(Nicolas Demorand : "Et ce matin, dans la presse : Etats Généraux de la Femme")... C'est une opération menée par le magazine Elle, dont nous parlerons largement aujourd'hui parce qu'il y a beaucoup de choses intéressantes. Mais d'abord cette histoire, racontée par La Provence... histoire d'une petite fille victime d'une bousculade dans son école du nord de Marseille. C'était en décembre 2006. L'hymen de la petite fille avait été partiellement rompu... accident assez banal. Mais ses parents ont porté l'affaire en justice, estimant qu'elle ne pouvait plus respecter ses croyances religieuses. La Cour d'Appel d'Aix-en-Provence vient de leur accorder 2000 €. Elle a écarté l'argument religieux. Mais pour un juriste interrogé par La Provence, l'argument de la Cour est ambigu : les juges disent qu'elle ne pourra plus aborder sa première relation intime comme elle pouvait l'envisager avant l'accident. Et pour ce juriste, quoi qu'en dise la Cour, elle a tenu compte des arguments religieux. Alors dans quelle mesure des considérations religieuses peuvent-elles interférer dans l'espace public ? C'est tout le débat autour de la burqa. Et "autour du voile, les députés se déchirent", comme le titre Libération ce matin. Faut-il une loi ou pas ? Quel doit être son contenu ? Ils ne parviennent pas à se mettre d'accord. A l'UMP, on reproche notamment à Jean-François Copé d'avoir empêché le consensus par son activisme. Dans l'édito de Elle, cette semaine, coup de gueule de la directrice de la rédaction Valérie Toranian. Je vous cite quelques phrases de son texte... "Faut-il une loi pour empêcher le visage des femmes de disparaître ? Ce débat est humiliant. Oui, la burqa doit disparaître, peu importe qu'il s'agisse d'une loi ou d'une résolution : il faut un contenu. Et ce n'est pas, ajoute Valérie Toranian, l'islam qui est visé : ce sont les forces de la tradition mysogyne la plus obscure". "Burqa : ce qu'on ne dit pas" : c'est la couverture du Point, cette semaine... avec notamment cette précision : la burqa n'a pas de fondement religieux. Selon Catherine Golliau, seulement trois sourates du Coran évoquent le fait que la femme puisse se voiler... et encore : le vocabulaire et le contexte où sont nées ces sourates incitent à la prudence. Le Coran veut protéger la femme, mais il n'exige pas qu'elle se cache. Et elle rappelle qu'en octobre dernier, l'imam de la prestigieuse université Al-Azar, en Egypte, avait ordonné à une collégienne d'enlever son niqab : "Se cacher le visage, lui avait-il dit, relève de la tradition et non pas de la religion". C'est ce que dit aussi l'imam de Drancy dans les colonnes du Parisien-Aujourd'hui... propos clairs et nets : "Je suis pour l'interdiction de la burqa, qui n'a pas sa place en France, pays où les femmes votent depuis 1945. Mais elle doit être assortie d'un travail pédagogique. Et attention aux amalgames : on ne peut pas résumer quinze siècles de l'histoire de l'islam à un bout de tissu". A propos de bout de tissu : sans doute vaut-il mieux parler de "voile intégral". La burqa, c'est le vêtement bleu des femmes afghanes, et il n'y en a pas en France. C'est ce qu'explique Louis Moulin sur le site Slate.fr. Et du coup, si l'on parle de "burqa" dans une loi éventuelle, ça ne servira pas à grand-chose. (ND : "Retour à l'hebdomadaire Elle, avec une interview d'Emmanuelle Seigner")... Dans un tout autre contexte, il est aussi question du respect des droits des femmes, quel que soit leur âge. C'est le moins que l'on puisse dire. Pour la première fois, l'épouse de Roman Polanski revient sur l'incarcération de son mari, poursuivi par la justice américaine pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure de 13 ans. "Que des femmes, des mères de famille aient été choquées, dit Emmanuelle Seigner, je le comprends parfaitement. Je pense aussi qu'à l'époque, les gens ne vivaient pas et ne réagissaient pas de la même manière. C'était une époque de folies. Le rapport à la drogue n'était pas le même. Le rapport à la liberté sexuelle ou à la permissivité non plus. Aujourd'hui, l'opinion a considérablement évolué sur ces sujets-là. Mais mon mari ne s'est jamais cru au-dessus des lois". Quelques pages avant cette interview, Simone Veil, présidente des Etats Généraux de la Femme, répond aux questions de Elle... "Pensez-vous que la vie des femmes s'est améliorée en 40 ans ?" "Pour la grande majorité d'entre elles, répond Simone Veil, on peut parler de progrès. Les jeunes femmes d'aujourd'hui seraient effarées de savoir qu'il y a un peu plus de 40 ans, la femme ne pouvait pas ouvrir un compte en banque ou exercer une profession sans l'autorisation de son mari. L'évolution des moeurs leur a apporté des libertés, et, en même temps, des facteurs de risques comme l'insécurité matérielle et affective. Elles sont moins protégées". (ND : "Dans la presse, ce matin également : économies à tous les étages")... 450.000 € d'économies pour Veolia... Henri Proglio, PDG d'EDF, renonce à son salaire dans sa deuxième entreprise. Il le fait à la demande du Président de la République, précise LeMonde.fr. Le Figaro reprend les arguments du grand patron. Cette polémique pouvait l'empêcher de mener à bien son projet pour EDF. Il a donc choisi, sans états d'âme, de renoncer à sa rémunération chez Veolia. La presse pourrait donner quitus à Nicolas Sarkozy et au chef d'entreprise d'avoir entendu la grogne qui montait. Eh bien, même pas. "Ne soyons pas dupes, écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné, qu'un tel revirement soit le fruit d'un sursaut de morale individuelle. Sans la pression politique et médiatique, le jackpot en question n'aurait sans doute pas troublé pour un sou le sommeil de l'intéressé". Patrick Fluckiger dans L'Alsace et Chantal Didier dans L'Est Républicain avancent le même argument : le problème de fond reste entier. A défaut de cumuler les rémunérations, Henri Proglio additionne les présidences de deux groupes qui n'auront pas toujours les mêmes intérêts. Conclusion dans Libération, qui titre : "Encore raté !" à propos de la décision prise hier. "De toute évidence, écrit Laurent Joffrin, la Présidence est toujours influencée par la culture économique du CAC 40". Les salaires tout court deviennent un sujet de tensions. Ils "redeviennent un sujet de conflit social", titre Le Monde. Xavier Darcos, le ministre du Travail, a sur son bureau une note de synthèse en forme d'alerte : les revendications salariales mobilisent fortement en ce début d'année. La presse est donc électrique, ce matin... L'Humanité lance un autre débat, qui concerne EDF : la libéralisation à venir du marché de l'électricité. Pour L'Huma, on va livrer la production d'EDF aux intérêts privés, et les prix vont augmenter pour les particuliers et les entreprises. Quelques pages plus loin, la chanteuse Agnès Bihl a une formule qui résume les motifs inlassables de colère de L'Humanité, contre tous ceux qui prient "au nom du Pèze, du Fisc et du Saint-Grisbi". Même aux Etats-Unis, le Saint-Grisbi est mal vu en ce moment... "Chérie, j'ai rétréci les banques !" : c'est le titre de l'édito de La Tribune, ce matin, qui parle de la dernière initiative de Barack Obama : après les bonus, il s'en prend aux risques excessifs pris par les banques. Mesures drastiques pour les limiter. Selon Philippe Mabille dans La Tribune, "Obama veut convaincre l'Amérique d'en bas qu'il n'est pas ce technocrate mou inféodé aux seigneurs de Wall Street". "En temps de crise, les gros salaires paraissent indécents", dit une sociologue dans Le Parisien, qui fait sa Une sur "le tabou des gros salaires". Le journal relève que les revenus des sportifs ou des artistes, contrairement à ceux des patrons, suscitent moins d'indignation. Ce paradoxe est résumé dans le dessin de Ranson. Deux patrons discutent : "Je gagne moins qu'un footballeur et on me déteste quand même", dit le premier. Alors le second lui donne un conseil : "Venez en short au bureau demain". (ND : "Et pour finir, Bruno, après Elle tout à l'heure, deux autres magazines féminins")... Etats Généraux de la Femme... Deux actrices se livrent à un exercice délicat : prendre des distances avec l'air du temps et la mode, dans des journaux qui en parlent beaucoup. Exercice plutôt réussi. Isabelle Carré d'abord, dans Marie-Claire... Elle est à l'affiche du nouveau film de François Ozon, qui sort fin février. Et elle est conforme à son image : nature, peinture... "La mode ne m'intéresse pas du tout. Quand on a vu un défilé, on a compris que c'est toujours un peu la même chose. Je ne sors pas beaucoup dans les soirées de cinéma. Je préfère rencontrer les gens dans un cadre plus doux". "Et quand on vous dit que vous êtes une grande actrice, lui demande Marie-Claire, vous le croyez ?". "Non. Je me dis que ce sont des gens gentils. J'ai bien conscience que d'autres me trouvent aussi à chier, et ils ont raison". Et puis, dans le magazine Femmes, rencontre avec Susan Sarandon, à l'affiche de "Lovely Bones" de Peter Jackson, le 10 février... Elle y joue une grand-mère avec de faux airs de Catherine Deneuve sur la photo publiée dans Femmes. "C'est mon rôle le plus simple de tous, dit-elle, hilare : je n'ai pas une scène sans cigarette et whisky. Je me sentais en terrain familier". Susan Sarandon, un peu plus de 60 printemps et quelques automnes... Elle assume tout cela, son image de comédienne indépendante et toujours engagée pour une cause humanitaire. "Mes enfants sont grands désormais, mais de très belles choses m'attendent. Je n'ai jamais rêvé d'être une star. Mon pire ennemi est le narcissisme". Ce matin, dans la presse, ce sont aussi les Etats Généreux de la Femme... Bon week-end...

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