Claudia Andujar, ayant échappé à la Shoah, a apaisé ses fantômes en rencontrant les Yanomani d'Amazonie qui savent que les esprits vivent avec nous; elle les photographie pour qu'ils ne meurent pas, Télérama. Splendeurs et fidélité d'un marché au veau gras ou d'une croix de pierre dans l'Eveil, hebdo de Haute-Loire.

On parle d'un philosophe...

Qui est dans la Voix du Nord et qui a pris ses quartier au café La Musette à Guesnain près de Douai, où il va passer trois mois simplement à discuter avec les habitants, dans les école les mairies alentours les centres sociaux, pour amener la philo à ceux qui l'ignorent ou lui sont hostiles... Il s'appelle Christian Godin, auteur d'un livre pour nous tous, la philosophie pour les nuls, une association lui a proposé une expérience inédite, réservée d'habitude aux artistes, aux écrivains;  une Résidence, s'installer loin de chez soi pour changer son regard et se confronter à un monde inconnu, s'en enrichir et l'enrichir.  Godin a déjà commencé, , la première question que des jeunes gens lui ont posé à Douai était celle-ci: "un philosophe, ça gagne bien ?" Il y a vu le symptôme d'une époque, jadis, on l'aurait questionné sur Dieu. Aux jeunes, le philosophe a parlé du rêve...

Il manquerait donc, le rêve... pour penser au-delà d'un présent angoissé? Le parisien à sa Une nous dit que les piétons sont en danger sur les trottoirs, la preuve par la mort d'une fillette il y a huit jours sur un passage pourtant protégé... L'Humanité me dit que des grévistes à la RATP, dans des filiales de EDF subissent des intimidations de leurs directions répressions antisyndicale, dit le journal, d'autres y verront pour EDF les conséquences des coupures de courant effectuées par le syndicat, hier, c'était Rungis qui était dans le noir, rappelle le Figaro.. Le même Figaro me dit que les juges prononcent de plus en plus de peines de prisons ferme, de la délinquance, alors qu'une loi, qui entre en vigueur fin mars, veut réduire le recours à l'incarcération... La Dépêche me dit qu'à Agen on va utiliser de drones pour débusquer les nids de goélands et stériliser leurs oeufs.  

Comment donner du sens et rêver  lorsqu'on est assiégé? jJe lis dans Midi Libre que la société Ricard va cesser de soutenir les clubs taurins dont elle était le mécène depuis 40 ans, 401 clubs qui pratiquent aussi bien la corrida la corrida espagnole que les courses landaises et camarguaises et qui sont démunis. "La société Ricard réalisait l'affiche de nos événements et nous fournissait des bouteilles et des verres pour l'apéritif." Et les abandonnés soupçonnent un fonds d'investissement américain, Eliott, actionnaire de Ricard, qui trouverait que la tauromachie abime son image. Allez philosopher avec ça.

Je lis dans la Croix qu'un vidéaste Benjamin Brillaud, aux faux airs de viking,  est devenu sur internet un professeur d'histoire pour des millions de Français par sa chaine YouTube, Nota bene... Je vais mieux.

Des photos d'un peuple en danger dans Télérama...

Un peuple d'indiens, les Yanomani autrefois si fiers dans leurs pagnes végétaux et désormais avilis clochardisés sous la pression du Brésil moderne, qui a zébré leur territoire de routes, pollués leurs cours d'eau chercher de l'or, qui leur a transmis des virus assassins, mais la beauté de ces êtres aux yeux mis-clos captive à la une de Télérama et dans une exposition à la fondation cartier à paris... Et autant que les indiens, c'est la personnalité de la photographe qui nous donne du sens. Elle se nomme Claudia Andujar, elle a 88 ans, elle fut une fillette de père juif en Hongrie sous le nazisme, elle échappa à la Shoah en fuyant dans un train de marchandise, elle porte le nom d'un mari éphémère qui était un républicain espagnol... Elle a apaisé ses fantômes en  rencontrant ces indiens qui pensent que les êtres invisibles, les esprits, vivent avec nous, et quand le malheur est venu dit-elle, j'ai eu l'impression d'assister à un génocide, je ne voulais pas abandonner ma famille une seconde fois." Elle ne parle que d'eux, elle ne parle que d'elle.

Il n'est pas que dans l'histoire tragique que l'on forge des fidélités. Allez voir ce matin, aussi sur le web, un journal français qui nous requinque d'une permanence généreuse.  Il s'appelle l'Eveil, hebdomadaire paraissant en haute-Loire, qui ce matin splendidement me dit nos identités. On m'y parle d'un boulanger qui enseigne son art aux migrants mineurs, on m'y parle d'une ferme où un jeune couple, les Goupil, fabrique sa charcuterie. On m'y raconte, le dernier marché de village, à Costaros, les samedis matins, où se vendent des veaux gras élevés à la ferme, au lait de la mère,  on calcule le prix des bêtes en francs avant de le traduire dans notre euro vulgaire.  On me raconte l'histoire d'une petite croix de pierre fragile et réparée, la croix de la plonge au coeur de la campagne, érigée là où deux frères, jean-Pierre et Michel Chanal,  perdus dans la tempête, sont morts sous la neige en se serrant dans les bras, c'était en janvier 1881 et ils sont parmi nous dans ce journal l'Eveil, qui est leur gardien....

Et on parle d'un homme qui avait dit la beauté de la charcuterie...

Et du champagne qu’on accompagne d'un oeuf dur, et des belles asperges cuites des heures dans un sautoir vertical sur lit  de beurre, et après des heures dont le pied était caramélisé, le coeur moelleux et la tête presque crue avec une sensation de verdure, trois sensations dans un seul plat disait Sébastien demorand dans une film que l'on retrouve sur le compte twitter de l'INA... Il était critique gastronomique et entrait dans les restaurant comme on va au théâtre, le grand public le connaissait d'une émission de télévision Master Chef mais il était était pour beaucoup d'entre nous un ami, et pour Nicolas Demorand, il était son grand frère. La vie l'a quitté  ce 21 janvier où nous rappelle libération les républicains autrefois mangeaient de la tête de veau pour fêter la décapitation de Louis XVI, il aurait pu nous en dire sur la sauce gribiche. Sur les sites du Monde, de Libération, du Point, sur le site culinaire Omnivore vous savourez des mots d'amitié sur cet excentrique qui avait inventé le couscous de morteau pour faire cohabiter dans le bol papa qui était normand et de bouffe franchouille et maman juive pied-noir d'Oran...  Il était parti à l'hôpital comme un philosophe en résidence, en prenant sa vie avec lui  je lis sur Omnivore ceci: "Il avait transformé sa chambre en une salle à manger somptueuse où il recevait en grand seigneur un flot discontinu d'amis fort achalandés en magnums natures et victuailles. Le corps médical levait les yeux au ciel: « Jamais vu ça en 35 ans ! » Sébastien levait son verre et riait de ce rire fort et franc."

A radio france nous avons perdu une femme dont vous verrez la photo sur les comptes twitter de salariés de cette maison, la tête couverte d'un fichu, malade et combattante, elle s'appelait Catherine Hamaide, elle était documentaliste et la secrétaire de notre Comité d'hygiène et de sécurité. Je lis ceci sur le compte d'une collègue et amie. "C'est faux de dire que nous sommes tous remplaçables. Certains nous marquent à vie et nous savons que jamais personne ne pourra, ne saura faire aussi bien, mettre autant de coeur, de passion." Deux personnes ce matin sont irremplaçables, et tant d'autres, vous le savez. 

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