est certaine, un événement imprédictible se produira qui empêchera l’application de son programme ! Ce n’est pas une prédiction dit il, c’est une certitude scientifique. Plus il y a de variables en interaction dans un système, plus celui-ci devient imprévisible. Dans un tel univers, un programme politique relève donc tout simplement de l’absurde, d’autant qu’il est devenu une source inépuisable d’espoirs déçus. Bref, plus de programme conseille-t-il, mais des valeurs, l’engagement à ne pas dépasser certaines limites, et des étagères pleines de projets…tout tenter, quitte à subir 90% d’échecs pour 10% de réussites brillantes. ». L’Opinion relève qu’Emmanuelle Mignon, celle qui a rédigé le programme de Nicolas Sarkozy en 2007, n’a pas dit autre chose hier sur France Culture : « tous les chiffrages des candidats aujourd’hui sont bidons a-t-elle assuré. Et puis dit-elle en experte, une fois l’élection passée, il y a une énorme distance entre le programme élaboré et la possibilité de le mettre en œuvre ». On avait l’habitude de dire jusque-là que les promesses n’engageaient que ceux qui les écoutaient. Bon, ben cette fois, on est prévenus

On termine Hélène avec quelques articles relevés ce matin

Interview et accusations graves proférées ce matin dans le Parisien par l’ancien chef de dermatologie du CHU de Besançon, aujourd’hui démissionnaire. Cet éminent spécialiste des cancers de la peau dénonce des violations dans les procédures de traitement de malades. Il accuse un médecin référent d’avoir prescrit des chimiothérapies, en éludant d’autres traitements. « Ces chimios sont plus rémunératrice pour l’hôpital précise t il…j’espère qu’il ne s’agissait pas d’alimenter les liens avec l’industrie pharmaceutique, pointant les liens de ce médecin avec des labos ». Une enquête de l’agence régionale de santé est attendue prochainement

Rien à voir, mais c’est à lire également l’enquête des Echos sur Trump et la presse, les meilleurs ennemis. Où l’on apprend que depuis l’élection de TRump, les journalistes du New York Times sont en alerte dès 5H30 du matin pour guetter les premiers tweets du président, épuisés, ils n’ont jamais autant travaillé de leur vie, n’ont jamais été aussi nombreux non plus à couvrir la maison blanche, le chef du bureau de Jérusalem a même été rapatrié, « il n’a finalement fait que troquer un conflit pour un autre » raconte Lucie Roquebain, la presse ayant été déclarée l’ennemi du peuple américain par le président. On y découvre les consignes de la hiérarchie à leurs journalistes, « comportez vous avec le même sang froid que dans les pays totalitaires » dit l’un des patrons.Carrément. Le bon côté des choses, parce qu’il y en a, les journaux ont du relancer leur service investigation, surtout pour enquêter sur le sommet de l’Etat, ils se lancent aussi dans l’auto critique, et puis les ventes explosent, 250 000 abonnés supplémentaires pour le NYT au dernier trimestre…bingo, sauf qu’au-delà de l’élite, la défiance à l’égard de la presse n’a jamais été aussi forte. Seuls 40% des américains font confiance aux media pour rapporter des informations exhaustive et impartiale. Comme si finalement, le fossé ne cessait de se creuser… peut-être cela, finalement, tout le sens de la présidence Trump

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