Mais pourquoi certains hommes deviennent-ils des tueurs ? C’est à cette question que répond le dernier livre du psychiatre Daniel Zagury.

Il est chef de service d’un hôpital de Seine-Saint-Denis, il est aussi l’un des experts judiciaires les plus respectés de ces dernières décennies – il a examiné des tueurs en série, des terroristes djihadistes, mais aussi des petits voyous devenus d’un coup meurtriers, simplement pour une cigarette qu’on leur a refusée… et le titre de son livre, c’est « La Barbarie des hommes ordinaires ».

« Non, il n’y a pas de personnalité criminelle type », explique-t-il ce matin en dernière page du FIGARO. L’interview est signée Stéphane Durant-Souffland. Première question, bien naturelle : pourquoi avoir écrit ce livre ? Et d’emblée, Daniel Zagury invoque la correspondance entretenue par Hannah Arendt et le psychiatre et philosophe suisse-allemand Karl Jaspers… C’est Jaspers, explique Zagury, qui a soufflé à Arendt la notion devenu célèbre de « banalité du mal »…  A propos du procès Eichmann, Arendt écrit que les criminels nazis ont commis des monstruosités telles qu’ils ne relèvent pas d’un tribunal humain. Et Jaspers lui répond, en substance : attention, tu tombes dans le piège du grandiose satanique car, en réalité, ces hommes, les nazis, sont plutôt d’une effrayante banalité… Ils n’étaient pas déséquilibrés, n’étaient pas délirants, ne souffraient d’aucun trouble de la personnalité et n’avaient, pour certains, même pas conscience d’avoir commis le mal. Et Daniel Zagury évoque le cas de Rudolf Höss, responsable du camp d’extermination d’Auschwitz, qui se défilait en disant qu’il n’avait fait qu’obéir à ses supérieurs, en ajoutant, pour sa défense :« Je n’étais que le chef du camp ! » 

Pour l’auteur de « La Barbarie des hommes ordinaires », ceux qui tuent, qui massacrent, ne sont donc pas des fous, ni des « génies du mal » et d’ailleurs, la plupart du temps, quand ils doivent répondre de leurs crimes, ils disent qu’ils les ont commis au nom du bon, au nom du juste, ou pour sauvegarder leur communauté. Mais pourquoi certains hommes deviennent-ils des tueurs ? On continue de s’interroger, car tous les matins, cette « banalité du mal », on y confronté en feuilletant les journaux.

« L’Occident impuissant face à la tragédie syrienne » : c’est le titre à la Une du FIGARO. Des hommes dans les décombres, la poussière des décombres sur la photo d’Abdulmonam Eassa. Au loin, certains sont en train de soulever un corps, dont on ne sait s’il est celui d’un mort ou d’un vivant. Au premier plan, un autre homme court avec dans les bras un enfant. L’enfant – trois ou quatre ans – a le visage sidéré d’un clown. Du blanc et du rouge. Mais le rouge, c’est du sang… 

« Paris réclame une trêve », indique le journal. La France craint « un cataclysme en Syrie »… Et, plus précisément, dans la Ghouta orientale, territoire assiégé par l’armée du régime. Depuis le début de la semaine, elle pilonne sans relâche la région rebelle… Région où 400.000 personnes sont aujourd’hui prises au piège. Les bombardements ont fait environ 1.500 blessés et plus de 300 morts. Des civils : des femmes, des enfants… Après avoir organisé la famine, c’est l’enfer des raids aériens, et une opération terrestre serait en préparation. MEDIAPART évoque « le supplice des habitants de la Ghouta », en citant le communiqué qu’a publié l’UNICEF… « Aucun mot ne pourra rendre justice aux enfants tués, à leurs mères, à leurs pères, à leurs proches. » On continue de s’interroger. Mais pourquoi Bachar al Assad est-il devenu un tueur ? Damas n’est quatre heures de vol de Paris.

Et comment un jeune homme de 19 ans peut-il devenir un tueur ? Les rescapés de la tuerie de Portland semblent avoir la réponse. 17 morts la semaine dernière dans un lycée, 17 morts à cause d’un ancien élève du lycée… Le visage d’une survivante à la Une du LIBERATION. « Christine, 15 ans, rescapée de la tuerie en Floride : Monsieur Trump, assez de prières, des actes », lance-t-elle… Elle raconte au journal une heure et demie de cauchemar recluse dans sa classe et elle implore les politiques américains d’agir enfin. C’est d’ailleurs le plaidoyer de toute une génération, « la génération post Colombine », dixit LIBERATION, une génération qui refuse de se laisser abattre. Comment se fait-il, s’interroge ces jeunes-là, qu’il soit plus facile pour un adolescent américain de se procurer une arme que d’aller boire une bière ? Ils dénoncent le lobby des armes, la surpuissante NRA… Ils dénoncent Donald Trump entièrement soumis au lobby… Trump qui, il y a quelques heures, a échangé avec les familles de certaines victimes… Sur le HUFFINGTON POST, on découvre qu’il avait avec lui des petites fiches, pour lui rappeler ne pas oublier de dire qu’il avait de la compassion… Mais, au final, la seule proposition concrète de Trump, c’est qu’à l’avenir, les enseignants aient le droit d’être armés dans leur classe… La banalité du mal, nouvelle illustration.

Il est également question de politique ce matin. Avec, tout d’abord, dans LES ECHOS, tout un dossier sur la réforme ferroviaire… C’est lundi prochain que le Premier ministre annoncera sa méthode et son calendrier… Or, d’après le quotidien, le gouvernement pourrait une nouvelle fois recourir aux ordonnances, ainsi qu’il l’avait fait pour le Code du Travail. Avantage de ce scénario : accélérer la procédure et, dès lors, réduire la durée de la grève à venir… Des ordonnances pour réformer la SNCF : on pressent que les syndicats dénonceront un passage en force. 

Politique toujours. Les agriculteurs reçus par Emmanuel Macron… A quelques jours de l’ouverture du salon de l’agriculture, il va tenter d’apaiser les esprits… Les sujets de colère sont nombreux – la presse régionale s’en fait l’écho ce matin. L’HUMANITE dénonce « un coup de communication »… 

Et très, très mauvais coup pour Anne Hidalgo. C’est la Une, ce matin, d’AUJOURD’HUI LE PARISIEN : « Rien ne va plus à la Mairie de Paris »… L’annulation par le tribunal administratif de la piétonisation des voies sur berge est un sérieux revers. Elle a annoncé qu’elle faisait appel de la décision, mais les ennuis se multiplient depuis plusieurs semaines : bronca sur la réforme du contrôle du stationnement, fiasco du nouveau Vélib’, sans parler du problème de la propreté de la ville. 

Enfin, dans le même journal, trois mots de la réaction du maire de Bordeaux Alain Juppé suite aux propos très politiques de Laurent Wauquiez… Réaction elle-même en trois mots : « Mais quel con ! » La banalité de la vie politique.

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