Prenez un gamin turbulent, découpez un ruban blanc, accrochez-le lui au vêtement, humiliez-le en public, et quelques années plus tard, à la place du ruban blanc, il y aura un brassard noir... Du ruban blanc au brassard noir ou à la Palme d'Or : le film de Michael Haneke, aujourd'hui sur les écrans, reçoit des critiques très élogieuses dans la presse. Dans Le Figaro, qui parle de "chef-d'oeuvre", Eric Neuhoff pose le décor... "Nous sommes dans un village allemand d'avant 1914. Haneke filme la neige en noir et blanc, la cruauté de l'enfance, les saisons qui défilent, le mal sur lequel on hésite à mettre un nom. Il gèle dans les coeurs et dans les champs". "Ici, poursuit Thierry Gandillot dans Les Echos, on ne dit pas 'papa : on dit 'Herr Vater'. On parle en baissant les yeux. Et à enfreindre cette pégagogie noire, on encourt le fouet". "Les enfants terribles aux racines du mal" : voilà comment la presse résume ce film dans ses titres. Parole à Michael Haneke, dans Le Figaro et Libération... "J'ai voulu raconter comment les êtres humains peuvent s'ouvrir aux idéologies de par leur formation. Et cela, parfois dès l'enfance. Pour créer de telles conditions, il faut installer une situation de malaise. Tout cela finit par pousser les gens à se saisir de n'importe quelle idéologie. On pourrait imaginer un film équivalent aujourd'hui dans un pays musulman tenté par le fanatisme... comprendre par quel mécanisme une idée, bonne a priori, devient une idéologie menaçante. Il faut rester vigilant vis-à-vis des idées en général. Dans la mémoire, la joie s'oublie vite, une humiliation ne disparaît jamais". Pour Didier Péron, le critique Cinéma de Libé, "le film prend une pertinence particulière, à l'heure où, via Internet et son immense forum d'opinions en continu, se constitue sous nos yeux une nouvelle entité morale prête à bondir et juger, répandant partout la rumeur et le soupçon". Conclusion à Eric Neuhoff : "Ce film, c'est un carnaval au ralenti, un théâtre d'ombres mortelles. Haneke n'a pas volé sa Palme d'Or. Il fit souffler sur la Croisette le vent de l'esprit. Il serait bon que ses saines bourrasques décoiffent maintenant la France entière". (Nicolas Demorand : Jean Sarkozy encore et toujours, dans la presse)... Eh oui, les commentateurs ont, ce matin, une mine de crayon : le crayon des dessinateurs de la presse satirique. Charlie Hebdo et Siné Hebdo filent la comparaison entre la France et d'autres régimes connus pour leur "démocratie". Dans Charlie, Kim Jong-il console Jean : "Courage, moi aussi je n'avais qu'un DEUG quand Papa m'a filé la Corée du Nord". Dans Siné, le fils a le visage en noir et blanc : Ali Bongo investi Président au Gabon. "C'est pas chez nous que ça arriverait". Dans Le Canard Enchaîné, sous le crayon de Pétillon, un député UMP désespéré se confie aux Balkany : "Je n'arrive pas à dire que Jean Sarkozy est compétent et qu'il n'a pas été nommé". Réponse des Balkany : "Ah ça, c'est un don : on l'a ou on l'a pas". Dans Le Monde, sous le titre : "A l'école paternelle", Raphaëlle Bacqué enquête sur ce jeune homme en chemise et cravate sur la photo... Il est debout devant son bureau au Conseil Général, stylo à la main, plongé dans la lecture d'un document. Déjeuner à l'Elysée le 21 novembre 2008. Nicolas Sarkozy reçoit les conseillers généraux UMP des Hauts-de-Seine. "Si vous voulez me faire passer un message, parlez-en à mon fils". C'est donc l'enfance d'un gosse bien né qui est racontée dans Le Monde. Physique somptueux, timbre de voix en harmonie, "travailleur jusqu'à l'entêtement", dit de lui son ancien professeur de théâtre. Un enfant de divorcés qui a reçu des centaines de cartes postales envoyées par son père au gré de sa campagne électorale permanente. "Quand vous baignez dans la politique dès l'enfance, dit Isabelle Balkany, vous avez deux options : soit vous êtes à jamais dégoûté, soit vous adorez ça". Option numéro 2 pour le prince Jean. Novembre 2006 : le départ de Cécilia Sarkozy marque son arrivée dans le sillage de son père. Le voilà Place Bauveau, où règne une fièvre séduisante pour un jeune homme. Chaque soir, des dîners avec des écrivains, des chefs d'entreprise, des magistrats, des préfets... Jean Sarkozy y promène son allure blonde très Auteuil-Neuilly-Passy. Mais il prend aussi la parole sur le PACS, la musique ou la jeunesse. 2007-2008 : campagne des municipales. Jean est très fort sur les marchés. Il n'hésite pas à poignarder le candidat Martinon pour en soutenir un autre. "Première épreuve du feu médiatique : ça m'a permis de tester ma détermination", dit-il. Finalement, ce n'est pas à la mairie mais au Conseil Général qu'il atterrira. Les proches du chef de l'Etat, par affection pour le fils, et pour renforcer leurs liens avec le père, organisent sa campagne. Les alliés politiques s'inclinent, par crainte autant que par adhésion. Jean est un bosseur, et il a toute la machinerie de l'Elysée derrière lui. Le jour où il a prononcé son discours sur le Grand Paris, les élus jurent l'avoir vu lire des feuilles à en-tête de la Présidence de la République. "C'est ridicule", répond Jean. Son frangin Pierre aurait lui aussi des histoires à raconter. Dans un encadré à côté de cette enquête, Raphaëlle Bacqué nous rappelle que Pierre Sarkozy, lui, fait du rap, un milieu où son nom de famille n'est pas forcément bien vu, quoique. Anecdote dans l'édition espagnole de Vanity Fair : Pierre Sarkozy et un copain décrochent un rendez-vous avec la star du rap Puff Daddy à New York. "C'est qui, ces petits Blancs ?", demande le chanteur. Un assistant lui glisse la réponse à l'oreille. Cinq minutes plus tard, l'accueil est différent : "Hey, Prince of France, come to see me !"... Si Jean a besoin d'une leçon de sarkozysme, son père la lui a fourni hier, avec la réforme territoriale... "Ce n'est pas un, mais cinq projets !", s'exclame Michel Urvoy dans Ouest-France. "Il faut de l'estomac tout de même, poursuit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, pour entreprendre un tel chantier". Résumé dans Libération... "Création du conseiller territorial, qui siègera à la fois au département et à la région ; clarification des compétences ; nouveau mode de scrutin ; mise en valeur des métropoles et de l'intercommunalité"... C'est "un ouragan sur la carte de France", confirme Olivier Picard. Et la tendance générale des commentaires, c'est "oui, mais...". "Clarifier, simplifier le fonctionnement des collectivités, c'est un passage obligé", écrit Hervé Chabaud dans L'Union. "L'indignation rageuse de l'opposition est caricaturale. On ne peut pas réduire cette réforme à un monstre d'injustice sociale. Toutefois, il n'y aura pas de réforme réussie si la question des ressources n'est pas explicitée". Le volet fiscal : voilà donc le coeur de la question. Conclusion d'Olivier Picard : "Comme toujours chez Nicolas Sarkozy, la méthode n'est pas au niveau de l'intuition. C'est pourtant elle qui fait toute la différence entre un brouillon et une oeuvre". (ND : On redécoupe la carte des régions... et la carte du monde catholique aussi)... Révolution au Vatican : Rome fait une place aux anglicans... Le sujet est à la Une de La Croix. C'est à la frange la plus conservatrice de l'Eglise anglicane que Benoît XVI tend la main : celle qui est choquée par l'ordination d'évêques homosexuels ou femmes, ou encore le mariage homosexuel. Rome va faire une place à ces fidèles en rupture avec l'archevêque de Cantorbéry, quitte à fermer les yeux sur certains principes : des membres de l'ancien clergé anglican mariés pourront être ordonnés prêtres catholiques. Et où en sont les discussions avec les intégristes ? Eh bien, elles vont reprendre, ou plutôt elles reprennent : lundi prochain, nous apprend Le Figaro. Après avoir levé l'excommunication de quatre évêques en janvier dernier, le Vatican entre maintenant dans le coeur des discussions avec les intégristes : la question du Concile Vatican II, sur les rapports de l'Eglise avec le monde moderne. Peuvent-ils trouver un terrain d'accord ? Les techniciens de la théologie sont pessimistes à Rome. L'actuel supérieur de la Fraternité Saint-Pie X pose ses exigences : "Nous ne devons faire aucun compromis sur le Concile. La réalité de la crise de l'Eglise est admise. La solution est un retour au passé". (ND : Encore deux informations glanées dans la presse, Bruno)... La mystérieuse fronde anti-PV dans l'Ouest... Logiquement, c'est Ouest-France qui en parle. A Brest, Rennes et Nantes, le quotidien a reçu ces derniers jours de drôles d'enveloppes contenant des dizaines de PV arrachés sur les pare-brise. A chaque fois, une lettre anonyme dénonce "le racket organisé". En volant massivement des prunes, les rebelles espèrent gripper la machine administrative. Les pouvoirs publics, dixit Ouest-France, affichent leur fermeté. Et puis nous avons commencé sur un film rigoureux sur les dangers de la rigueur... Entre rigueur et émotion, l'Opéra de Paris doit trouver le juste équilibre ce soir. Evénement très rare à Garnier : des étoiles aux élèves de l'école de danse en passant par les quadrilles, tout le monde défilera. Un défilé dans cet empire de la légèreté, c'est assez surprenant. Parole aux principaux acteurs dans Libération... Le maître de ballet Patrice Bart y voit "comme une réunion de famille. On mesure son propre chemin et le temps qui passe". Margaux, petit rat de 11 ans qui ouvrira le défilé, en profitera pour s'en mettre plein les mirettes et regarder les autres danseurs, ses aînés, surtout le dos et la tenue. Du ruban blanc au tutu blanc, le monde avance sur la pointe ce matin...

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