(Nicolas Demorand : « A la Une, ce matin : le revers de la pièce »)... Derrière les murs d'un hôtel de Neuilly, d'un vestiaire et d'une prison, les journaux nous emmènent dans les coulisses de la vie des riches... L'hôtel particulier de Neuilly, c'est celui de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche d'Europe. Elle a aujourd'hui 87 ans. Quoi de plus gênant qu'entendre un homme dans la force de l'âge parler à une vieille dame comme si elle était folle ? Lui parler un peu plus lentement et un peu plus fort qu'à une personne normale ? C'est d'abord cela qui frappe dans les enregistrements, révélés la semaine dernière par Médiapart, entre Mme Bettencourt et son conseiller financier, homme de confiance, Patrice de Maistre. Retour en arrière, cette semaine, dans Paris-Match... Tout commence comme dans un roman de Françoise Sagan : chapeau de paille, grand soleil et regard mutin à un ami qui partage sa vie en première classe. Liliane Bettencourt pose pour ou avec le photographe François-Marie Banier. Ils se sont rencontrés vraiment en 1987, au cours d'une séance photos pour le magazine Egoïste. Complicité immédiate : il a l'esprit vif, elle est ludique et incisive. "Leur relation n'est qu'une longue conversation", écrit Danny Jucaud dans Paris-Match... une conversation dans des jets privés, des palaces et des plages de rêve, où les deux amis mènent une vie hors des contingences du monde. Mme Bettencourt lègue l'essentiel de sa fortune à son ami photographe. C'est là que l'histoire à la Sagan devient un roman de Balzac, et même un livre d'espionnage. Querelles d'héritage. Le maître d'hôtel de Liliane Bettencourt décide d'enregistrer ses conversations privées. C'est illégal mais explosif, et la presse s'en mêle. On en vient à l'affaire qui nous intéresse aujourd'hui : "Une affaire au coeur du pouvoir", comme le titre ce matin L'Est Républicain. Dans ces conversations, l'homme de confiance de Mme Bettencourt lui donne des conseils de gestion et la tient au courant des affaires en cours. On y apprend que l'épouse d'Eric Woerth, ministre du Budget à l'époque et trésorier de l'UMP, est associée à la gestion de la fortune de Mme Bettencourt, et que celle-ci fait des chèques en soutien au pouvoir ; que son conseiller est mis au courant par l'Elysée des décisions du Parquet de Nanterre avant qu'elles ne soient rendues ; et, enfin, que la vieille dame a de l'argent en Suisse. Les contre-feux allumés par Eric Woerth sont résumés dans Libération : non, son épouse ou lui-même n'étaient pas au courant des soupçons de fraude fiscale ; son épouse va démissionner, mais c'était prévu de longue date ; non, il n'y a pas de conflit d'intérêts entre son job à lui et celui de sa femme : "c'est sa carrière" ; quant aux chèques signés par Mme Bettencourt, ils n'ont rien d'illégal. Pour Médiapart, ce matin, reste tout de même une série de questions... "Trois chèques, trois questions" : c'est le titre de l'article écrit par Edwy Plenel, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme : 1) Quel est le montant précis et le cadre légal des trois versements ? 2) Dans quelles circonstances l'épouse d'Eric Woerth s'est-elle retrouvée, fin 2007, et se trouve-t-elle toujours à gérer la fortune de Liliane Bettencourt ? 3) Enfin, pourquoi l'Elysée est-il intervenu pour peser sur le cours judiciaire de l'affaire familiale ? Pour Bruno Dive, dans Sud-Ouest, "dans n'importe quelle démocratie, un tel conflit d'intérêts entre un ministre et son épouse n'aurait pas été admis". Il rappelle tout de même que les enregistrements utilisés par Médiapart sont illégaux, et relève encore que "tout se sait aujourd'hui, décidément, qu'il s'agisse d'une engueulade musclée dans le vestiaire d'un stade de foot ou de l'association financière de la première contribuable de France". (ND : « Alors direction les vestiaires de foot »)... Quoi de plus ridicule ou émouvant que des grands garçons costauds en larmes devant une fille après avoir fait une bêtise ? Hier soir, Roselyne Bachelot s'est invitée dans le centre de presse du stade de Bloemfontein, où les Bleus jouent cet après-midi. C'est raconté dans Le Parisien-Aujourd'hui et L'Equipe : "Roselyne Bachelot a fait pleurer les Bleus". Pendant un quart d'heure, elle leur a taillé un short. "Le football français affronte un désastre moral. Ce sont vos gosses, nos enfants, pour qui, peut-être, vous ne serez plus les héros. C'est l'élan de vos compagnes, de vos amis, de vos supporters, que vous avez peut-être brisé. C'est l'image de la France que vous avez terni". A la fin du speech, certains ont pleuré ou applaudi. La ministre des Sports a ajouté une phrase pour que les Bleus jouent les toutes dernières chances qu'ils ont cet après-midi : "Comment voulez-vous qu'on se souvienne de vous ?". Cette phrase, le capitaine de l'équipe de France de rugby l'avait inscrite sur le tableau du vestiaire avant un match contre la Nouvelle-Zélande, un match ingagnable et pourtant gagné par ces Bleus-là. Cet après-midi, face à l'Afrique du Sud, c'est un peu pareil. C'est "le miracle ou la honte", comme le titre Sud-Ouest. La France doit battre très largement l'Afrique du Sud pour espérer se qualifier. Et encore, ça ne suffirait pas forcément. Alors "ont-ils quelque chose dans le ventre ?", comme le titre La Voix du Nord. Ce matin, L'Equipe et Le Parisien reviennent sur la grève de l'entraînement de dimanche... Selon les deux journaux, une partie importante du groupe était contre la grève. Mais, face aux meneurs : Gallas, Abidal et autres, ils n'ont rien dit. Dans ce monde du foot dopé à la testostérone, c'est assez consternant de voir que ces gaillards n'ont pas la moelle d'assumer leurs convictions. "Ce qui reste de l'équipe de France ce matin, écrit Vincent Duluc dans L'Equipe, c'est un syndicalisme de milliardaires. Les Bleus laissent leurs supporters dans l'ambivalence des sentiments : ils ont envie qu'ils gagnent, envie qu'ils perdent, envie d'émotion peut-être". Mettre une piquette à l'Afrique du Sud ou faire ses bagages pour un retour piteux en France... La Charente Libre résume cela avec une formule à la Une : "Le carton ou la valise". (ND : « Le revers de la pièce, suite et fin »)... Un homme de 71 ans fait la queue comme les autres dans la cour d'un pénitencier : il doit prendre son traitement contre l'hypertension. Sur la poche de chemise de son uniforme, un nom : Bernard Madoff... "Madoff : sa vie derrière les barreaux" : c'est encore dans Paris-Match cette semaine. Ca se passe au centre pénitentiaire Butner, en Caroline du Nord… une prison VIP : il y a là un espion à la solde d'Israël, le parrain d'une famille mafieuse et le cheikh qui a fomenté l'attentat contre le World Trade Center en 1993. Quand Madoff est arrivé, le dispositif était digne de l'entrée en tôle d'Al Capone : hélicos de la télé, détenus sensibles enfermés en cellule, zone interdite. Madoff arrive, les cheveux coupés ras, menottes aux poignets et fers aux pieds. Un dealer lui dit bonjour à sa manière : "Relax, mec : contente-toi de suivre le mouvement". Très vite, raconte Steve Fishman, du New York Magazine, dont Paris-Match reprend le reportage, très vite Madoff est devenu une star du pénitencier. "Hey Bernie, je t'ai vu à la télé". Tout le monde lui cirait les pompes et voulait en savoir plus sur ce type capable de détourner 65 milliards de dollars. Soirée télé au pénitencier : on diffuse une émission sur le nouveau détenu... "Sacré Bernie ! Tu leur en as piqué, des millions !". Réponse de Madoff : "Non, des milliards". Un trafiquant de drogue emprisonné dit comment son codétenu l'a bluffé : "Il m'a dit qu'en posant son doigt au hasard sur une mappemonde, il tombe presque à tous les coups sur un endroit où il a eu une maison". Dans ce reportage, on apprend que l'escroc de Wall Street a proposé ses services à la comptabilité de la prison : refusé. Steve Fishman raconte encore les moments de frayeur de Bernie... Un jour, un type se met à trotter dans sa direction. Madoff lui donne immédiatement son sac de provisions, croyant que le type veut le braquer. Mais non : il veut juste avoir un conseil financier. Malgré tout, l'ancienne star des traders garde son quant-à-soi. Quand on lui demande un autographe, il refuse : il est persuadé qu'il sera revendu sur eBay. Ceux que le personnage agace le renvoient à sa nouvelle condition : "T'as même pas tiré un an de prison. T'es qu'un bleu". C'est vrai qu'un an de tôle, comparé à la perpétuité, c'est court. Le revers de la pièce... Pour Bernie Madoff, les Bleus et Mme Bettencourt, la pièce a été lancée. Elle tourne dans les airs. Dans quelques heures, quelques semaines, quelques années, elle retombera. On ne sait pas encore de quel côté... Bonne journée...

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