Merkel et l'usure du pouvoir, la banlieue face aux pratiques policières, la campagne présidentielle et...Anne Sinclair

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par une interpellation, Raus !

En Allemagne, on n’est pas dans le Praf, plus rien à faire, mais on n’est pas loin du « Raus ! »Dehors !

Le correspondant à Berlin du Figaro Nicolas Barotte nous raconte comment « Angie a perdu de sa magie », comment Angela Merkel est rattrapée par l’usure du pouvoir. 4ème campagne pour elle et sans doute la plus difficile. Pour la première fois il y a quelques jours, un sondage la donnait battue par le nouveau hérault du SPD, Martin Schultz, « der outsider » comme l’appelle ce matin le Canard Enchainé. Alors pourquoi celle que toute l’Allemagne appelait encore Muttie il y a quelques mois, chute ? Il y a évidemment l’incompréhension que sa politique en faveur des réfugiés a suscitée. Louée par les élites, mais mal acceptée par une grande partie des allemands. Il y a elle, son manque d’envie peut-être. « Elle-même semble parfois être arrivée au terme des honneurs à recevoir et ne plus savoir qu’en faire » écrit le journaliste. Les allemands ont d’ailleurs inventé un mot valise pour exprimer ce sentiment, la MERKEL MUDIGKEIT, la lassitude Merkel. Et puis il y a son style enfin. « Son impassibilité, qui a fasciné pendant des années, s’est transformé en ennui. Ce qui était sobre hier, semble maintenant sans inspiration » écrit l’hebdomadaire Stern. Ce qui débouche sur un autre mot inventé nous révèle Barotte : depuis peu, le verbe « merkeler » signifie tergiverser, parler pour ne rien dire. Alors, les jeux ne sont pas faits, en 2013 déjà, les politologues avaient prédit le « crépuscule » d’Angela, elle avait été ré-élue triomphalement. Mais c’est un fait, celle que certains media internationaux ont désigné comme « leader du monde libre » face à Donald Trump, est aujourd’hui une statue du commandeur qui vacille dans son propre pays.

Retour en France, et focus à nouveau sur les difficiles relations entre la police et les habitants de certains quartiers

Avec un nouveau témoignage publié dans Libération ce matin : 3 jours avant Théo, un autre habitant d’Aulnay-sous-bois, un employé municipal raconte avoir été violemment agressé par 4 policiers. «Insultes, violence, un des policiers l’étrangle pendant une quarantaine de secondes, j’ai cru que j’allais mourir dit Djamel, un autre va chercher un taser pour le menacer ». Un passant filme la scène. Ce que Djamel raconte aussi, c’est la difficulté de réclamer justice dans une telle situation. Il se fait balader de commissariat en commissariat. « Une illustration dit David Carzon dans son édito, du parcours du combattant parfois ubuesque afin de faire juste valoir ses droits fondamentaux ».

Dans le Un de cette semaine consacré aux banlieues, titré « retour sur un apartheid », interview de Sébastien Roché, spécialiste des questions de sécurité et de délinquance qui rappelle d’abord que le ministère de l’Intérieur joue depuis longtemps à celui qui ne veut rien voir et rien savoir, refusant les thermomètres destinés à mesurer le degré de tension entre la police et les habitants de ces quartiers, trop compliqué politiquement à gérer. Il affirme aussi que d’après ses propres recherches, les contrôles d’identité à répétition, mal vécus par les jeunes de banlieue, n’ont aucune finalité pratique. Pas celle en tout cas de lutter contre le trafic de drogue. En fait, « Les policiers estiment que ces contrôles sont le seul outil dont ils disposent pour affirmer leur pouvoir ». Contrôles au faciès donc la plupart du temps, qui sont bien des discriminations, et non des « disparités » comme le ministère de l’Intérieur continue de les appeler

Campagne présidentielle, on retiendra hier le « coup de com » de Marine le Pen

Ce que Gilles Grandpierre dans L’Union/l’Ardenais appelle « le coup du mufti ». Ou comment distraire l'attention de l'adversaire » une allusion évidemment aux perquisitions du Fn dans l’affaire des assistants parlementaires européens. « En refusant de se voiler devant le mufti de la République libanaise, poursuit-il, Mme Le Pen s'est muée en avocate de l'émancipation des femmes face au diktat masculin, musulman de surcroît. D'une pierre deux coups, et même trois. L'afflux des réactions sur les réseaux sociaux prouve qu'elle a touché juste » écrit-il. Personne n’est dupe de la manip, Marine le Pen savait très bien qu’elle ne serait pas reçue sans voile raconte le Huffington post ce matin. Mais effectivement, bingo, l’incident se retrouve à la Une du Wall Street journal.

Sur l’autre versant de la visite de la candidate au Liban, son soutien sans faille à Bachar El assad, était-ce vraiment le lieu pour ? A lire l’édito d’Issa Goraieb dans l’Orient le Jour « Que la patronne du front national accorde la priorité à la lutte contre les terroristes de Daech, c’est son droit le plus strict dit il, encore qu’elle fasse l’impasse sur la manière dont bachar el assad a ouvert les portes de ses geôles aux détenus islamistes, mais qu’elle l’exerce chez elle ce droit. Non dans un pays, insiste t il, qui à ce jour, en terme d’attentats politiques, d’assassinats a davantage souffert du terrorisme d’Etat pratiqué par le régime de Damas que des actes criminels de Daech »

Laicité française, pour la première fois, Charlie Hebdo intervient dans la campagne électorale et demande ce matin aux candidats à la présidentielle de s’engager. S’engager à ne pas modifier la loi de 1905, à ne pas introduire dans la législation d’aménagement particulier à l’égard d’une communauté religieuse, à ne pas non plus créer un délit de blasphème. Qui est visé par cet appel ? un peu Hamon nous explique Alexandre Piquart dans le Monde, un peu Macron aussi renchérit Riss interrogé dans l’article, car « on ne sait pas bien dit il, comment il est vertébré sur le thème de la laicité ». En tout cas, à la Une de Charlie Hebdo, Macron est ce matin surtout crucifié par Vuillemin. Il lance un vibrant « je vous aime », mais ses proches s’inquiètent, « descends, c’est fini lui dit l’un, viens prendre tes goutte »s lui conseille un autre

Campagne toujours avec la décision attendue de François Bayrou aujourd’hui. Ira, Ira pas ? En tout cas pour l’Opinion, c’est « sa dernière cartouche » après 3 tentatives ratées. Dans les Echos, petit portrait vachard de dernière page qui rappelle que son triomphe, Bayrou l’a connu en 2007 avec 18,5% des voix. Attention au coup de trop pour Bayrou finit le papier, attention à ne pas mériter son surnom d’henri IV…et demie !

Et puis enfin l’appel de Christiane Taubira dans le Monde ce matin. L’ancienne garde des sceaux rappelle à la gauche qu’elle est face à « une responsabilité historique ». « Sommes-nous capables de nous dépasser et d’affronter toutes les difficultés aujourd’hui plutôt que d’avoir demain à répondre à ceux qui nous diront « ainsi vous nous avez livrés à ces gens-là » ? » lance t elle à Mélenchon, Hamon, Jadot...Christiane Taubira qui dit ne pas vouloir croire à la défaite inéluctable de la gauche

On termine par un portrait

Portrait empathique, il faut le dire d’Anne Sinclair qui fait la Une de Vanity Fair Celle qui est devenue aux yeux du monde, » l’incarnation de la Femme blessée, un soir 2011 à New York quand son mari de l’époque Dominique Strauss Kahn est accusé de viol, a accepté pour la première fois de se confier un peu, à Sophie des Déserts. « Merde alors, cette histoire va me poursuivre jusqu’à ma mort ?» s’emporte d’abord t elle d’abord. Et puis finalement, elle dit 2, 3 choses de ce moment particulier. « Je vous le dis, je ne savais rien, je suis stupide, naîve sans doute mais je ne savais rien. Pour défendre l’honneur de son mari elle a mis en jeu sa fortune, son honneur, sa santé quand ses amies lui conseillaient de se tirer de cet enfer ! A new York, elle a tenu, mais c’est l’affaire du Carlton qui fait tout basculer. Un jour du printemps 2012, elle a dit, c’est fini. « Je me demande parfois si 20 ans de ma vie ont été 20 ans de mensonges, tremble t elle aujourd’hui, les lèvres blanches » écrit la journaliste. Anne Sinclair dit avoir aujourd’hui déposé le sac à dos des tourments, je me sens légère dit elle. Elle a reconstruit sa vie, notamment autour de son métier de journaliste et écrit Chronique d’une France blessée où elle replonge dans la politique…déposer le sac à dos des tourments, une forme toute personnelle peut-être de « prafisme »

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