Des femmes brulées, scarifiées, de peau froissée, font de leur corps de l'art et une fierté, le Monde. Dans la Provence une femme torero à cheval décrit, artiste, l'instinct joueur du cheval qu'elle façonne. Un tambour-major quitte son office, et son fils lui succède comme il succéda à son père, la Voix du Nord.

Les attentats du Sri Lanka font les unes.

Qui sont pour le Figaro une preuve, que les chrétiens vivent "le temps du martyre". C'est le titre de l'éditorial où s'exprime une vision du monde d'un journal qui met le catholicisme au coeur de son identité et de son vocabulaire, plus politiquement que la presse confessionnelle...
"4251 personnes recevaient le baptême en France dans la nuit de samedi à dimanche" dit le figaro, et c'est pratiquement le même chiffre, "que celui des 4300 chrétiens victimes de l'intolérance et du fanatisme en 2018." Au Sri Lanka, ajoute le Figaro, "les victimes ont vécu dans la chair la souffrance du christ sur la croix, les mots de l'Evangile, relatant la passion, pour elles, sont devenues une réalité sanglante." 

Et le journal élargit la focale et raconte aussi ce matin cette messe de Pâques à Mossoul en Irak d'où les chrétiens ont fui et ne sont pas revenus, et quand l'évêque en araméen  a prononcé ce mot, "Gymata", se relever et marcher, l'unique église rénovée de la vielle n'était peuplée que de fidèles de passages, autrefois habitants de Mossoul qui repartiraient sitôt l'office fini... Ils manquent à la ville, mais la peur est restée.

Le Figaro, comme souvent, est le plus cohérent dans sa manière de recevoir l'actualité. Mais il n'est pas le seul à mettre en avant la dimension religieuse de ces attentats où plus de 200 personnes sont mortes dans des églises mais aussi des hôtels de luxe, où l'on attendait hier pour le buffet du dimanche, quand les bombes ont explosé, raconte la Dépêche... Le Parisien titre sur "les catholiques visés" avec la photo saisissante d'une statue du christ qui semble éclaboussée de sang, le journal rappelle d'autres Pâques sanglantes, Egypte 2017 Pakistan 2016, au Nigeria 2012... Sur le site de la croix, journal catholique qui ne parait pas aujourd'hui lundi de Pâques, on lit l'interview d'un militant sri lankais des droits de l'homme, un catholique qui avait dénoncé publiquement des agressions contre des églises venus d'extrémistes bouddhistes, mais a priori dit-il, il n'y avait pas de tensions entre musulmans et chrétiens... Ruki Fernando dit simplement ceci, "nous sommes effrayés"... 

L'effroi nous vient d'un continent lointain remué d'identités sordides apparaissent. On relit ce matin, APRES DONC les bombes du Sri Lanka, ce reportage du Monde sur l'Inde, mis en ligne il ya trois jours, allez y, l'Inde, le géant voisin du Sri Lanka, où l'on vote pour des législatives dans un climat étrange; on raconte une obsession des origines dans  l’Etat d’Assam, laboratoire politique des nationalistes hindous au pouvoir, où pour être reconnus indiens, il faut pouvoir prouver que vos parents résidaient dans le pays avant le 24 mars 1971, ceci afin de repérer les familles immigrées du Bengladesh voisin, et cette loi fait de chaque musulman un étranger potentiel, que l'on peut réveiller la nuit, chez lui, dans une maison de brique entourée de chèvres, et le jeter en prison... 

L'effroi vient d'un inéluctable qui vient de loin, que l'on visite parfois. L'Ardennais monte en une un compatriote Christophe Proux, directeur de centre culturel, qui était en vacances au Sri Lanka, et à la sortie d'un temple raconte-t-il par téléphone, s'est retrouvé pris dans le chaos du pays... La soeur de Christophe, Karine,  était à New York le 11 septembre 2001...  "On n’a pas demandé s’il y avait un chat noir dans la famille."
Ainsi ramène-t-on l'effroi à notre mesure. 

Et les journaux nous parlent aussi de la France...

Et nos problèmes semblent en comparaison une heureuse routine. Sud-Ouest deux jours après poursuit à sa Une ces gilets jaunes qui ont lancé "suicidez-vous" à des policiers samedi à paris. La Provence et le Télégramme, chacun pour sa région, critiquent leurs automobilistes, puisque sudistes et bretons ont été épinglés à l'instar des franciliens par une étude de la fondation Vinci révélée par le Parisien, sur l'incivilité au volant; la Provence revendique un code marseillais où l'on téléphone en conduisant sans mettre le clignotant, pour ne pas lâcher le volant, le Télégramme raconte les affres des moniteurs d'auto école en Bretagne où le sang est chaud et parfois, Yannick, moniteur à vannes, doit sortir de sa voiture pour calmer un conducteur par son imposante carrure...

Il est d'autres routines plus douces et savoureuses. L'Indépendant met à sa une un tournoi de rugby pour enfants seulement, où les petits Narbonnais ont fait match nul en finale avec ceux de Montferrand. Les DNA me disent cette messe de Pâques, hier à Saint Pierre Bois, à l'aube. On me dit dans le Berry républicain qu'à Vierzon  où il est installé depuis quarante-trois ans , le chocolatier Jacques Bernard a fabriqué ses derniers oeufs de Pâques, lui qui a tant donné et espère un repreneur... On me dit dans la voix du Nord qu'à Cassel, Bernard Minne enfilera pour la dernière fois sa redingote rouge pour mener le défilé de Pâques, lui qui est le tambour major de la ville depuis 40 ans, ayant succédé à son père Marceau, son fils Vincent reprend le flambeau...  Nous sommes encore là. 
Dans Corse matin, on me raconte Renaud Imbert qui est le troisième meilleur cordonnier d'europe, médaille de bronze en catégorie réparation, il est l'un des deux dernier vrais cordonniers d'Ajaccio, artistes artisans, il est encore là... 

Et des combattantes pour finir... 

Dans la Provence, Léa Vicens, de Nimes, qui torée à cheval et que le journal a vu à l'entrainement, près de Séville avant la Feria d'Arles, qui est puissante et fine quand elle décrit  l'instinct joueur et torero d'un cheval qu'elle façonne, qui arrondit l'encolure au moment du combat... Elle dégage plus de vie que nos footballeurs du Psg enfin champions, à la une de l'equipe, qui portaient Notre-Dame sur les maillot.

Il est d'autres combattante encore, qui reviennent de si loin, des grandes accidentées, brulées scarifiées, marqués de peau froissée et de cicatrices et (c'est un fantastique papier dans le Monde) qui ont fait de leurs blessures des chef d'oeuvres de volonté, une reconstruction... 
Julie Bourges était "une petite blonde gymnaste et qui s'aimait" jusqu'au jour où son costume de carnaval s'enflamma au lycée, elle porte à 22 ans un combat pour les corps différents, sourire éclatant et nez qui plisse, et a compris ce qu'elle devait faire le jour où un homme qui la dévisageait s'excusa ainsi... 

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