(Pierre Weill : "Bruno, vous avez entre les mains un document qui va provoquer une révolution")... Eh oui... Et je l'ai obtenu gratuitement, en plus, juste en cliquant sur le site Rue89. Vous connaissez, Pierre, l'éternel débat sur le plafond de verre... plafond qui est dans les têtes et dans les moeurs, et qui empêche les femmes d'accéder au poste de cadre supérieur dans les entreprises. Pour convaincre les réticents, on utilise des arguments de type moral, social, voire familial. Eh bien, sur Rue89, on trouve un argument peut-être plus convaincant pour beaucoup de chefs d'entreprise : les pepettes. Voici le titre de l'article de Michel Ferrary : "Plus l'encadrement est féminin, plus l'entreprise réussit"... C'est une étude qui sera publiée dans la revue du CNRS au mois d'avril. Je vous donne quelques données techniques : elle porte sur la période 2002-2006 et concerne les entreprises du CAC 40. Le chiffre-clé, c'est 35%, un peu plus d'un tiers : 35% de femmes au moins dans l'encadrement supérieur. Les entreprises qui sont à 35 et plus sont meilleures que les autres en termes de croissance, de rentabilité, de productivité du travail et de créations d'emplois. Et quand je dis "meilleures"... Les chiffres donnés par Rue89 sont impressionnants. La différence de performances entre les entreprises "féministes" (entre guillemets) et les autres serait de près de 100%. En termes de créations d'emplois, la différence est de plus de 150%. Alors, quels éléments d'explication ? D'abord, explication par l'oxygène, en quelque sorte. Une entreprise qui recrute autant de cadres femmes que d'hommes accroît mécaniquement son vivier de talents. Et puis les femmes poseraient les questions différemment, et donc apporteraient des solutions différentes. Dernier point : elles auraient des comportements différents face aux risques. En clair, moins de testostérone, mais aussi moins têtes brûlées. Au sein du CAC 40, la banque qui a le mieux résisté à la crise, BNP-Paribas, est celle dont l'encadrement est le plus féminisé. Un bémol : les chiffres que je citais tout à l'heure sont tellement importants qu'il est difficile de croire que la seule présence des femmes fasse la différence. Il y a forcément une combinaison de facteurs. N'empêche, c'est une sacrée pièce au débat sur la place des femmes en entreprise, et même au-delà. C'est donc à lire sur Rue89... (PW : "Encore une révolution, à la Une de La Croix")... En tout cas, le constat d'un drôle de climat en Europe. Voici ce qu'écrit François Ernenwein dans l'éditorial de La Croix... "Comment ne pas voir que l'Europe commence à être sérieusement traversée par l'onde de choc sociale de la crise ? De Berlin à Paris, d'Athènes à Lisbonne, des conflits naissent autour des rémunérations ou de la situation de l'emploi". Terrain social miné... Et le conflit numéro 1 ce matin, dans la presse, c'est celui chez Total. "Les rois du pétrole sur la sellette", titre L'Humanité. La grève dans les raffineries et les dépôts se durcit. Point de départ : le projet de Total de fermer la raffinerie de Dunkerque. La grève se durcit chez Total. Et déjà apparaissent à la Une de France-Soir les craintes de pénurie d'essence. Certaines stations-service sont déjà prises d'assaut, selon le quotidien. Comme le rappelle Le Parisien-Aujourd'hui, un litre d'essence sur deux vendu en France passe par les tuyaux de Total. Reste la source du conflit. C'est Libération qui assure le forage... D'abord, Total à Dunkerque (ville qui a encaissé trois points de chômage supplémentaires ces six derniers mois), c'est 10% de l'activité du port, 800 emplois en comptant les sous-traitants, et il faut ajouter les emplois induits, du boulanger au chauffeur de taxi. Ensuite, la question-clé : pourquoi Total veut-il stopper le raffinage à Dunkerque ? En France, l'activité "raffinage" de la compagnie perd 100 millions d'euros chaque mois. Depuis 2006, la consommation d'essence s'est effondrée, et pour une raison simple : 80% du parc automobile roule désormais au diesel. Mais quand on raffine du pétrole brut, on produit à la fois de l'essence et du diesel. Alors que fait-on de l'essence, puisqu'elle ne se vend plus en France ? Eh bien, jusque-là, on la refilait aux Américains. Mais la crise économique et écologique est passée par là, et mêmes les Américains ont freiné leur consommation. Ce qui est en jeu, dans cette affaire, c'est aussi la responsabilité des politiques, de l'Etat. Aucune politique industrielle n'a permis de préparer le terrain. Alors aujourd'hui, quand Christian Estrosi, en pleine campagne des Régionales, essaie de jouer les médiateurs dans le conflit de Dunkerque, eh bien il n'a pas beaucoup de pouvoir. "L'Etat et son déficit ne pèsent pas bien lourd face à Total et ses insolents bénéfices", écrit Patrick Fluckiger dans L'Alsace. "Total n'a pas besoin de la France". (PW : "Vous n'avez pas quelques histoires, pour sortir de notre quotidien ?") Si, j'ai ça pour vous aussi... Le job de rêve, d'abord... Préfet des albatros et des éléphants de mer. Il s'appelle Rollon Mouchel-Blaisot. Quel joli nom ! Son portrait est dans Ouest-France. Et il dirige un empire grand comme quatre fois la France et peuplé de 50 millions d'oiseaux. C'est l'administrateur général des Terres australes et antarctiques françaises... un homme qui hésite toujours entre le maillot de bain sous les tropiques et la grosse doudoune en Terre Adélie. Son métier, c'est de veiller sur les espèces animales et végétales de cet immense empire. Et c'est bien souvent l'action de l'homme qui les menace. L'albatros, sur l'Ile d'Amsterdam, par exemple... Il n'en reste plus qu'une trentaine de couples. Au XIXème siècle, on a importé des bovins sur l'île : ils ont détruit les sites de nidification. D'autres fois, ce sont les rats et les souris échappés des bateaux qui menacent la biodiversité. Plus subtiles encore, les plantes étrangères, qui arrivent sous forme de graines : "Plus une graine ne doit débarquer aux Iles Crozet ou aux Kerguelen, dit le préfet : des espèces invasives pourraient supplanter la végétation locale. Alors les caisses en bois qui arrivent du reste du monde ont été remplacées par du plastique, et il est rincé avec soin pour effacer toute trace de semence". (PW : "Après le préfet de rêve, le tableau de rêve")... "L'Art de la Peinture", de Vermeer... Le peintre s'y est représenté de dos. Au fond de la pièce au carrelage noir et blanc et à la lourde tenture, il fait face à Clio, la muse de l'Histoire... Un tableau de Vermeer, ce n'est pas rien : on en compte seulement 35 dans le monde. Celui-ci est au musée de Vienne, mais il pourrait bien quitter ses murs. L'histoire est racontée dans Le Figaro... En 1940, son propriétaire de l'époque l'a vendu à Hitler. Or, selon la loi autrichienne, toute vente effectuée sous l'Anschluss, alors que l'Allemagne occupait l'Autriche, est sujette à caution. Et 10.000 pièces ont déjà été restituées. Aujourd'hui, les héritiers de l'ancien propriétaire (un comte dont l'épouse était en partie d'origine juive) demandent donc la restitution du tableau. Pas sûr qu'ils l'obtiennent. D'abord parce que le prix qu'en a tiré le comte à l'époque était tout à fait correct. Ensuite parce que, dans une lettre, il adresse ses sincères remerciements à Hitler et conclut par un salut allemand. Alors est-ce une lettre compromettante ou bien était-ce pour protéger sa famille ? La justice n'a pas encore tranché. En tout cas, si l'oeuvre revient à la famille et qu'elle la revend, elle fera une sacrée affaire : en 1940, elle avait été vendue pour l'équivalent de 660.000 €. Elle est aujourd'hui estimée entre 150 et 200 millions... (PW : "Et pour finir, la femme de rêve")... Elle est forcément française. Pour les Américaines, les Françaises sont des déesses. C'est un article à lire sur Slate.fr. Layla Demay relève un phénomène d'édition : une série de livres qui prennent les femmes françaises en modèle. Ce sont des best-sellers aux Etats-Unis. Je vous donne deux titres : "Les Françaises ne grossissent pas" ; * ou encore "Les Françaises ne dorment pas seules". En janvier dernier, lors d'un talk-show, une auteure d'un de ces livres répondait aux questions des téléspectatrices. Elles racontaient leurs déboires sentimentaux et terminaient invariablement par une question : "A ma place, que ferait une femme française ?". Alors n'y aurait-il, d'un côté de l'Atlantique, que parfum et lingerie fine et, de l'autre, frites et cholestérol ? Il y a bien sûr du marketing derrière ce phénomène. Mais après tout, en ces temps de morosité en Europe, ce French Kiss venu d'Amérique, c'est pas mal pour un lundi... Bonne journée...

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