Histoires troubles dans la presse, ce matin... Plus que troublante, la Une de L'Humanité... Conditions de travail et suicide : nouvel épisode... "On se suicide aussi au ministère"... Le quotidien s'est procuré un rapport interne au ministère de l'Ecologie. 150 à 250 tentatives par an chez les agents de l'Equipement, qui dépendent du ministère. 15 à 25 morts. L'alerte a été donnée en 2004. Le rapport date d'il y a un an : 1er octobre 2008, mais il n'était pas sorti jusque-là. Comme à France Télécom, parmi ce qu'on appelle les "causes précipitantes", le document évoque des ruptures de carrière, des dégradations d'itinéraire professionnel, le manque de reconnaissance et la perte du sens du travail... Une lettre de suicidé met en cause directement les conditions de travail. C'est un chef de service de La Rochelle. Il élevait seul sa fille handicapée. On lui avait annoncé son transfert à Bordeaux. L'Huma rappelle également le contexte : décentralisation depuis 2004, non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux à la retraite depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Mais évidemment, comme à France Télécom, il faut avancer avec les plus grandes précautions avant d'établir des liens : comment faire la part du professionnel et du personnel quand on en arrive à de telles extrémités ? "Suicides à la Une"... Dans sa rubrique de décryptage des médias, dans Libération, Daniel Schneidermann relève que le sujet a mis du temps avant d'être médiatisé. "Où étaient les journalistes pendant que les kapos (entre guillemets) pourrissaient la vie des employés des agences du coin de la rue ? Tout n'est sans doute pas de leur responsabilité. La voie d'alerte habituelle entre une entreprise et les médias, ce sont les syndicats. Lesquels sont moins enclins à médiatiser des suicides que des luttes contre des suppressions de postes. N'empêche, le décalage en dit long sur la myopie de la grande machine à informer". Comment repérer ces spasmes lents qui s'emparent d'une société ? Quelques pages après les agents de l'Equipement, L'Huma s'intéresse aux médecins généralistes. Le phénomène est moins dramatique, mais c'est un mouvement de fond : les médecins généralistes sont en voie de disparition : 12.000 en moins entre 2008 et 2009. Entre les horaires à rallonge, les gardes et les tracasseries administratives, le métier n'attire plus les étudiants en médecine. En 2008, plus de 600 postes n'ont pas trouvé preneur. Aujourd'hui, les généralistes ont 50 ans en moyenne. Il y a un moment où le sujet fera la Une. Ce qui est à la Une pour l'instant, c'est le procès Clearstream... Oui, cela relève de la fascination. 4 pages complètes dans Le Parisien-Aujourd'hui, 6 dans France-Soir. Alors évidemment, les enjeux politiques sont extrêmement lourds : un ancien Premier ministre comme prévenu, un Président de la République en partie civile, le ban et l'arrière-ban de la politique et du lobby militaro-industriel dans la salle... Mais la fascination va au-delà, et lorsqu'on regarde les photos publiées ce matin, les raisons sont évidentes. Libération, pages 2 et 3... Sarkozy et Villepin face à face autour d'une table de petit-déjeuner, en 2005, à La Baule. Pull-over, lunettes noires et la main qui scande les paroles pour Nicolas Sarkozy : c'est Scarface au bord de la mer. En face : Dominique de Villepin, chemise impeccable, cheveux gris et cafetière en argent devant lui : c'est Monsieur de Tréville qui s'apprête à lancer ses mousquetaires à l'assaut du cardinal. Même les seconds rôles méritent un Oscar... la petite moustache grise du juge Van Ruymbeke, le crâne chauve de l'ancien espion Rondot, le nez d'aigle et la mèche de premier communiant du mystérieux Gergorin, les bésicles au bout du nez de l'avocat Maître Metzner... "Avec Clearstream, comme l'écrit Jean-Louis Antoine dans L'Est Républicain, la France people va s'offrir une petite leçon d'Histoire. Au pays de Balzac et de Monte-Cristo, le duel de haine Villepin-Sarkozy aurait fini sur le pré à l'époque romantique. Il aboutit aujourd'hui dans le prétoire lambrissé qui a vu condamner Marie-Antoinette et où vont s'affronter les plaideurs de luxe, pour débattre d'un dossier merveilleusement transposable au cinéma. Pendant un mois, l'affaire Clearstream va dérouler dans la vraie vie une saga florentine fleurant la poudre, la dague et le poison". Alors une fois qu'on s'est pourléché de cet aspect romanesque, on revient aux choses sérieuses... L'édito de Laurent Joffrin, dans Libération... "La question est simple : qui a falsifié les documents Clearstream pour nuire à des personnalités du monde industriel et politique, dont Nicolas Sarkozy ? Il y a souvent une vérité des procès. Pour la santé de la démocratie française, il est crucial que cette vérité se manifeste. Sinon, justice et politique seront une nouvelle fois jetées par l'opinion dans le baquet malodorant du 'tous pourris'". Vieilles histoires... Retours en arrière... Quelques pages plus loin, une photo anecdotique fait frémir. C'est un homme que l'on croyait mort, tellement il appartient à l'époque sinistre de la Guerre Froide. Mais non : le général Jaruzelski est bien vivant. Tête ronde mais mâchoire carrée, les éternelles lunettes fumées. Seul signe de vieillesse, il s'appuie sur une canne. A 86 ans, il participait samedi à un débat organisé par Libé sur les 20 ans de la chute du Mur. Toujours aussi fort pour justifier l'injustifiable, c'est-à-dire l'état de guerre pour briser la grève de Solidarnosc en Pologne au début des années 80. L'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, à qui il était opposé, avait du mal à en placer une. Il a fallu qu'un spectateur se lève et crie : "Un mensonge répété mille fois n'est pas une vérité". De vieilles histoires dans la presse, et d'autres qui racontent l'époque... Autrefois, quand un proche avait disparu et qu'on était désespéré, on passait chez Jacques Pradel, à "Perdu de Vue". Aujourd'hui, on va sur Facebook. France-Soir raconte l'histoire de cet homme, Robert B., qui a retrouvé ses enfants sur le réseau social quinze ans après son divorce. Etrange tout de même, l'idée qu'un père de famille clique sur Facebook pour demander à ses enfants d'être ses amis... Un Big Mac pour la Joconde... L'histoire du jour, à la Une du Figaro Eco, c'est l'installation de McDo au Louvre, l'année des trente ans de son arrivée en France. Ce n'est tout de même pas à la Joconde qu'on commandera son hamburger, mais dans le centre commercial, à côté du musée. Un Camerounais serre contre lui un bidon d'eau bénite dans sa cellule de la police aux frontières. Treize avocats du Barreau de Pau dénoncent les arrestations de sans-papiers à proximité de Lourdes. "On ne mesure pas l'attrait que peut exercer Lourdes sur ces catholiques majoritairement Africains, qui ont une foi très profonde. Ils sont prêts à prendre des risques pour effectuer le pèlerinage. Nous sommes convaincus que la police pratique des contrôles systématiques sur la ligne ferroviaire qui mène au site", disent les avocats. Le bâtonnier a écrit à l'évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Perrier. "Si j'écris au préfet, répond l'évêque dans Libération, qui raconte cette histoire, il va me dire : 'Mêlez-vous de vos oignons'". Dans Libé également, vous trouverez une nouvelle pièce au dossier des bonus des traders : la liste des rémunérations d'une douzaine de salariés d'une salle de marchés à la Société Générale. En 2007, plus de 10 millions d'euros de bonus pour un chef de bureau, 850 € pour une secrétaire. Allez, retour aux vieilles affaires pour terminer... C'est tellement incroyable qu'on se demande si ce n'est pas un canular du Figaro, à l'occasion de la sortie de sa nouvelle formule... Giscard et Lady Di ont-ils été amants ? L'ancien Président publie, le 1er octobre, un roman intitulé "La Princesse et le Président"... histoire d'amour entre un Président de la République français, au milieu des années 80, et une princesse britannique fort jolie, très médiatique et malheureuse en ménage. En ouverture du livre, cette épigraphe : "Promesse tenue". La description des lieux dans lesquels l'idylle est consommée est très précise, en particulier le château de Rambouillet. Pure fiction ? Vantardise de l'ex ? Ou roman à clés ? En tout cas, après les mousquetaires de l'affaire Clearstream, voici donc Milady Di et Monsieur d'Estaing, qui connaît bien le cardinal de Richelieu puisqu'il est académicien. Ce matin, on rêve du retour de Dumas pour raconter l'actualité... Pas Roland Dumas (ce sont d'autres vieilles affaires), mais Alexandre. Bonne journée....

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