(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un caïman et des lézardes

(Bruno Duvic) Le Caïman, sobriquet de Silvio Berlusconi également surnommé Papi. Connaissez-vous la taxe Papi ? C'est ce que coûte à l'Italie chaque jour supplémentaire passé par Silvio Berlusconi au pouvoir.

Dans un article reproduit par Courrier International , le quotidien de gauche italien La Repubblica reprend les calculs de l'économiste américain Nouriel Roubini. La seule annonce de la démission de Berlusconi permettrait de réduire de 50 à 100 points sur les marchés financiers l'écart de taux d'intérêt entre les obligations allemandes et italiennes à 10 ans.

Autrement dit, si le Cavaliere tombait de cheval, l'Italie retrouverait un peu de sa crédibilité aux yeux des investisseurs. "Berlusconi, dit le dégradant", c'est le titre de cet article.Allusion à la fois au « Berlupanar » (Le Canard Enchainé ) et à la dégradation de la note de l'Italie par l'agence Standard and Poor's hier.

Crack boom hue... "L'Italie paie les frasques de Berlusconi", titre Le Figaro . "La dégradation de la note de l'Italie attise la crainte de contagion dans la zone Euro" ajoute Le Monde .

Cette dégradation, c'est une "Décision politique plus qu'économique" dit le quotidien du frère Berlusconi, Il giornale .

Et il a raison. Explication avec l'édito de Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain :

"L'affaiblissement des perspectives de croissance en Italie est invoqué en premier lieu par l'agence pour justifier sa décision. (...) Mais tout de suite derrière, arrive l'argument de la fragilité politique de la coalition au pouvoir à Rome. Coalition dont le handicap principal s'appelle Silvio Berlusconi. »

Au passage, Waucampt note que jamais n'immixtion de la finance dans le politique n'aura été aussi criante.Laurent Marchand enchaine dans Ouest France "Jusqu'ici, ni les enquêtes pour corruption, ni les scandales à répétition n'ont précipité la chute du Président du Conseil. Les agences de notation auraient-elles ce pouvoir ?"

Berlusconi démissionnaire, on n'en est pas là. Et surtout quel paysage laisserait-il derrière lui ? Certes "la cote de popularité de Berlusconi est tombée à 24% mais celle des grands partis ne va guère mieux", écrit Richard Heuzé dans Le Figaro.

__

L'Italie est dans un coma berlusconien titre Ouest France . La présidente du patronat transalpin voudrait bien en sortir. Citation dans Libération "On en a marre d'être reçus à l'étranger avec un sourire en coin".

Un caïman en Italie et des lézardes dans les comptes français...

D'abord la dégradation de l'Italie est une voie d'eau supplémentaire pour les banques exposées à la dette de Rome.

Mais c'est une autre affaire que Libération met à sa Une ce matin."Dexia, la banque qui a ruiné 5.000 communes". La banque des collectivités locales a vendu des emprunts toxiques à des milliers de collectivités publiques. On le savait mais Libé s'est procuré la liste qui est sur son site Internet.

Ces stocks d'emprunt toxiques risquent de couler des villes, des régions, des départements, des hôpitaux. Et du coup des dizaines de services publics (crèches, collèges, voiries) pourraient être affectés, sauf à faire payer le contribuable.

A qui la faute ? Au vendeur, Dexia, aux acheteurs, les collectivités et leurs responsables, imprudents mais aussi aux banques d'affaires. Car Dexia s'assurait auprès d'elles contre les risques que comportaient ces prêts à taux variables. Bref c'est une intoxication généralisée et il ne s'agit plus de crise en Grèce ou en Italie mais de la crise en bas de chez soi, écrit Vincent Giret dans l'éditorial de Libération .

Des lézardes également au Palais de justice de Paris...

Et c'est un miracle : Le Figaro et Mediapart sont d'accord. D'accord pour dire qu'il y avait de quoi rire hier à l'écoute du réquisitoire au Procès Chirac. Rire jaune même si le parquet a blanchi tous les prévenus.

« Les deux représentants du ministère public se sont employés à présentés la gestion des chargés de mission à la mairie de Paris, comme un modèle administratif. (…) C'est une désertion caricaturale de l'accusation », écrit Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro . Et il cite quelques exemples d'excuses fournies par le paquet aux prévenus.

"M. Roche, ce corrézien qui travaillait en Corrèze aux frais du contribuable parisien ? 'Il avait, comme on dirait maintenant, un télétravail'

Mme Lancelot fille de l'ancien directeur de Sciences Po, dont les mémos ont mystérieusement disparu : 'Elle bénéficiait de la flexibilité de ses horaires pour pouvoir suivre ses cours'"

Michel Deléan enchaine sur Mediapart : "L'hilarité gagne les bancs de la salle d'audience (...) Tout cela pourrait être amusant en effet si chaque jour le même parquet ne requérait pas à tout de bras des peines très sévères et des mandats de dépôts contre les petits délinquants jugés en comparution immédiate. Des justiciables qui ne bénéficient d'aucune immunité ou question prioritaire de constitutionnalité, à qui les certificats médicaux n'évitent pas de comparaitre et qui ne disposent pas des services de plusieurs avocats d'affaires.

Et Deléan conclut : les avocats de Jacques Chirac, qui plaideront vendredi, auraient presque de quoi être gênés."

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Infiniment plus que des lézardes. Une scène de chaos à la Une de La Dépêche du midi . Photo de l'usine AZF après l'explosion. C'était il y a dix ans. AZF, mémoire à vif, titre le journal.

"Sarkozy crée une superbanque pour les PME". Information de La Tribune. La filiale entreprise de la caisse des dépôts, la banque publique Oséo et le Fonds stratégique d'investissement vont être réunis dans une structure de financement des petites et moyennes entreprises.

"Les affameurs". Titre de l'éditorial de L'Humanité . Le programme européen d'aide alimentaire est menacé de disparition. Les ministres européens de l'Agriculture n'ont pas réussi à se mettre d'accord hier. Prochaine réunion dans un mois.

A ne pas rater non plus, deux couvertures.

La Une de Charlie Hebdo . DSK en danseuse, tutu et ballerines rouges, chaine en or et Rollex ? torse et jambes velus. L'air pataud, il dit "J'ai perdu ma légèreté"

Et puis comment rapprocher 2 informations, les 20 ans du groupe Nirvana a et les valises de billets de la Françafrique ? C'est la couverture des Inrockuptibles cette semaine.

Elle reproduit la pochette du célèbre album de Nirvana, "Nevermind": un bébé sous l'eau attiré par un billet de 1 dollar accroché à un hameçon. Titre de Une : "la République du fric".

Et pour finir des lézardes dans le monde de l'édition...

Télérama ouvre le dossier du plagiat après les affaires PPDA et Macé Scaron.

Er l'hebdomadaire en fait une question de société.

Pour Emmanuelle Anizon, tous ces scandales "dessinent les contours d'une société du copier-coller à laquelle nous participons tous : des maisons d'éditions commandent des livres fabriqués vite et mal (...), des journalistes cumulards pressés par le temps se retrouvent pompeurs, des écoliers, des étudiants, des universitaires pillent des thèses et fiches Wikipedia (...)

Le plagiat a toujours existé mais jamais il n'a été autant porté par une époque. Le mimétisme triomphe au détriment de la singularité. "

Société de Shadocks, comme le suggère le titre du dossier. Les Shadocks qui, comme chacun sait, pompaient énormément.

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.