C’est le début des vacances, et l’occasion pour la presse de prendre un peu de recul. La revue de presse, par Sara Ghibaudo.

Une semaine après l'appel à dénoncer harcèlement et agressions sexuelles sur les réseaux sociaux, la presse revient ce matin sur « l'onde de choc » de l'affaire Weinstein. "En politique aussi, la parole se libère" titre Le Parisien. Et comme autant de répliques du séisme hollywoodien, des hommes politiques sont donc publiquement dénoncés : Pierre Joxe, Christophe Arend ou Jean Lassalle, qui fait aussi l'objet d'une enquête de Mediapart, intitulée « un député gluant ». Il y aura peut-être des procès en diffamation mais les faits sont souvent prescrits, alors comment mettre en oeuvre cette injonction de Laurent Joffrin dans Libération "Après #balance ton porc, le temps de la justice" ? Pour Laurent Joffrin, la dénonciation est efficace puisqu’elle révèle « un continent noir, celui du harcèlement dans l'impunité exercé à l'encontre des femmes ».  

Mais pour Christophe Bonnefoy dans Le Journal de la Haute-Marne, "il ne faudrait pas céder à une hystérie collective qui consisterait à jeter en pâture les noms de personnages divers et variés, les uns véritables harceleurs, certes, les autres au final victimes de rancœurs qui n'auraient rien à voir avec le sujet.

Alors comment changer les choses ? Dans le monde du cinéma le Figaro explore quelques pistes. Un producteur veut créer un système d'alerte pour les employés : "Il faut casser les angles morts, comme les moments où un réalisateur va faire son casting dans son coin" explique Charles Gillibert. Le syndicat français des réalisateurs estime qu'un « vent de changement est en train de souffler (...) La bataille culturelle qui s'annonce ne s'arrêtera pas à quelques têtes qui tombent, satisfaction trouble et temporaire à laquelle nous ne prenons pas plaisir. Elle se mènera sur le terrain de la redéfinition des postes de pouvoir, leur redistribution, leur diversification".

Un peu de recul sur une mesure qui menace les abeilles

Si elle devait passer en catimini c’est raté. Le Monde nous rappelle qu'alors que « les récoltes de miel s'effondrent », un nouveau néonicotinoïde (un insecticide tueur d'abeilles) vient d'être autorisé en France.

La République des Pyrénées interpelle Nicolas Hulot : « Monsieur le Ministre, n'avez-vous rien à dire sur la disparition des insectes ? On a souvent le sentiment que vous avez fait arbitrer vos choix par la FNSEA, tenant de cette agriculture intensive qu'il faudrait justement changer" lance Jean-Marcel Bouguereau. Denis Daumin rappelle dans La Nouvelle République du Centre ouest que « Sans cette faune minuscule et affairée, plus de fruits, de légumes. Ni blés, ni foin, rien en somme ». L’éditorialiste observe que « Prudents et mieux exercés à résister aux lobbies de leurs propres industries, les Américains ont bloqué le projet chez eux laissant les vents portants le pousser jusqu'ici. » Face à la fronde des défenseurs de l’environnement et des apiculteurs le gouvernement a demandé à l’ANSES, l’agence nationale de sécurité sanitaire de rééxaminer d’ici trois mois le dossier du Sulfoxaflor, mais pour Denis Daumin c’est « un écran de fumée, comme on dit dans les ruchers.

En attendant, « le miel sera bientôt au prix du caviar, le cours du beurre a presque triplé depuis avril 2016 et on n'ose pas parler du café ou du cacao » souligne Libération,  qui titre en Une "Alerte rouge sur le P'tit dej". Pourquoi une telle flambée sur les ingrédients d'un bon petit déjeuner ? l'effet du bouleversement climatique, du manque de biodiversité et des pesticides notamment.

Nouvelle alerte aussi sur le nucléaire. C'est dans le Parisien : « une nouvelle centrale pointée du doigt par le gendarme du nucléaire ». C'est Belleville-sur-Loire dans le Cher, dont les réacteurs ont été mis en service en 1987 et 1988 et que l'Autorité de sûreté nucléaire a « placé sous surveillance », une formule très neutre pour « une mesure exceptionnelle et loin d'être anodine » précise le journal. En cause : des canalisations rouillées qui fuient, des dégradations significatives de pièces essentielles à la sûreté comme les systèmes d’alimentation électrique de secours… EDF n’y voit que des « signaux faibles » et annonce avoir renforcé ses équipes.

La presse revient aussi sur la fin de l'impôt sur la fortune et sur la fortune de l’art contemporain

Les députés ont voté la suppression de l'ISF annonce sobrement le Figaro, qui décrit une journée de vifs débats hier à l'Assemblée. Le ministre de l'économie Bruno le maire a salué "la fin d'un Totem vieux de 35 ans, qui était devenu inefficace et complexe". 

« ISF, une mise en bière sur fond de paris" titre Libération. Pour justifier un manque à gagner pour l'Etat de 3,2 milliards d'euros, LREM mise sur le retour au pays des plus riches installés à l'étranger.

En contrepoint, à la Une du magazine de L'Equipe : Juan Mata, le footballeur qui veut changer le monde. En payant un petit ISF peut-être ? L'international espagnol de Manchester United a décidé de verser 1% de son salaire à des oeuvres caritatives.

A lire aussi dans le Figaro, "Comment des centaines d'héritiers se retrouvent privés d'héritage". L'ISF n'y était pour rien. Ce sont deux cabinets de généalogie qui sont visés par des enquêtes judiciaires. Ces chasseurs d'héritiers peuvent vous annoncer un beau jour qu'un parent dont vous ignoriez l'existence a laissé une petite fortune. Ils se rémunèrent en prenant une part de l'héritage, mais ces deux cabinets ont fait faillite et ont tenté d'éponger leurs dettes avec l'argent de quelques 1900 clients.

Pour atténuer l'effet de la suppression de l'ISF, un impôt sur la fortune immobilière est créé. "Sans doute seront aussi surtaxés les acheteurs de ferrari, de yachts ou de jets privés. Pas ceux d'oeuvres d'art" remarque Michel Guerrin en dernière page du Monde. Pourtant « l'ostentatoire n'est pas vraiment étranger à un art contemporain mondialisé qui tutoie l'argent roi » estime le chroniqueur culturel. Il y avait donc débat. Mais "le jeu de rôle est joué d'avance poursuit Michel Guerrin car le débat budgétaire coincide toujours avec la FIAC, la Foire internationale d'art contemporain de Paris. Pas le moment de gâcher la fête. »

L'Obs s'interroge sur ces oeuvres qui suscitent la convoitise des spéculateurs et des collectionneurs. L'hebdomadaire présente les 10 tableaux les plus chers au monde. Savez-vous quel est le dernier record, établi en 2015 ? Une peinture abstraite de Willem De Kooning, rachetée pour 255 millions d'euros.

Si vous avez envie d'aller faire un tour au Grand Palais ce week-end pour vous faire une idée de ce qu'offre l'art en ce moment, vous trouverez déjà quelques éclairages dans les journaux ce week-end. "Notre shopping à la FIAC, de 500 à 4 millions d'euros" dans le Point. En dehors de la foire commerciale l'hebdomadaire vous indique aussi le programme artistique qui a essaimé dans la capitale : le Moma à la fondation Louis Vuitton, Gauguin au Grand Palais, des sculptures à voir aux Tuileries et place Vendôme... 

Mais retour à la dernière page du Monde où Michel Guerrin regrette lui une absence : un panorama photographique de Pascal Convert qui restitue le site de Bamiyan en Afghanistan, avec ses bouddhas géants détruits par les Talibans en 2001. Le jury de la FIAC l'a refusé. « Rien de scandaleux » pour le chroniqueur, « juste un symptôme de l'époque ». L'oeuvre n'est « pas assez fun » pour la FIAC mais elle est à découvrir dans une galerie de la rue du Temple à Paris.

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