La plupart de vos quotidiens, ce matin, négligent bien involontairement l'actualité du jour, ce gros titre qui aurait dû barrer toutes les Unes, ce mardi 22 juillet : "Karadzic arrêté en Serbie"...

Radovan Karadzic, chef des forces serbes de Bosnie, comparaît devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à La Haye (Pays-Bas) le 11 juillet 2013
Radovan Karadzic, chef des forces serbes de Bosnie, comparaît devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à La Haye (Pays-Bas) le 11 juillet 2013 © AFP / Michael Kooren

Ça fait partie de ces informations qui surgissent quand tout le monde est couché, à 23h18, l'heure tardive où les journaux sont sous presse, le bouclage avant le routage... surtout, ne pas rater la livraison. La plupart de vos quotidiens, ce matin, négligent bien involontairement l'actualité du jour, ce gros titre qui aurait dû barrer toutes les Unes, ce mardi 22 juillet : "Karadzic arrêté en Serbie"... 

Ce titre, le régional "L'Alsace" a eu le temps de l'accrocher largement à sa première page. Son concurrent "Les Dernières Nouvelles d'Alsace" n'est pas en reste, mais en plus petit, tout comme "La Dépêche du Midi" de Toulouse ou encore "Le Figaro". Ce que vous lirez peut-être ce matin dans les journaux qui ont eu le temps hier soir d'imprimer ces quelques lignes, c'est que Radovan Karadzic a été l'artisan serbe du "nettoyage ethnique" pendant la guerre qui a ensanglanté la Bosnie entre 92 et 95. 

Ce psychiatre de formation est paraît-il "déprimé". Il est sous les verrous à Belgrade, d'où il sera extradé vers le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, basé à La Haye, aux Pays-Bas. 

Karadzic est la victime collatérale du "désir d'Europe" qu'expriment à présent les Serbes. Leur gouvernement de coalition, après cette arrestation, compte bien obtenir le statut officiel de candidat à l'intégration dans l'Union européenne d'ici à la fin de l'année. "C'est un peu comme le Bac : on passe un meilleur été si on l'a eu"... Le propos est rapporté par Pascal Virot, dans "Libération". Il émanerait de Nicolas Sarkozy, quelque temps avant le vote des parlementaires réunis hier en congrès à Versailles pour dire "oui" ou "non" à la réforme de la Constitution. ..."Le 'oui' d'une voix", "Il a suffi d'une voix", "Une voix d'avance", "A une voix près"... Ces titres, vous les retrouverez dans vos quotidiens ce matin, avec quelques variantes... Pour "La Montagne" et "Le Midi Libre", cette "voix près" devient "une petite voix", "un petit 'oui'". Dans "Le Figaro" (qui titre : "La Vème République de Sarkozy adoptée par le Congrès"), Paul-Henri du Limbert entend bien cette "petite voix" dont le timbre résonne à son oreille comme "une incontestable victoire psychologique pour Nicolas Sarkozy". Pour lui, "le vote du Congrès sonne comme un encouragement à poursuivre la modernisation du 'cher et vieux pays'. A la majorité + une voix. C'est la définition même de la démocratie". Sarkozy victorieux : dans "Ouest-France", Michel Urvoy ne nie pas la victoire du chef de l'Etat. Seulement il la nuance d'une phrase : "L'étroitesse du score (...) ne l'autorise pas à danser sur le pont, compte tenu des écueils qui l'attendent". ..."Il lui revient désormais de prouver sa sincérité en laissant au Parlement un réel pouvoir d'animation de la démocratie française", souligne Olivier Picard dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace". Dominique Garraud, pour "La Charente Libre", apporte sa pierre à cet avertissement : "La victoire très serrée obtenue devant le Congrès peut aussi être analysée comme une mise en garde contre ses méthodes à la hussarde". ..."Oui, mais après ?... Une victoire pour quoi ?... Que vont changer les retouches faites à la Constitution ?... Sarkozy sera-t-il moins Sarkozy ?"... Autant de questions que se pose Bernard Revel dans "L'Indépendant du Midi". L'éditorialiste évoque la baisse continue du pouvoir d'achat, puis il écrit : "Le Président de la République serait bien inspiré de revenir à l'essentiel pour rassurer une opinion dont la confiance est loin de se jouer à une seule voix". Si mes confrères, vous le voyez, ne célèbrent pas inconsidérément le vainqueur, ils ne réservent pas pour autant les honneurs aux vaincus. Aux yeux d'Hervé Chabaud, de "L'Union" : "Les socialistes ont opté pour un jeu politicien caricatural et pathétique. Affirmer que la réforme renforcerait les pouvoirs du chef de l'Etat était une grossière sottise et un évident manque de bonne foi". Hervé Chabaud constate le "gâchis" et le "raidissement conservateur" qui hantent ce matin la rue de Solferino. Laurent Joffrin, dans "Libération" : "Quel besoin avait-on d'offrir ce cadeau à un Président qui court après les résultats et que l'opinion tient en piètre estime ?... Pourquoi (...) se transformer en opposant de Pavlov qui dit 'blanc' quand Sarkozy dit 'noir', et 'noir' quand il dit 'blanc', y compris sur les mêmes sujets ?". Jean-Michel Bretonnier, dans "La Voix du Nord" : la réforme "fait le pari optimiste que les députés et sénateurs se saisiront spontanément de leurs nouveaux droits pour en faire le meilleur usage (...). Si le PS l'avait votée, il aurait été plus autorisé, une fois revenu au pouvoir, à la parachever. S'il veut le faire demain, la droite saura lui rappeler quelle fut son attitude en juillet 2008 : celle d'une organisation syndicale qui refuserait 20% d'augmentation de salaire parce qu'elle en réclamait 50". ...Et Jack Lang ?... Et Jean-Michel Baylet ? Vos éditorialistes, évidemment, ne les oublient pas. Pour Christine Clerc, dans "Le Télégramme", "Nicolas Sarkozy peut se vanter d'avoir (avec eux) poursuivi son ouverture, fût-elle en trompe-l'oeil". Pour "La Montagne", Daniel Ruiz considère que "A ce jeu de l'arithmétique, les radicaux de gauche autant que Jack Lang ont fait pencher la balance en cédant aux sirènes adverses. Ce calcul boutiquier signe, presque à coup sûr, leur arrêt de mort". Cela reste à voir, tant on sait qu'en politique, un condamné peut toujours survivre à l'épreuve des balles quand ce ne sont que des mots... Demandez son avis à Nicolas Sarkozy. Il en sait quelque chose, revenu d'entre les morts après la Bérézina balladurienne de 1995. Qu'a-t-il déclaré, hier, Nicolas Sarkozy, en marge de son déplacement européen à Dublin ?... ...Il a dit : "Je veux dire aux Français qu'une fois de plus le camp du mouvement, du changement, de la modernité l'a emporté sur le camp de l'immobilisme, de la rigidité et du sectarisme". Commentaire de Frank de Bondt, dans "Sud-Ouest" : "La Vème voulait en finir avec le régime des partis, elle a fini par instaurer le régime des camps". Autour de cette révision constitutionnelle adoptée d'un cheveu, retenez encore (vous le lirez dans "Le Figaro") que le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement Roger Karoutchi a versé quelques larmes, des larmes de joie, après l'annonce du décompte. Dans "Libération," on l'a entendu chuchoter : "C'est une opération-commando bien menée, bien réussie, mais je ne ferai pas ça tous les jours". "L'Etat va ponctionner un milliard d'euros sur le 1% logement" : vous lirez ce titre dans "Les Echos". Le quotidien économique précise que ce milliard d'euros sera consacré au financement de l'Agence nationale de l'habitat, à la rénovation urbaine et à la réhabilitation des quartiers anciens. Ce "fléchage" (c'est le terme ad-hoc) d'une partie des fonds du 1% en direction du ministère du Logement, Nicolas Sarkozy l'avait laissé supposer dans le cadre de la revue générale des politiques publiques. Toujours au chapitre "gros sous" et "dépenses publiques", "Le Figaro" s'est penché sur ce que coûtaient les pompiers département par département, en fonction du budget qui leur est alloué par chaque Conseil général. Il va de soi que les missions réalisées dans le sud de la France par les pompiers sont généralement plus coûteuses que celles qui sont accomplies dans le nord. La cause majeure, c'est l'incendie de forêt ou de garrigue. Les trois départements les plus coûteux sont : la Corse-du-Sud, la Haute-Corse et les Alpes-Maritimes. En bas de tableau, s'alignent la Sarthe, la Vendée et enfin la Manche. En gros, le travail des pompiers coûte trois à quatre fois plus cher aux habitants d'Ajaccio qu'à ceux de Cherbourg. Lu, enfin, dans "L'Humanité", ce titre : "La société n'a pas pris soin de m'annoncer son décès". En parcourant l'article, on découvre une édifiante et lamentable histoire, un "signe des temps" comme on dit. Le mois dernier, le 7 juin, un technicien chargé de la mise aux normes des ascenseurs d'un immeuble parisien du 14ème arrondissement est mort écrasé par l'appareil. Son employeur, dans un communiqué, s'est très vite déclaré "très affecté par ce drame", en oubliant toutefois d'en informer la compagne de la victime. L'employé tué par l'ascenseur avait la nationalité roumaine. Il n'était pas déclaré, on l'employait "au noir". Sa compagne a couru les hôpitaux parisiens pendant quatre jours sans comprendre pourquoi Gheorghe Banescu ne lui donnait pas de nouvelles. Elle se bat désormais pour tenter d'obtenir réparation. Pour elle et pour sa petite fille de 3 ans. Lisez son témoignage. C'est dans "L'Humanité".

Alain LE GOUGUEC

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