(Eric Delvaux : "Deuxième jour de grève de la CGT et du Syndicat du Livre... Encore très peu, ou pas, de quotidiens nationaux dans les kiosques... Mais les éditions numériques des journaux sont sur les sites Internet... Et à la Une, ce matin : le voile intégral")... Seulement 2.000 femmes environ le portent en France... Mais le débat va au-delà de ces considérations chiffrées : même les artistes s'en emparent... "Le théâtre prend le voile" : c'est un article du Nouvel Observateur... Il recense tous les spectacles à Paris, Amsterdam ou Tunis, ces derniers mois, autour du voile et de la condition de la femme musulmane...Il y a la comédienne Rayhana, auteure d'une pièce intitulée "A mon âge, je me cache encore pour fumer" (en février dernier, des extrémistes l'ont aspergée d'essence près de chez elle, à Paris)... Il y a aussi "Les monologues voilés", venus d'Amsterdam et qui arrivent en France... ou encore "Manta", spectacle imaginé par une chorégraphe : elle est enfouie sous un voile si opaque qu'on en arrive à confondre son visage et ses fesses... Débat ouvert donc... Et bientôt clos, puisque, comme le titre Le Figaro, pour le voile intégral, "Sarkozy choisit l'interdiction totale"... "totale", c'est-à-dire dans tout l'espace public, y compris la rue... Symboliquement, le mois prochain, le projet de loi sera présenté par une femme : la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie... Le Président ne tient pas compte des réserves juridiques émises par le Conseil d'Etat sur le thème des libertés fondamentales... Et, peut-être pour la première fois depuis les Régionales, les commentaires ne sont pas exclusivement sarkophobes ce matin : ils sont assez partagés... Dans Libération, Laurent Joffrin se demande si une loi sur le voile intégral est bien la priorité du moment... Jacques Guyon, dans La Charente Libre, n'ignore pas les préoccupations politiciennes derrière cette annonce : la reconquête d'une partie de l'électorat, notamment celui du Front National... Chacun relève les risques pris par le chef de l'Etat : risque d'être censuré par le Conseil Constitutionnel... Mais certains approuvent... "Ce n'est pas la voie de la facilité, mais c'est la voix de la raison", écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest... Et Jacques Guyon enchaîne dans La Charente Libre : "Nicolas Sarkozy est parfaitement fondé à considérer que le voile intégral est une atteinte à la dignité des femmes, que le port de cette prison de tissu ne relève d'aucune prescription religieuse, et que le voile n'est qu'un signe d'oppression de la femme et une pub pour les barbus prosélytes"... Cela dit, Guyon mesure le risque : "si le projet de loi était retoqué par le Conseil Constitutionnel, on offrirait une arme de propagande inespérée pour les extrémistes religieux"... Et puis il y a la question, dans l'hypothèse où la loi serait adoptée : on l'applique comment ?... Que faire si des femmes continuent à se promener intégralement voilées dans la rue ?... Réponse dans Le Figaro : "Après le vote, six mois de pédagogie pour apprendre les nouvelles règles... Ensuite, des policiers demanderaient à la personne masquée de se découvrir pour vérifier son identité... Puis elle recevrait une amende dans sa boîte aux lettres... Si elle ne paie pas, saisie sur salaire ou sur prestations sociales... Et si la personne refuse de se dévoiler, elle serait emmenée au poste de police"... Dans cette affaire, la France a influencé l'un de ses voisins... La Belgique pourrait interdire aujourd'hui le port du voile intégral... La classe politique est beaucoup moins divisée qu'en France sur le sujet... Il y a même eu un emballement... "Le débat français a fortement influencé la décision de légiférer en Belgique", dit une sociologue dans Libération... C'est d'autant plus étonnant que des règlements de police interdisent déjà de cacher son visage dans la plupart des communes belges... Depuis un an et demi, des femmes sont régulièrement verbalisées... (ED : "Direction l'Espagne, à présent...") Pour un débat de société très sensible là aussi, et qui touche à l'histoire espagnole... Faut-il rouvrir les plaies du franquisme ?... Faut-il enquêter sur les disparus de la dictature ?... C'est ce que voulait faire le juge Garzon, celui qui avait fait arrêter Pinochet... Eh bien, il va certainement le payer très cher aujourd'hui : il devrait être suspendu de ses fonctions, et risque 20 à 30 ans d'interdiction d'exercer... "Le juge Garzon est victime des vieux démons franquistes", titre L'Humanité... Il existe en Espagne une loi d'amnistie... Elle a été votée en 1977, au moment de la transition démocratique, pour apaiser les esprits... Et trois associations d'extrême-droite s'appuient sur cette loi pour bloquer l'enquête du juge Garzon... Il est accusé de "prévarication", autrement dit, de mener une enquête dont il sait très bien qu'elle est contraire au droit... "Le juge Garzon ou l'impossibilité de juger les crimes du franquisme", titre Médiapart... Le débat est très vif en Espagne : "débat polarisé, cristallisé, histérique", titre L'Humanité... A l'université Complutense de Madrid, depuis plus d'une semaine, Espagnols de la première, deuxième et troisième génération viennent soutenir le juge Baltazar. Les deux grands partis politiques gardent leurs distances avec ces militants... Les socialistes sont mal à l'aise et font le dos rond... Les conservateurs s'opposent au juge Garzon... Rouvrir le débat sur le passé de l'Espagne, c'est déstabiliser le Royaume... 114.000 personnes ont disparu pendant les près de 40 ans de dictature franquiste... C'est aujourd'hui que Baltazar Garzon passe devant l'Audience nationale à Madrid... C'est la plus haute instance pénale du pays... (ED: "Grands débats dans la presse... Suite...") Le principe de précaution... Pour une fois, avec l'interdiction totale de la burqa, le gouvernement ne s'embarrasse pas du principe de précaution... Tout le contraire du nuage islandais ou de la grippe... Au fait, à propos de grippe... "Happy Birthday et Muchas Gracias, Edgar !"... C'est Didier Pobel qui sort le gâteau et la bougie, dans Le Dauphiné... Grosses bises à Edgar Hernandez... On peut bien l'embrasser maintenant, ce gamin mexicain haut comme trois pommes... Il va très bien... Mais il y a un an tout juste, dans son canton de Vera Cruz, il n'arrivait pas à se débarrasser d'une mauvaise fièvre et d'une vilaine toux... C'était presque sympa et exotique à l'époque : on parlait de "grippe du cochon", de "grippe mexicaine"... Edgar était le premier... On sait ce qui a suivi... Selon Pobel (et on se demande s'il ne charrie pas un peu sur ce coup), le seul effet secondaire dont souffre Edgar, c'est que ses petits camarades n'arrêtent pas de le chambrer : "Il est grippé-e, il est grippé"... On rigole, on rigole, mais ce qu'on lit sur les volcans, cette semaine dans les hebdomadaires, fiche la trouille... Au-delà du glacier islandais imprononçable, dans Le Point, Frédéric Lewino recense tous les volcans qui nous menacent à travers la Terre... du Vésuve qui tient Naples en respect au monstrueux Mont Toba, en Indonésie, qui pourrait entraîner la disparition d'un milliard d'humains s'il se réveillait... Et puis il y a ce reportage, dans Match, "au coeur des cendres"... Olivier O'Mahony s'est approché au plus près du volcan, en Islande... Il décrit la pénombre, l'impression d'être Neil Armstrong quand on laisse de grosses traces de pas dans la couche de poussière... Pas un souffle d'air... Des oiseaux qui volent en silence... Ambiance de film muet... Odeur de soufre omniprésente... Et encore, c'était évidemment à une distance raisonnable de la bouche de feu... Dans son périple, il a croisé Asta, Gummi et leurs voisins, qui vivent à proximité du volcan... Les voisins ressemblent à des mineurs de fond... Je voudrais citer également le nom des photographes qui ont pris les images spectaculaires qui illustrent ce reportage : Axel Oberg et Ingolfur Juliusson... Dans ce pays, où l'on croit aux fantômes, aux trolls et aux elfes, on a pris l'habitude de vivre avec les monstres, leur beauté et leurs menaces... De retour à son hôtel, le journaliste de Match a discuté avec son voisin de chambre : "Ici, les éruptions vont toujours par deux : d'abord le petit volcan, ensuite le gros... Alors le matin, quand je me réveille, je regarde tout de suite mon chien : en ce moment, il est calme... Je suis tranquille"... Au chapitre "Est-ce qu'on en fait trop ou pas assez ?", il y a aussi la tempête Xynthia... Dans Politis, interview d'un spécialiste des questions d'eau à France Nature Environnement... "Il faut parfois savoir interdire, dit-il... Le drame des inondations traduit l'incapacité de la société à soumettre les appétits économiques aux impératifs de sécurité"... Il reconnaît que c'est une réponse difficile à tenir... Surtout quand les personnes dont on veut raser la maison ont le sentiment que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne... Dans VSD, reportage sur l'Ile de Ré : dans les villages de Loix et La Flotte-en-Ré, on a le sentiment d'être les dindons de la farce... Chacun montre du doigt une autre ville : celle des Portes-en-Ré... C'est la commune des VIP : people et politiques viennent y passer leurs étés... Ce village a curieusement échappé à tout zonage... (ED : "Et pour finir, une photo...") Encore dans Paris-Match... A la rubrique "People", c'est l'une des photos de l'année... Vous connaissez l'image célèbre de Brel, Brassens et Ferré réunis autour d'une table... Des milliers d'amoureux de la chanson française l'ont punaisée dans leur chambre... Eh bien les amoureux du foot ont désormais l'équivalent : Pelé, Maradona et Zidane, réunis autour d'un baby-foot à Madrid... Photo signée Annie Leibovitz... C'est une publicité pour une grande marque de luxe... Ca tue un peu le mythe, mais on s'en fiche car la photo est canon comme une reprise de volée... Il a fallu un an pour réunir ces trois légendes autour d'un baby-foot... Au lendemain du très vilain match Bayern de Munich-Lyon en Ligue des Champions, et alors que le foot est abonné aux faits-divers, ça donne vraiment envie de ressortir ses vieilles K7 vidéo... Et un, et deux, et trois... héros... Bonne journée...

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