Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi : Guyonne de Montjou, Bruno Duvic. A la Une, cette semaine : Pâques à l'heure des révolutions arabes… Bruno Duvic : A la veille du week-end de Pâques, l'hebdomadaire "La Vie" publie une enquête mondiale sur les catholiques. Dans ce dossier, on trouve une lettre d'Egypte. Elle est signée Monseigneur Golta, évêque Copte d'Alexandrie. A l'heure où, du Caire à Tripoli, il y a des questions sur l'issue de ces révolutions, la lettre de l'évêque retrouve les accents de ferveur un peu perdus ces dernières semaines. "J'ai vu le printemps arabe et sa lumière. Les jeunes de la place Tahrir sont restés des jours et des nuits presque sans manger, mus par une extraordinaire fièvre spirituelle. La matière ne peut pas écraser l'esprit, la force militaire ne peut pas anéantir l'espoir. La peur du passé ne peut pas vaincre l'avenir et ses rêves. La révolution nous a permis de mieux saisir la parole de l'Evangile de Mathieu : l'homme ne vit pas seulement de pain." Beau message d'espoir. Les chrétiens d'Orient à l'heure des révolutions arabes, autre écho, Guyonne, en Syrie, dans le Daily Telegraph… Guyonne de Montjou : Un pays où d'ordinaire les chrétiens sont plutôt bien lotis... Mais cette année, ils vont devoir vivre leurs fêtes de Pâques en catimini. Depuis hier, pourtant, la Syrie n'est plus sous état d'urgence, mais les chrétiens n'en verront pas tout de suite les effets. Le « Daily Telegraph » rapporte qu'on leur interdit aujourd'hui, vendredi saint pour eux, de faire leur chemin de croix dans les rues ou leur procession avant la veillée pascale. Commémorer la mort de Jésus est devenu polémique, aux yeux de la police syrienne qui craint que les nouveaux martyrs de la révolution, les 200 tués ces derniers jours, ne soient commémorés en même temps. Bruno Duvic : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais à Misrata en Libye, il y a des hommes, planqués depuis des jours dans un immeuble, qui crèvent de faim, de soif, et veulent trouver de la bouffe. Cette terrible bataille de Misrata est racontée au plus près par Jean-Louis le Touzet dans Libération. Les hommes en quête de bouffe sont deux soldats fidèles à Kadhafi. Ca se passe sur Tripoli Street, nouvelle sniper avenue. Hier, vers 10h30, les deux gars sont sortis de leur immeuble en arrosant la rue de balles pour protéger leur progression vers une supérette. Les insurgés les ont repérés, l'un des deux a été descendu par une rafale. L'autre s'est rendu après une traque d'une heure. "On l'a trouvé allongé entre les tombes dans une cimetière". L'homme qui parle est le commandant Smile. Il a 30 ans, il y a deux mois il était maçon à Malte. Commandant en chef, il ne l'est que depuis hier. Son supérieur a été fauché par un tir. "Les gars de Kadhafi, on va les enfumer !". Smile, comme son nom l'indique, sourit en toute circonstance. Hier, entre la mort d'un ennemi et l'arrestation d'un autre, il a récupéré deux fusils d'assaut et deux paires de chaussures. Patrick Cohen : Et à l'ouest de la Libye, il y a du nouveau. Guyonne de Montjou : Le Herald Tribune rapporte à sa Une que les rebelles viennent de prendre le contrôle d'un post-frontière qui ouvre sur la Tunisie. La police tunisienne a d'ailleurs mis la main sur une centaine de soldats pro-Kadhafi, qui tentaient de fuir de l'autre côté. Les militaires tunisiens les ont interrogés, puis ramenés en territoire libyen. C'est un corridor stratégique, par lequel du matériel et des hommes peut désormais passer. C'était un désert sous le contrôle des soldats de Kadhafi. Depuis hier, c'est devenu un immense embouteillage pour entrer et sortir du pays. Autre bonne nouvelle pour la coalition, c'est l'appui que les Etats-Unis viennent de promettre. Washington s'apprête à envoyer des drones armés dans le ciel libyen. C'était très attendu par les états-majors européens engagés. Les drones américains permettront une plus grande précision dans les frappes, en évitant en particulier les victimes civiles, qui restent la grande angoisse de la coalition. Bruno Duvic : La France a-t-elle raison de s'engager toujours plus dans cette guerre ? Enfin, le débat émerge dans la presse. Exemple, la tribune de Jacques Attali dans l'Express. En substance : « On ne pourra pas renverser Kadhafi sans une action au sol et sans fournir des armes aux insurgés avec les risques que cela comporte s'ils se retournaient un jour contre les Occidentaux ». Pour parler de ce cercle vicieux qui amène à toujours plus s'engager dans un conflit, il a cette expression : « Une fois que le dentifrice est sorti du tube, impossible de l'y faire rentrer. Il n'y a pas solution et on aurait du y penser avant ». Dans le même numéro de l'Express, Christophe Barbier lui répond : « Toute guerre est sale, mais certaines sont nécessaires, c'est le cas en Libye. La France y court les invisibles risques des guerres civiles, c'est tout à son honneur ». Nécessaire ou pas la guerre en Libye ? Sans doute, faut-il davantage expliquer les raisons de cet engagement. C'est le titre de l'édito du Monde : "Même les guerres justes méritent d'être expliquées". Est-ce une façon de faire de la pédagogie ? Selon le Parisien-Aujourd'hui-en-France, Nicolas Sarkozy préparerait une voyage éclair à Benghazi. Bernard Henri-Levy pourrait en être. Il est à la Une de « Marianne » cette semaine. Extravagant, mais vrai : « BHL, chef de guerre en Libye ». Guyonne de Montjou : En Une du « Haaretz » et du « Yediot Aharonot », les journaux de référence israéliens, la photo de la poignée de main chaleureuse entre Nicolas Sarkozy et Mahmoud Abbas hier, sur le perron de l'Elysée. Que se sont-ils dit ? que se sont-ils promis, pour être si souriants ? Le « Haaretz » croit savoir que la France a apporté un "soutien clair" - ce sont les mots - un soutien clair à la création d'un Etat palestinien, et que cette annonce pourrait avoir lieu cette année, en septembre, lors de l'Assemblée générale des Nations Unies. Mahmoud Abbas a garanti qu'une centaine de pays au moins, reconnaîtraient immédiatement le nouvel Etat palestinien, qui suivrait alors le tracé des frontières d'il y a 45 ans, datant d'avant la guerre des Six-jours. Bruno Duvic : Abbas compte sur le soutien de la France, confirme Le Figaro qui publie une interview du leader palestinien. Selon le journal, un premier pas pourrait être fait en juin, lors de la conférence des donateurs pour la Palestine à Paris. Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix, suite : d'autres informations en bref… Guyonne de Montjou : La presse belge marque aujourd'hui un triste anniversaire. Cela fait un an, jour pour jour, qu'Yves Leterme a remis sa démission au roi après l'échec des négociations pour former un gouvernement d'unité en Belgique. Et depuis c'est l'impasse. Bruno Duvic : Un an sans gouvernement, cela peut aider à faire des économies. Sans gouvernement, impossible d'engager des dépenses. Résultat, raconte Le Figaro : « Le budget belge affiche cette année un déficit de 3% seulement, mieux que l'Allemagne et deux fois mieux que la France ». Guyonne de Montjou : Le classement annuel du « Time Magazine »… A côté d’Angela Merkel, Marine le Pen est classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde. A côté d’elle, on trouve Hillary Clinton, la brésilienne Dilma Rousseff, Jean-Claude Trichet et Nicolas Sarkozy. Sont aussi classés les infréquentables : Saif al Islam, Kim Young un, le prochain dictateur nord-coréen. L’article sur Marine Le Pen est édifiant, il est rédigé par Zirhinovsky, qui se situe à droite de l’échiquier politique russe. A lire dans le « Time Magazine » qui sort aujourd'hui. Bruno Duvic : La maison de l’épouvante à la Une de Presse-Océan. Histoire de la famille Dupont de Ligonnès. Cinq corps retrouvés dans le jardin et le père recherché. Selon le journal nantais, il était sous la pression de plusieurs huissiers qui réclamaient le remboursement de créances. Très loin de cette histoire épouvantable, terminons avec un article du « Herald Tribune », Guyonne… Guyonne de Montjou : C’est un nouveau tour proposé aux visiteurs à Londres… Après Big Ben et la Tate Gallery, un petit détour par le quartier de Mayfair. Les touristes pourront se faire prendre en photo devant le magasin de vêtement Jigsaw dans lequel Kate Middleton a travaillé à mi temps entre 2006 et 2007. Difficile, à une semaine du grand mariage princier, de trouver de nouvelles idées. Le « Herald Tribune » décortique ce matin le story telling parfait de Kate Middleton, avec quelle maestria elle a tenu en haleine les tabloïds britanniques, tout en préservant son mystère… pendant 9 ans. Hormis le jour de ses fiançailles, où elle s’est livrée à un jeu de questions-réponses un peu convenu, elle n’a presque jamais parlé directement à la presse. Kate Middleton, c’est, selon le « Herald Tribune », c’est un message vide, un ovni dans un monde où les people et le gotha racontent leur vie dans tous les sens. Elle est une hyper célébrité, et pourtant elle n’a ni page Facebook, ni Twitter, et même pas le projet d’écrire ses révélations dans un bouquin !

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