Nous étions partis... partis très tôt pour préparer une revue de presse qui aurait été politique, humoristique, souriante... Et puis, vers 6 heures et demie, on nous a annoncé que l'abbé Pierre était mort... Alors évidemment, la revue de presse a changé de sens... On ne va pas commenter les articles sur l'abbé Pierre : il n'y en a pas ce matin... Mais, en l'honneur de cet homme indomptable, au regard souriant et bienveillant, j'ai voulu faire un tour ce matin, dans les journaux, des combats qui ont été les siens, et qui méritaient l'engagement de tous les Emmaüs, de tous les ATD-Quart Monde, et de chacun d'entre nous... Alors c'est par exemple, dans Elle, l'histoire de Brigitte, qui s'est retrouvée pendant deux ans dans la rue, seule et sans-abri... Et elle raconte, dans un livre qui s'appelle "J'habite en bas de chez vous", comment on tombe dans la rue... comment on s'en va, comment on s'échappe... simplement parce qu'on ne peut plus affronter la vie qui nous est faite... "Si je ne pars pas tout de suite, c'en sera fini de moi... Mon cerveau est bloqué en mode panique... La nuit tombe... Nous sommes au début décembre 2003... Des petits sapins en plastique ont fleuri dans les vitrines... Le thermomètre affiche 5 degrés... C'est sur un banc que j'ai passé la nuit à grelotter... un banc de bois en face de la mairie... Ma vie de SDF a commencé, mais je ne le sais pas encore... Elle durera deux ans... deux ans à dormir dans les halls d'immeuble et dans les cages d'escalier, à l'hôpital, au commissariat et dans les foyers... Avant de plonger dans ce monde-là, je croyais que les clochards logeaient sur les trottoirs, un point c'est tout... J'ignorais que la ville regorge de coins et de planques... Une minute pour basculer, et il m'a fallu deux ans pour me relever"... Dans Le Figaro, l'annonce d'ouverture du 270ème Resto du Coeur en France... Et ce Resto du Coeur, c'est un Resto du Coeur pour les bébés... Tantôt indépendant, tantôt point d'accueil intégré aux structures classiques des Restos adultes, ces centres viennent en aide à 27.000 bébés par an, de la naissance à 18 mois... Petits pots, lait de croissance, couches, matériel de puériculture, vêtements, pour pourvoir aux besoins essentiels de tous... Comme chaque mardi, Zaïra vient chercher son pack pour la petite Chahineze, 3 mois et demi... "La vérité, ça m'aide !", dit Zaïra, qui précise n'avoir jamais sollicité d'aide pour ses trois aînés... "Mais depuis mon divorce, je suis bien obligée, si je veux joindre les deux bouts", explique-t-elle... De 75 mamans par semaine, on est passé à 125... La générosité, ici, se lit sur tous les visages... Dans Courrier International, c'est la découverte de Los Angeles, capitale américaine des sans-abri avec 12.000 SDF...Le quartier de Squid Row, situé en plein coeur de la cité, est le symbole du dénuement... Le quartier a pris des allures de zone concentrationnaire pour tous les laissés-pour-compte de la société... attirant dans la foulée leurs prédateurs... Les prisons de la ville relâchent chaque mois 1.600 détenus directement dans cette partie du centre-ville... Les hôpitaux viennent déposer leurs patients indigents, et les villes voisines y envoient leurs sans-abri... Il y a un grand plan prévu, mais il faudra encore au moins deux ans avant de proposer quelque chose qui tiennent la route... Entretemps, Squid Row continuera de tourmenter la ville de Los Angeles, surtout au coucher du soleil, à l'heure où les cités de tentes ressurgissent, et où les sans-logis tentent de retrouver leur chemin dans l'obscurité... Et dans Marianne, dans un article sur l'absence des intellectuels dans le débat sur la pauvreté, la présentation d'un livre, où 50 sociologues proposent leurs solutions pour l'instauration d'une nouvelle solidarité... Dans l'article, Pierre-Noël Giraud, professeur d'économie à l'Ecole des Mines, auteur il y a dix ans de "L'Inégalité du monde", écrit : "Il n'y a pas de fatalité au développement des inégalités... Mais il faut se rendre à l'évidence : en pratique, la richesse des compétitifs ne cesse d'augmenter, mais leur nombre a tendance à diminuer... de même que la part de leurs revenus, dirigée en faveur des classes moyennes... Il n'existe plus de solidarité économique entre les premiers et les seconds... Et à côté de ces deux groupes, il y a les exclus"... Et Jean-Pierre Le Goff ajoute : "Il ne faut pas tout ramener au chômage, à l'économie et au social... Il faut aussi s'interroger sur la rupture des solidarités familiales... La solidarité avec les SDF, mais pas seulement avec eux, passe par une citoyenneté éclairée, qui comprenne mieux les mécanismes de l'exclusion, ses ressorts... et non par une dénonciation morale et victimaire qui s'étale dans les grands médias audiovisuels"... Et puis dans Hôpitaux Magazine, dont c'est le numéro 1... le premier numéro donc d'une nouvelle revue... un papier sur l'hôpital face à l'exclusion... avec cette question : "L'hôpital est-il hospitalier aux plus vulnérables ?"... Aujourd'hui l'hôpital public est dans une situation paradoxale... Il est le principal... et souvent le premier, voire le seul... lieu d'accueil des personnes malades les plus vulnérables... personnes âgées, personnes en situation de précarité, pauvres, migrants, personnes sans domicile, personnes sans papiers... L'hôpital public, et en particulier ses urgences, joue ainsi un rôle essentiel dans l'accès aux soins... Mais l'hôpital, de plus en plus centré sur la performance technique, est dans le même temps de plus en plus inadapté à la prise en charge des maladies de la pauvreté, de la précarité, de la vieillesse, de l'exclusion, et à la prise en charge des maladies mentales..."Les hôpitaux sont devenus des usines techniques", écrit Didier Sicard... Et l'article de conclure que "si l'hôpital doit retrouver sa vocation de soins pour les plus vulnérables, il ne peut le faire que si s'ouvrent d'autres lieux d'accueil qui, non seulement reçoivent, mais soient aussi capables d'aller à la rencontre des personnes"... Une phrase qui aurait fait plaisir à l'abbé Pierre... Et dans Les Echos, dans la chronique de Favilla, à propos d'un autre visage, d'une autre personnalité, est présenté le livre d'Eric Roussel sur Pierre Mendès-France, qui rappelle que ce grand visage de notre Histoire posait à ses collaborateurs une seule question... Avant de recevoir un visiteur peu connu de lui, il demandait : "Est-ce un homme d'honneur ?"... Où ils sont aujourd'hui, nul doute que Pierre Mendès-France recevra l'abbé Pierre...

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