Patrick COHEN : A la Une, ce matin : des histoires de familles... Bruno DUVIC : Naguère, c'était une actrice belle et populaire, dans tous les sens du terme. Une photo un peu passée la montre ce matin dans sa loge, sur le tournage d'un film de Visconti, sous les yeux de sa petite fille. Giulia la regarde à travers le miroir, comme toutes les fillettes regardent leur maman quand elle se maquille... Elle était une star mondiale, mais qui semblait plus accessible que les Romy Schneider, Claudia Cardinale ou Catherine Deneuve... Aujourd'hui, Annie Girardot a 79 ans et la maladie d'Alzheimer. On dit souvent qu'entendre parler de personnalités qui souffrent du cancer, du SIDA ou d'Alzheimer aide les malades et leurs proches à affronter le quotidien. Alors, dans Le Parisien-Aujourd'hui, en cette Journée mondiale contre la maladie d'Alzheimer, vous pourrez lire les mots simples et directs de la fille d'Annie Girardot, Giulia Salvatori... Elle dit la culpabilité que l'on ressent régulièrement de laisser sa mère loin de chez elle, dans un centre spécialisé. Mais comment faire autrement ? "Elle dit qu'elle n'est plus vraiment là... enfin, elle est là, mais elle s'en va, de plus en plus loin. Elle a largué les amarres, repartie vers des souvenirs très lointains. Sa carrière d'actrice a disparu. Ses seuls souvenirs concernent sa famille. Les gens qui ont Alzheimer basculent dans un autre monde : leur monde. C'est dur à vivre pour les proches. Mais la seule chose à faire est de s'adapter à ce monde, d'essayer d'y entrer pour communiquer. De temps en temps, j'arrive pour la voir et elle me jette un regard noir. Je lui dis : 'Ce n'est pas grave, je reviendrai demain'. Elle n'a pas envie qu'on la voie comme ça. D'ailleurs, si j'ai un message à faire passer, c'est de ne plus essayer de rencontrer Annie Girardot pour une dernière photo. Si vous avez aimé Maman, surtout il faut lui foutre la paix". « A-t-elle encore des petits plaisirs ? », lui demande Le Parisien... « Oui : la bouffe et la musique. J'arrive toujours avec un sac rempli de mousse au chocolat ». Annie Girardot, actrice chez Visconti, malade d'Alzheimer et amatrice de mousse au chocolat : elle nous ressemble... Patrick COHEN : Histoires de familles, suite... Direction Kaboul... Bruno DUVIC : Et encore une photo, à la Une du Herald Tribune... Elle est signée Adam Ferguson. Deux petites filles, des jumelles, habillées de parme et de vert. A côté d'elle, leur petit frère. Il a 6 ans, il s'appelle Mehran. Il est habillé comme un petit garçon afghan : pantalon et tunique blanche. Et pourtant, Mehran est une fille... une petite fille habillée en garçon, et que ses parents traitent comme un fils. "Une vie de garçon pour les filles afghanes"... Le très long récit de Jenny Nordberg, dans le Herald, en dit plus que des dizaines de livres sur l'Afghanistan aujourd'hui... Car Mehran est loin d'être un cas isolé dans son pays. Son histoire, c'est d'abord celle de sa maman. Ce n'est pas n'importe qui : c'est une parlementaire à Kaboul. Avant cela, Azita a connu la vie classique des femmes afghanes, sous le regard de la belle-mère omniprésente, et sous la férule de son mari. Et ici, le mot "férule" est à entendre dans son sens premier : cet objet de bois ou de cuir qui sert à battre. Azita a eu un bonheur, c'est d'avoir beaucoup d'enfants : quatre. Elle a eu un malheur, c'est que c'étaient quatre filles... quatre filles, dans un pays où la femme est peu de chose, comparée à l'homme. Alors, comme d'autres, sous la pression sociale, pour des raisons économiques (un garçon rapporte de l'argent), mais aussi par superstition, un jour elle a demandé à sa dernière fille si elle voulait ressembler à un garçon : "Tu pourrais faire des choses amusantes : du vélo, du foot, du cricket. Est-ce que tu veux ressembler à ton Papa ?". Mehran a dit oui. Une petite fille déguisée en garçon... Il n'y a pas de chiffres sur ce phénomène, écrit le Herald Tribune, mais on sait qu'il traverse les classes sociales, les ethnies, les régions, et qu'il existe depuis des décennies. On possède des photos d'il y a un siècle, qui appartiennent à la collection de la famille royale : on y voit des gardes femmes déguisées en hommes. Le jour où elle a changé d'apparence, Mehran a gagné une paire de jeans et une jolie chemise rouge avec "Superstar" écrit dans le dos. Ses grandes soeurs y ont gagné un peu de liberté : elles ont désormais un frère pour les accompagner dans la rue. Et le papa est très content : "Quand les gens me demandent, maintenant je peux répondre : 'oui, j'ai un fils'". Mehran a aujourd'hui 6 ans. Un jour, les vêtements ne pourront plus cacher sa vraie nature. "Comment allez-vous faire ?, demande Jenny Nordberg à sa maman. Psychologiquement, ça doit tout de même être compliqué". Réponse de la maman, qui n'a pas l'air inquiète : "Vous savez, moi aussi, pendant quelques années, j'ai été un garçon"... Patrick COHEN : Une dernière histoire de famille... Bruno DUVIC : Rapidement. A ne pas rater dans Le Monde : le récit détaillé du fameux déjeuner au Sommet européen de Bruxelles, jeudi dernier. Ils s'y sont mis à trois pour obtenir et recouper les témoignages. Sur une page complète, les dialogues sont retranscrits. Difficile à résumer. On constate (mais on le savait déjà) que l'échange Sarkozy-Barroso a été brutal, qu'Angela Merkel a tout fait pour apaiser le climat. En revanche, Silvio Berlusconi a soufflé sur les braises, avec une obsession qui revient comme une phrase de comique de répétition : "Il faut faire taire les commissaires européens". Patrick COHEN : En bref, les autres titres de la presse... Bruno DUVIC : Le comité d'entreprise d'EDF à nouveau dans la tourmente... La Cour des Comptes pointe de nouveaux gaspillages. C'est à la Une des Echos. L'appel de la Ligue des droits de l'homme à un pacte républicain... C'est en manchette de L'Humanité. 35 organisations en tout proposent ce pacte : elles estiment que les droits et libertés sont menacés en France. Le climat d'intolérance en Algérie… "La police traque les chrétiens et les 'mauvais' musulmans". C'est un article du Figaro. Deux chrétiens sont jugés aujourd'hui pour avoir rompu le jeûne du ramadan. Ils risquent cinq ans de prison. Patrick COHEN : Un peu d'humour juif, pour finir... Bruno DUVIC : Alors que c'est la période des fêtes juives, Libération s'est offert une pause détente hier en assistant à une conférence sur l'humour juif. Compte rendu ce matin... On y apprend qu'il faut distinguer entre l'humour ashkénaze et le judéo-espagnol, entre l'humour d'Odessa et celui de New York... Mais c'est surtout l'occasion de raconter quelques bonnes histoires. Je vous en cite deux, sur notre thème du jour : la famille, et singulièrement le couple... Que dit une Juive polonaise, après vingt ans de mariage, le matin, en se regardant dans la glace ? « Bien fait pour lui ! ». Et puis la toute première famille... Au jardin d'Eden, Eve prend la main d'Adam et la serre très fort : "Est-ce que tu m'aimes, Adam ?". Réponse : "Est-ce que j'ai le choix ?"... Bonne journée…

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