(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les chiens et les oiseaux... (Bruno Duvic) Ce qui frappe quand on regarde les vidéos de Lybie sur les blogs et les chaines d'information continue, c'est l'alternance du silence et de la clameur, de la solitude et de la foule. BBC, CNN, et les autres. Les chaînes étrangères sont aux mains de chiens selon le colonel Kadhafi, mais c'est un homme aux abois qu'elles montrent depuis cette nuit. Elles reprennent les images de cette apparition faussement improvisée de quelques secondes à la télévision libyenne, pour dire qu'il n'a pas fui la Libye. Il fait nuit, il pleut. Nous sommes devant un bâtiment qui pourrait être sa résidence caserne. Kadhafi émerge d'un véhicule qui ressemble presque à une vieille 4L couleur crème. Il tient un parapluie. Non je ne suis pas au Venezuela - ni en France ajoutent les traductions de CNN et de la Repubblica. Puis il salue. Déclarations dans un silence glacial, seules quelques gouttes de pluies en bande sonore. De la pluie sur un dictateur à tête de chameau comme l'appelle Bruno Dive dans "Sud Ouest". Photo du colonel à la Une du Parisien aujourd'hui en France. Le cuir piqué du visage, les petites crevasses et les plis de la peau, les poils de barbe, les boucles poivre et sel, le regard noir... "Kadhafi 41 ans de dictature", titre le journal. (Patrick Cohen) Voilà pour le silence... La clameur, on la trouve sur un blog. (Bruno Duvic) L'un de ces blogs qui collecte les vidéos : Lybie 17 février 2011, c'est son nom en anglais... Clameur des manifestants dans le quartier Al Jummah à Tripoli. Solidarité avec les morts de Benghazi. "Avec nos âmes, avec notre sang, nous nous sacrifierons pour toi, Benghazi". Benghazi où un autre chant résonne : "Dieu le peuple et seulement la Libye". Sur cette vidéo on assiste à une scène de fraternisation entre manifestants et soldats. Clameur des manifestants, fracas des bombes. La vidéo de Tripoli s'achève sur un bruit de tir. La caméra dévisse... "La Libye de Kadhafi est à feu et à sang" titre le Figaro. Les victimes se comptent par centaines. Libération, page 3 une photo de l'Associated press : un homme blouson noir, keffieh autour du cou, sort de l'hôpital Al Jalaa de Benghazi. Il tient un petit paquet blanc dans ses mains. Ce sont les restes d'un corps. Retour au silence... Au delà de l'horreur, un soignant français qui a quitté Benghazi pour Tripoli raconte son dernier jour à l'hôpital dans "Libération"... "Samedi tous les hôpitaux privés ont été fermés. Les habitants ont réquisitionné tout ce qui s'y trouvait. Ils sont venus nous apporter ce matériel. Il y avait de la nourriture pour les gens qui travaillaient, pour les civils pour les familles. D'où venait-elle ? je ne peux pas dire. Les Libyens étaient protecteurs avec nous, très touchés qu'on les aide. Mais on voyait des choses bizarres, des opposants qui avaient des hachoirs sous leur blouson. L'un d'eux a fait tomber le sien dans l'entrée des urgences. Il m'a fait comprendre que je n'avais pas à m'inquiéter." (Patrick Cohen) Kadhafi ou le dictateur qui a nargué le monde entier. (Bruno Duvic) Le titre est en page intérieure du Parisien. Résumé du parcours dans Libération sous la plume de Marc Semo : de terroriste à partenaire de l'Occident. Années 80, Ronald Reagan à la Maison Blanche : "Kadhafi est le chien enragé du Proche Orient dit le président américain". C'est l'époque des attentats de Lockerbie et du DC10 d'UTA. Mais avec lui, l'Occident a eu des relations entre ombres et lumières, entre chien et loup. La Repubblica ressort l'image de Berlusconi lui embrassant les mains aux Nations Unies. Après le 11 septembre, l'Occident a voulu croire que le colonel pouvait être un partenaire dans la lutte anti terroriste. La France n'a donc pas été la seule, loin de là, mais il y a cette visite en 2007 à Paris après la libération des infirmières bulgares. Sur son blog, Didier Pobel la met en parallèle avec ce qui se passe en ce moment : Février 2011, la Libye est en proie au chaos, l'insurrection se propage, dans la capitale l'armée tire sur la foule Décembre 2007 : la France vit à l'heure d'une grotesque effervescence, la circulation est paralysée à Paris, Nicolas Sarkozy reçoit le libérateur des infirmières bulgares (... ) Cherchez l'erreur, cherchez l'horreur Nicolas Sarkozy n'a pas été le premier. Marc Semo rappelle les avions mirage vendu par la France de Georges Pompidou, l'extrême gauche séduite par le bouillant leader de l'anti impérialisme. Mais une fois de plus, la diplomatie française est sur la sellette. Dans l'édito de Libé, François Sergent rappelle la phrase de Patrick Ollier en 2007 : "Kadhafi n'est plus le même qu'il y a 20 ans, d'ailleurs il lit Montesquieu". Le Parisien ressort une phrase de Boris Boillon, actuel ambassadeur de France en Tunisie, après l'Irak. En décembre, sur le plateau du grand journal de Canal plus, il déclarait : "Kadhafi a été un terroriste, il ne l'est plus, il ne faut pas laisser libre cours aux clichés. Dans la vie on a tous fait des erreurs et on a le droit au rachat." (Patrick Cohen) Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi est donc frappé par la révolution de l'Internet. Les voilà les oiseaux : les pépiements de Twitter. Quel est le poids réel de l'Internet et des réseaux sociaux dans ces révoltes et révolutions ? Le Monde ouvre le dossier en Egypte. Il en ressort que Oui, Facebook et Twitter ont été importants pour mobiliser mais ensuite, ce fut une révolution de rue. Des discours enflammés, des prières, des combats, du sang versé. On pourrait ajouter "Et al-Jazeera" Les jeunes internautes ont ils été briefés par les américains ? C'est la question qui fâche. Dans le Figaro, Tanguy Salün retrace le parcours d'un des fondateurs du groupe Facebook à la pointe du combat en Egypte. En 2008, il avait noué des liens avec l'administration Bush. Le contact n'a jamais été rompu. Mais il n'y a jamais eu de plan secret dit une bloggeuse. Facebook ou pas, la jeunesse a bien eu un rôle clé dans les soulèvements. La jeune génération a une maturité politique très forte, dit le spécialiste de l'Islam Oliver Roy dans "La Croix". "La démocratie est une demande de cette génération. Elle ne se laisse pas attraper par des mirages, il n'y a pas d'homme charismatique dans ces révoltes, elle n'est pas fascinée par les paris politiques ou les idéologies." Mais ce qui a été un atout dans la révolte le reste-t-il dans la reconstruction ? Pour l'instant, les oiseaux sont sur la branche et sur la brèche. Ils racontent à n'en plus finir leurs nuits d'effroi et de bonheur dans les colonnes des journaux. Cette institutrice de 32 à Barhein dans les colonnes du Monde. Sous son abbaya traditionnelle dépassent un jean et des ballerines. Cette Egyptienne de 24 ans dans "Ouest France", haute comme trois pommes, lunettes de soleil, les yeux gonflés de fatigue mais toujours sur un volcan, "comme mille brindilles sur le feu", écrit Marc Pennec. Avant elles, il y eu le tunisien Mohammed Bouazizi. "Jeune Afrique" raconte sa vie en forme d'hommage. Même dans les moments de découragement qui l'ont amené au geste fatal, il avait cette phrase : "Hassibi rabbi" (Dieu me rendra justice). Et puis vaille que vaille, la reconstruction de tous ces pays avance. Le musée du Caire vient de rouvrir, raconte Adrien Jaulmes le Figaro. Il avait été fermé après des attaques de pillards une nuit brûlante de manifestation sur la place Tahrir. Pour entrer dans le musée, il faut passer entre les chars garés devant les grilles. "Des soldats des forces spéciales montent la garde entre les sarcophages et les statues de Dieux à tête de chacal."

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