Patrick COHEN : A la Une, ce matin : des prières dans la rue... Bruno DUVIC : "Depuis des mois, le blocage de la rue Myrha et de ses alentours, à Paris, par des fidèles de l'islam prosternés en direction de La Mecque était visible sur Internet. Il aura fallu pourtant une phrase de Marine Le Pen pour que le problème prenne soudain une dimension nationale. Une fois de plus, un leader du Front National aura donné une formulation inadéquate à une vraie question". Extrait de la chronique d'Alain-Gérard Slama, aujourd'hui, dans Le Figaro. Y a-t-il vraiment beaucoup de musulmans qui prient dans la rue ? Et est-ce que cela pose vraiment problème ?. Libération publie une contre-enquête aujourd'hui, et Laurent Joffrin en dresse le bilan dans son éditorial. "Il existe des prières publiques dans une vingtaine d'endroits en France ; elles durent en général moins d'une heure, pas toutes les semaines ; les mosquées aux abords desquelles elles se produisent ne sont pas particulièrement intégristes, même s'il peut y avoir des intégristes parmi les fidèles ; ces prières sont le produit d'un manque de place dans les lieux de culte. Comment résoudre le problème ? En construisant des mosquées". Libération estime que 300.000 m² sont actuellement disponibles dans l'Hexagone pour les fidèles musulmans, et qu'il en faudrait le double. 150 projets sont en cours de construction. C'est un rattrapage indéniable. Reste l'obstacle du financement, qui émane de fidèles ou de pays étrangers. Souvent, les chantiers sont bloqués par des maires qui craignent de perdre des électeurs... Parmi les pistes pour débloquer la situation : l'idée d'une fondation, qui permettrait de financer le culte musulman et de construire des mosquées. En tout cas, à travers cette question et d'autres, "la laïcité est à nouveau au centre des débats", constate La Croix. Et au passage, l'historien et spécialiste de la laïcité Jean Baubérot fait une mise au point : "Il y a une confusion sur le sens des mots : la laïcité, c'est le respect de toutes les formes de croyance. Au-delà de l'islam, il y a aujourd'hui un refus de faire place à des attitudes qui questionnent le sens du lien social"... En d'autres termes, "laïcité" : évidemment ; "nouveau fondamentalisme laïcard" : non. Dans les colonnes de La Croix, deux religieux, l'un catholique, l'autre juif, le disent en deux formules : "Concevoir la laïcité comme une nouvelle religion serait faire fausse route". "Certains souhaiteraient oblitérer toute demande religieuse". Patrick COHEN : Après la laïcité, deuxième mot-clé dans la presse : "transparence"... Bruno DUVIC : La bataille à l'Assemblée, autour de la déclaration du patrimoine des élus, suscite un déluge de commentaires. Et pour le dire franchement, Christian Jacob, vous et Jean-François Copé en prenez plein la figure. Un député qui ment dans sa déclaration de patrimoine risque donc une amende, et non pas la prison. Pas de qualification pénale comme il était prévu dans le texte initial. Pour Sud-Ouest, "l'UMP sauve les députés fraudeurs" dans cette affaire. "On est magnanime avec les tricheurs", selon Dominique Garraud, dans La Charente Libre. C'est "une faute politique", selon Chantal Didier, dans L'Est Républicain. "Un voleur de mobylette risque donc plus qu'un député fraudeur", titre Rue89, en reprenant l'expression du député Dosière. C'est "la République des copains et des coquins", écrit Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées, reprenant, lui, une vieille expression de Michel Poniatowski. Dans Le Dauphiné Libéré, Gilles Debernardi vous met dans le même sac que Thierry Henry et Nicolas Anelka, qui ne veulent pas renoncer à leurs primes : "Sur n'importe quel terrain, les titulaires de privilèges gagneraient à ne pas en abuser". Dans la série "comparaison qui fait mal", Patrick Fluckiger, dans L'Alsace, regarde du côté de l'Italie, en vous accusant d'avoir fait "une belle berlusconnerie". Alors, à propos d'expressions, il y en a une qui revient dans beaucoup de commentaires : c'est celle de "République irréprochable", promise par Nicolas Sarkozy. "Les bonnes résolutions se sont évaporées", écrit Jean-Pierre Bedeï dans La Dépêche du Midi. "Or, aujourd'hui, les Français attendent que le gouvernement, qui leur demande de se serrer la ceinture, se montre exemplaire en matière d'intégrité et de morale". Alors y a-t-il quelques arguments pour vous défendre ? Pas beaucoup, à vrai dire. Dans La Charente Libre, Dominique Garraud pointe tout de même l'hypocrisie des socialistes, puisqu'en commission à l'Assemblée, plusieurs d'entre eux ont bataillé contre le projet qui prévoyait des peines de prison. Et puis Le Parisien-Aujourd'hui, qui rappelle au passage que les contribuables qui trichent risquent, eux, jusqu'à 5 ans de prison. Le Parisien a passé un coup de fil à Jean-François Copé, en vacances à Cuba, pour entendre ses arguments. "On ne met pas des gens en prison pour ça", dit le secrétaire général de l'UMP. "Et pourquoi pas le bagne ? On ne peut pas à ce point s'essuyer les pieds sur les hommes politiques". Patrick COHEN : Quoi d'autre, dans la presse ? Bruno DUVIC : "Le métier d'enseignant ne suscite plus les vocations"... C'est la Une du Monde. Que ce soit dans le premier ou dans le second degré, 17000 étudiants en moins aux concours d'enseignant cette année. Est-ce qu'on sortira de la crise de l'Euro grâce à la Chine ? En tout cas, "la Chine s'en mêle", comme le titre La Tribune. Les dirigeants de Pékin se disent prêts à aider certains pays européens. Ils ont déjà mis la main au portefeuille. Le chèque le plus récent a été reçu par le Portugal. Et puis la jolie Une du Financial Times : photo de l'éclipse de Lune hier, qui tombait le jour du solstice de décembre... C'est "l'arrivée de l'été", titre le journal... et de l'hiver. Cela dépend de quel côté de la planète on habite... Enfin, à l'heure où l'Iran emprisonne l'un de ses plus grands cinéastes, le sort réservé par un gouvernement à la culture est loin d'être neutre. Dans Le Nouvel Observateur, cette semaine, dossier sur "la seconde mort de Pompei", ou la méthode Berlusconi appliquée au site archéologique le plus célèbre du monde... Vous le savez : l'un des plus beaux bâtiments de Pompei, la Maison des Gladiateurs, s'est effondré le mois dernier, victime de l'incurie. Au-delà de ce désastre pour le patrimoine, Marcelle Padovani fait de l'histoire récente de Pompei une allégorie de l'Italie contemporaine. Une anecdote, pour commencer... En octobre 2009, Silvio Berlusconi devait visiter Pompei. Pour éviter qu'il ne se foule la cheville sur les pavés irréguliers de la ville, le commissaire spécial, qu'il a nommé lui-même, a fait couler du ciment sur une partie du site. Finalement, le Cavaliere n'est pas venu. Quelques mois plus tard, pour un concert de l'orchestre du théâtre San Carlo de Naples, on a remplacé le tuf gris typique de l'amphithéâtre par un tuf jaune... une gifle, en plein soleil... gifle qui a coûté 6 millions d'euros, sur un budget annuel de 20. On va sans doute enlever le jaune, mais cela implique de faire revenir des engins de chantier qui, à chaque fois, mettent le site en péril. On dépense beaucoup d'argent pour faire des travaux catastrophiques. En revanche, il n'y en a pas pour doter la ville ne serait-ce que de nouveaux gardiens. Or, on vole beaucoup à Pompei. En janvier dernier, dans des locaux de la Camorra, les carabiniers ont découvert des mosaïques, des ustensiles et des monnaies, volés sur place. C'est un patrimoine qu'on assassine, et on essaie de masquer le crime à coups d'opérations marketing. Mais le marketing, disent les archéologues, est plus dangereux que le Vésuve...

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