Marre de la sinistrose, marre de voir les verres à moitié vides.

Parait-il qu'une école de pensée est en train de se rassembler pour combattre cette tendance au déclinisme qui a gagné les français ces dernières années. Et c'est l'Express qui nous invite cette semaine à positiver, en recensant 111 raisons d'être optimistes (pourquoi 111 et pourquoi pas?).

"Raisons sérieuses et solides ou raisons joyeusement futiles" écrit christophe barbier. Peu importe, nous avons besoin de croire aux lendemains qui chantent, peut-être pas très fort, mais juste.

Alors ces raisons, allons y :

  • la France championne d'Europe de la fécondité, c'est pas rien,

  • l'un des pays du monde où l'on vit le mieux (4ème exactement dans les classements internationaux)

  • le pays du festival de Cannes, du musée du Louvre, de la haute couture, du fromage, du tgv (c'est vraiment dans le désordre).

  • première destination touristique, la foret la mer la montagne,

  • la France c'est aussi Christine Lagarde, Christophe Lemaitre ou David Guetta

"Bref", conclut l'Express , "pas de quoi se lamenter, derrière chaque citoyen se cache une raison d'espérer".

Et on pourrait poursuivre sur ce thème en citant aussi le magazine Capital qui a comparé, pour ses 20 ans les années 1991 et 2011. "Et quoi qu'en pensent, les français" conclut Marie Charrel, "notre pays, plus riche, plus dynamique, plus high tech se porte beaucoup mieux aujourd'hui qu'à la création du magazine".

Contrairement aux idées reçues, l'hexagone serait l'un des pays qui a le plus profité de la mondialisation. Prenons par exemple le pouvoir d'achat, calculé par rapport au temps de travail, il n'y a pas photo. Et Capital le prouve en deux tableaux comparatifs. Pour se payer une place de cinéma en 1991, il fallait 1h et demi de smic net. Aujourd'hui, une heure seulement. La voiture de petite cylindrée, il fallait15 mois de travail à l'époque,11 mois aujourd'hui. Pour les ordinateurs, les téléviseurs, les billets d'avion, les différences sont énormes. Non pas que les salaires soient proportionnellement meilleurs, ce sont les prix qui ont baissé. Mais le résultat est là. Exception faite du prix de l'essence et surtout de l'immobilier beaucoup moins accessible qu'il y a vingt ans.

Le paradoxe c'est que la pauvreté aussi gagne du terrain .

Et tout le monde a pu le constater en marchant dans nos villes où l'été ne change rien à l'affaire. La misère tue autant qu'au plus fort de l'hiver

c'est un reportage du magazine Pèlerin qui est allé à la rencontre des sdf, privés de tout refuge en période de vacances car beaucoup d 'associations ont fermé leurs portes. Et comme parrallèlement beaucoup de villes ont pris des arrétés anti mendicité, leur quotidien finalement se complique.

Et au delà des sdf, que dire des biffins, les descendants des chiffonniers d'autrefois, de plus en plus nombreux sur les trottoirs de Paris. Ce que Fanny Stolpner dans Témoignage chrétien appelle "les marchés de la misère". Loin du folklore des brocantes ou autres vide greniers, on y vend de tout, des vieux vètements, des médicaments, des cosmétiques, des téléphones portables, Un gain dérisoire qui permet de survivre quelques jours.

A coté de cela, grosse différence avec 1991. Ils s'engraissent sur la dette publique : c'est le titre de l'Humanité en Une :"ils" ce sont les hedge funds de Liliane Bettencourt, pris en exemple par le journal. "Les membres du clan" qui se sont versés 237 millions d'euros de dividendes cette année

et une part de cet argent, précise l'Humanité , provient de fonds qui ont assurément spéculé sur les dettes publiques.

Un cas parmi d'autres au sein des grandes familles. "Mais dans ces conditions, on l'aura compris, comment se féliciter", explique Patrick Apel-Muller, "de cet accord entériné à Bruxelles par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro?". "Certes, écrit-il, l'intervention publique devient de mise pour Bonn et Paris" (oui pour l'Humanité , la capitale allemande est encore à Bonn) "cette intervention publique reste enserrée dans les rets des marchés financiers".

La transformation de la dette grecque en obligations offrira de juteux bénéfices à ces fonds mercenaires qui se précipitent ici pour dépecer une entreprise et là pour piller une nation. Plus la facture de l'austérité est présentée aux peuples, plus les hedge funds prospèrent.

Pour l'Humanité , c'est pas que le verre est à moitié vide, c'est qu'on a versé à coté.

Pour la majorité des commentaires, ce sommet de Bruxelles est un vrai succès

"Accord historique" pour les Echos , "l'Europe fait enfin front commun" pour la Tribune , "c'est l'Union sacrée pour sauver la Grèce" titre le Figaro .

La zone euro s'est dotée d'un nouvel arsenal anti crise dont chacun se félicite. Jean Peyrelevade notamment, l'ancien patron du Crédit Lyonnais, interrogé dans la Tribune et le Parisien qui voit maintenant toutes les raisons d'etre optimiste (voyez lui aussi).

C'est la première fois, dit-il, que la zone euro exprime sa solidarité de façon solennelle. Non seulement sur le plan politique mais avec des décisions concrètes comme la baisse des taux.

On lira dans tous les journaux les détails des mesures annoncées des prêts plus attractifs, le rôle grandissant de ce que certains dont Nicolas Sarkosy appellent déjà par commodité "le fonds monétaire européen", "la mise à contribution des créanciers privés", "des banques principalement" entre autres.

"C'est vrai", commente Pierre Rousselin dans le Figaro , "qu'un certain nombre de tabous ont été levés, que les progrès pour etre désespérément lents, sont réels."

Eric Benhamou dans la Tribune confirme : "faudra du temps pour comprendre comment les européens ont pu s'enfermer si longtemps dans une impasse au nom de leurs interêts particuliers, mais bon, cette fois, cet acord traduit un vrai début de volonté politique".

Ce que retient aussi Vincent Giret dans Libération : "décidé aux prémisses de la crise il y a dit huit mois", dit-il, "un tel accord aurait stoppé net toute velleité spéculative et évité quelques soufrances aux peuples, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, c'est une authentique solidarité qui se dessine entre etats-membres de l'euro".

On peut encore aller plus loin. Dominique Seux dans les Echos espère, après avoir félicité les pompiers, qu'on fera appel maintenant aux architectes pour avancer dans cette gouvernance économique européenne que beaucoup réclament.

Le problème, c'est ce que résume Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain , c'est que si les marchés exigent de l'europe qu'elle pousse dans le sens du fédéralisme, les opinions continuent de le refuser.

Savoir de quel côté tomberont nos gouvernants, ce sera çà aussi l'un des enjeux de la bataille présidentielle.

En attendant c'est dans les Alpes qu'on bataille durement.

C'est le spectacle de l'été, grace au français Voekler, toujours en jaune et que le Parisien n'hésite pas à comparer à Cyrano par sa façon de redresser son destin, de s'inviter à la table des grands où personne ne l'avait convié. "Incroyable Voekler titre le Parisien" , "génial" titre France soir.

Voekler au bout de sa souffrance en haut du Galibier et qui lève le bras à la une de l'Equipe. "C'était hier un jour de rève sur le Tour" s'enflamme le quotidien du sport, qui n'oublie pas Andy Schlek dans ses éloges. "Fauve qui peut!" titre Libération.

Il y avait bien longtemps qu'un favori n'avait pas tenté l'échappée belle comme a osé le faire le luxembourgeois, aujourd'hui donc à 15 seconde du maillot jaune. En tout cas, le tour de France est redevenu un vrai spectacle et çà nous sauve de ce que Jean Claude Guillebaud appelle dans l'hebdomadaire La Vie , "la bêtise audiovisuelle ambiante". Faites l'expérience en voyageant de zapper sur les télévisions italiennes néerlandaises ou espagnoles ; et partout vous verrez un univers hertzien colonisé par une foire criarde et compulsive de jeux infantiles de sourires niais de confessions lamentables et de poitrines siliconées. "Autant qu'on s'en souvienne" conclut Guillebaud, "les cultures et réjouissances populaires de jadis ne procédaient pas d'un tel abrutissement consenti". Pour ce point là au moins, on peut le dire, l'unification de l'Europe n'est pas en panne.

Et là pour le coup pas de quoi être optimiste.

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