Les conseils des anciens de Continental à ceux de Bridgestone, la Voix du Nord. Quand Marcel Trillat préservait contre le pouvoir politique son reportage sur des chantiers navals en lutte, l'Humanité. Splendeur de la rencontre artistique d'un boxeur et d'une danseuse, le Figaro.

On parle de doute ce matin...

Le doute qui traverse l'Equipe en dépit du sourire enfantin de Tadej Pogacar à sa une, qui nous dit dans l'enchantement de ses vingt-et-un ans qu'il avait l'esprit libre quand il a renversé samedi le Tour de France, ne pourrait-on simplement être heureux avec lui? Oui mais "remporter le tour de France, c'est gagner un lion en peluche et un paquet de suspicion", écrit Alexandre Roos dans un article titré comme un regret sur le divan du psy, "jeune et insouciant": jeune et insouciant, Pogacar peut l'être, mais nous ne le sommes plus, trop souvent cocufiés depuis des décennies, et l'ampleur même de la performance de Pogacar fait une nouvelle supercherie, "nous ne savons rien, dit l'Equipe, encore une fois nous sommes perdus"...

Et ce doute qui taraude l'Equipe, dissocié entre ses deux fonctions, chanter la geste sportive mais aussi, pour nous, la surveiller et en être le garant, se retrouve dans les piques sèment Libération, Sud-Ouest, l'Humanité et surtout Ouest France qui sur son site internet donne la parole à un ancien porteur du maillot jaune, il est français, il s'appelle Stéphane Heulot, toujours entraîneur de jeunes cyclistes et il n'est qu'écœurement dit-il. Heulot a trop connu un homme qui parraine aujourd'hui le jeune slovène dans l'équipe Emirates, il est suisse, il s'appelle Mauro Gianetti, il avait passé trois jours dans le coma,  après dit Ouest-France, l'absorption d’un produit dopant en 1998, et dix ans plus tard faisait partie de l'encadrement d'une équipe, Saunier Duval, chassée du Tour dans un scandale de dopage... "On ne changera le cyclisme qu'en changeant les hommes », dit Heulot. La Dépêche  me rappelle que l'homme qui a découvert Pogacar, quand il était un gamin qui chassait les pelotons sur un vélo trop grand pour lui, s'appelle Hauptman, ancien champion slovène qui en l'an 2000 avait dû renoncer à prendre le départ du Tour de France en raison d'un taux d'hématocrite trop élevé, c'était le temps de l'EPO qui densifiait le sang des coureurs... Le Monde, implacable rappelle des affaires de dopages qui ont déjà traversé le cyclisme slovène, ces dernières années...

Pogacar, lui, se souvient qu'il allait gamin chez Hauptman manger des cookies que préparait son épouse, et l'ancien champion lui racontait des courses passées... Jeune et insouciant. 

A la une de Nice-matin, et aussi dans Corse-matin, un homme heureux nous convie à son exploit, Thierry Corbalan n'a plus de bras, amputés après un choc électrique et pourtant il est heureux et vit et nage, surnommé l'homme dauphin, il vient de relier  Calvi à Mandelieu en une semaine, en ondulant avec son mono palme. Il a passé 60 ans et un sublime avenir l'attend dans nos souvenirs.

Et on parle aussi d'expérience ce matin...

Qui se transmet amèrement, dans le Nord de la France, quand  un délégué syndical de Bridgestone appelle pour lui demander conseil Antonio Da Costa, qui il y a onze ans était le secrétaire du comité d'entreprise de Continental à Clairoix près de Compiègne, une usine de pneumatique de 1131 salariés qui allait disparaître, et Antonio a dit à son collègue en malheur social qu'il fallait mobiliser tout de suite, ne plus travailler et lutter... "Dès l'annonce de la fermeture, toute l'usine était envahie, il faut que ça pousse derrière pour pouvoir négocier" ... Oui mais négocier quoi? Non pas le maintien de l'emploi, mais de l'argent, , "on avait directement réclamé une prime de licenciement supra légale de 50.000 euros" raconte Da Costa, c'était pour ce viatique qu'on tenait des AG, qu'un train spécial était parti emmenant des salariés manifester devant le siège du groupe en Allemagne à Hanovre, « les familles étaient sur le quai, ça pleurait, on avait l'impression de partir au front ». Les Conti avaient eu leur prime, avec elle certains « ont fait n'importe quoi », l'argent ne guérit rien. 

S'ils lisent la Voix du nord, nous la lisons avec eux, ceux de Bridgestone verront chez les Conti un miroir de leur avenir possible, on leur donne des conseils, ne faites pas confiance aux politiques, le soutien e la famille doit être énorme, ne rien lâcher jusqu'au bout... Cela forge une culture de lutte ou de fatalité, quand Libération dans son dossier de Une recense ces plans sociaux qui se fabriquent à l'ombre du Covid, en 2009, les continental, c'était sous le masque de la crise financière.

Le Républicain lorrain et l'Est républicain ajoutent à notre sensation de fatalité, en recensant les espoirs déçus en Lorraine par des investisseurs chinois, qui promettaient des merveilles à une cristallerie, la vie à une fonderie de Moselle, une usine moderne dans la Meuse ou un campus performant en Meurthe-et-Moselle, et n'ont jamais été dignes de ce qu'ils suscitaient; 

Dans l'Humanité, se ranime un journaliste qui avait porté une espérance dans une radio livre en Lorraine, Coeur d'acier aux temps des luttes de la sidérurgie, il y a plus de 40 ans  la CGT avait sabordé cette expérience mais Marcel Trillat n'en était pas moins resté fidèle à une culture communiste et est à sa place dans le journal ce matin, qui lui rend hommage et c'est une constance qui se lit... En 1967, pour une grande émission de télévision, 5 colonnes à la Une, Trillat avait filmé des ouvrier de chantiers navals à Saint-Nazaire en lutte, le film avait été bloqué par le pouvoir politique, c'était l'époque, Trillat avait alors volé les bobines pour qu'on ne les détruise pas. J'irai bien voir ce DVD, « 1er mai à Saint-Nazaire », pour penser aux aînés. 

Et on parle du baccalauréat pour finir...

Dans une curieuse référence signée Laurence de Charette qui signe l'éditorial du Figaro, lequel Figaro se préoccupe de l'école qui doit tenir en dépit du Covid...L'éditorialiste salue les efforts du gouvernement pour permettre à l'école d'assurer sa mission et insiste ainsi : "En juin 1944 les lycéens n'avaient-ils pas été appelés à passer tant bien que mal les épreuves du bac"...  Cette phrase d'hommage à la continuité éducative sous Vichy, Pétain, et sous un ministre sinistre et collabo, Abel Bonnard, est curieux. 

On pardonnera aisément cette maladresse au Figaro, qui nous enchante ce matin dans une sublime page racontant la rencontre sublime de la danseuse Marie-Agnes Gillot et du boxeur Souleymane Cissokho, qui dansent ensemble à la Seine musicale ce soir sur un tube de Arthur H, « la boxeuse amoureuse », ils parlent de corps et de souffle et de souffrance et de codes et de lumière... C'est divin. Le Figaro nous dit aussi que la plus vieille salle de cinéma du monde célèbre aujourd'hui ses 125 ans; c'est à La Ciotat, elle s'appelle l'Eden, le paradis évidemment..

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