(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la longue attente

(Bruno Duvic) "Il n'y a rien de plus terrible à vivre que cette succession de hauts et de bas." C'est Joëlle Kauffmann qui le dit dans Le Parisien-Aujourd'hui en France après cette journée où la libération des otages au Cameroun a été annoncée puis démentie. Son mari Jean-Paul Kauffmann a été otage pendant 3 ans au Liban dans les années 80.

« Les premières fois où on annonçait la libération de Jean-Paul, j'allais chez le coiffeur, j'achetais des pamplemousses, il adore ça, je mettais des fleurs dans la maison, j'appelais des copains pour l'attendre. Ensuite je n'y croyais plus du tout (…) En général, les proches sont ceux qui en savent le moins (…) Gérer l'attente, on y arrive pas. C'est impossible de s'installer dans quelque chose d'autre. Mais il faut y croire, de toute façon on ne peut pas faire autre chose. »

Semaine difficile pour la France en Afrique. Le sort de cette famille, ses quatre enfants qui pèse. Et au Mali, la guerre, dans sa phase la plus difficile. Au nord, les combats, à l'arrière, dans les villes libérées, les djihadistes rôdent à nouvau.

Dans L'Humanité , Pierre Barbancey raconte comment les islamistes reprennent les armes à Gao. Incursions dans la ville. Une explosion, c'est une diversion, ils en profitent pour s'infilter. Dans la nuit de mercredi à jeudi, barricadés dans l'hôtel de ville de Gao. Tireurs sur les toits, d'autres aux fenêtres. Face à eux, l'armée malienne, mitrailleuses lourdes, lance-roquettes, mais pas de tactique bien précise. Manque de communication. A plusieurs reprises, des soldats du même camp se tirent dessus. Alors, les grands moyens : véhicule blindé pour défoncer le mur de la mairie, batterie de mini-katiouchas. Entre 5 et 6 islamistes auraient été tués. On ne sait où sont les autres…

Avant de passer à l'actualité en France vue par la presse un mot pour vous conseiller d'aller sur le site de Courrier International . La semaine dernière, j'avais commencé une revue de presse avec le récit du soldat américain qui a tué Ben Laden. Ce récit, qui était dans la presse américaine, a été mis en images dans un film d'animation. Courrier le diffuse sur son site avec des sous-titres en français.

Et la France attend la croissance...

…comme d'autres attendent Godot ! Les prévisions de la commission européenne ne seront pas bonnes aujourd'hui. Conséquence à la Une du Monde : « Déficits, la France sous pression ».

Dans ce contexte, une décision passe mal : la suppression du jour de carence pour les fonctionnaires en arrêts maladie. « Public-privé : la rigueur à deux vitesses », titre Le Figaro . Editorial fâché de Paul-Henri du Limbert. Dans La Croix, éditorial contrarié de Dominique Quinio. Et dans la presse régionale non plus, la mesure ne passe pas. Exemple Yann Marec, dans MidiLibre : « Une société se construit sur la base de l'égalité, a-t-on entonné ces derniers temps. Le gouvernement vient de faire le contraire. Très à cheval sur la notion de discrimination, il s'est tiré une balle dans le pied. »

L'autre sujet qui fait polémique, c'est, comme prévu, le livre de Marcela Iacub...

…"Belle et bête", sur sa liaison avec Dominique Strauss Kahn, personnage mi homme mi cochon, pris entre son envie de plaisir immédiat, son mépris de puissant envers les autres et sa place dans la société. Les bonnes feuilles assez salées étaient dans Le Nouvel Observateur hier.

Cochon qui s'en dédit : Marcela Iacub est chroniqueuse à Libération , qui lui consacre sa Une ce matin, "Une liaison dangereuse". Philippe Lançon l'inscrit dans la lignée des Houellebecq, Angot, Jauffret, Carrère et Despentes. « La réalité et les fantasmes, le public et le privé, la fiction et la non fiction, toutes ces belles catégories jouent à Garou-Garou, le passe- muraille de Marcel Aymé (…) Cette littérature n'a de sens et de force que si l'auteur s'y engage totalement. Pas de vérité possible sans présence du corps et du personnage de l'auteur (…). C'est, au fond, une question de liberté. »

Libé comme L’Obs hier envisage donc ce récit sous l'angle littéraire. Dans Sud Ouest , Bruno Dive y voit plutôt « cynisme et perversité (...) Les courtisanes, jadis, se glissaient dans le lit du roi pour qu'un peu de sa gloire retombe sur elles ; les écrivaines aujourd'hui se contentent de l'aura ternie des souverains déchus. »

« Non tout n'est pas bon dans le cochon, écrit Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées . Avec ce déballage, Marcela Iacub tire sur une ambulance (…) Si DSK est un porc, Iacub s'est comportée comme une hyène. »

Au cinéma, la longue attente des nominés aux Césars

La presse accorde une place importante à ce rendez vous du cinéma après ces mois de polémiques autour du cas Depardieu et des salaires des acteurs. Deux manières d'aborder le cinéma ce matin : les chiffres et les êtres.

Les chiffres dans Les Echos : les studios français en difficulté. De plus en plus de films sont délocalisés.Comment va le cinéma ? Dans Ouest France , Alexandre Blaise donne les principaux chiffres.A l'actif, encore plus de 200 millions de spectateurs en salles l'an dernier. Il y a près de 5.500 salles en France. Un million de fauteuils.Au passif, l'année dernière, aucun film français n'a été rentable en salle. Heureusement, il y a les DVD, la VOD, la télévision, les produits dérivés.

Dans Le Parisien , les sujets qui fâchent. Le régime chômage des intermittents, 1 milliard d'Euros pour 3% des chômeurs. Les salaires et « la grande famille » du cinéma qui a rarement si mal porté son nom. Commentaire d'Antoine de Caunes. « Les familles Bisounours je n'en connais pas. L'anniversaire de l'oncle de Périgueux se termine souvent façon ‘Festen’. » Et de Caunes d'inviter Depardieu à passer ce soir s'il est dans le coin.

On en vient aux êtres. La grâce des acteurs... En ce vendredi où Jean Rochefort s'est invité sur France Inter, on ne dira pas le contraire ! Dans Madame Figaro , ce week-end, séance photo glamour avec Isabelle Huppert.

Dans Le Nouvel Observateur , interview bon copain de Jean Dujardin : « Au risque de décevoir vos lecteurs, je ne joue pas à la belotte avec Brad Pitt. » Et quand le lendemain des Oscars il pose la statuette sur la table du petit déjeuner : « ‘Alors qu'est ce qu'on dit ?’ Réponse de mes fils : ‘j'ai faim !’ »

Les Oscars et les Césars, une jeune espoir de 86 ans : Emmanuelle Riva « dessinée » dans Le Monde par Thomas Sottinel. Ce « mélange de candeur et de lucidité a priori incompatible mais qui vont naturellement de pair chez elle. »

Et puis Depardieu. Dans M , le magazine du Monde en kiosque cet après midi, portrait fleuve de Raphaël Bacqué. Parmi les dizaines d'anecdotes, on retiendra celle ci sur le monstre Depardieu. Tournage de Cyrano en Hongrie. Jean Paul Rappeneau voit le personnage de Rostand comme un être famélique. Pas vraiment le profil de Gégé. Alors, Rappeneau :

« Tu as regrossi….

  • Tu as dit gros ?

« Hurlement terrible, raconte Raphaëlle Bacqué. L’acteur se précipite au bar, arrache une bouteille de whisky et la boit devant tous sans reprendre haleine, comme un défi. La scène n’est pas terminée cependant, et Depardieu n’a pas encore donné toute sa mesure. A deux heures du matin, le voilà qui frappe à grands coups à la chambre de Rappeneau. Enorme, titubant, écumant, avec une seule et unique réplique. "Tu as dit le mot ! Tu as dit le mot !" Paf !, d’un seul poing, il brise une armoire à glace. Le réalisateur croit le prochain coup pour lui. Pffft !,voilà Depardieu hilare, la main en sang et les pieds écrasant les éclats du miroir. »

Au final, Cyrano : prix d’interprétation à Cannes et Golden Globe à Hollywood. Mais il ne faut pas chatouiller les narines de Cyrano…

A lundi !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.