le chapeau de la reine fait causer à l'heure du brexit. le nouveau gouvernement, et encore et toujours celui qui n'en fait plus partie BAyrou

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par une tenue, qui a fait fureur hier

Avez-vous le bibi de la Reine ? Pardon, je veux dire le chapeau, celui dont Elizabeth 2 hier était coiffée pour lire le discours de Thérésa May devant la Chambre des Lords à Westminster…la photo est à la Une du Wall street journal ce matin, et hier les réseaux sociaux se sont enflammés sur ce chapeau bleu constellé de 5 petits mimosas jaunes, qui ressemble furieusement au…drapeau européen et à ses étoiles! Les internautes britanniques notamment, mais pas que, se sont réjouis d’y voir un symbole: « je suis convaincu que c’est un acte subtil de rébellion » a twitté un sujet de majesté. Et pour ceux qui douteraient et ne verraient dans cette tenue qu’une simple coincidence, après tout la garde-robe de la reine est sans limite, le Mirror a ressorti la photo de l’an dernier : dans les mêmes circonstances, la Reine arborait alors une couronne pourpre et diamants tout ce qu’il y a de plus royale. C’est donc sinon un engagement clair contre les Brexiters, peut-être au minimum un pied de nez, alors qu’Elizabeth 2 devait lire au même moment les différents articles de la loi sur la sortie de l’Union européenne. Article du Guardian ce matin, tout en « understatment » à l’anglaise, euphémismes et sous-entendus. Touche chiffon : « ce chapeau était en soi « glorious », nuancé d'un mauve papal, aux fleurs piquées de jaunes, il accompagnait une redingote de jour dont le motif n'était pas sans rappeler un imprimé floral Balenciaga printemps/été 2017 ». Touche politique ensuite «La reine a-t-elle voulu envoyer un message, ou simplement porter un vêtement « instagram friendry », bref faisait-elle allusion aux négociations qui débutaient le jour-même à Bruxelles ou rendait-elle hommage à Van Gogh ? No comment, évidemment... Mais « ce chapeau » conclut le Guardian, « est un sommet d'ambiguïté royale ».

On revient en France, avec les commentaires sur le gouvernement 2 d’Edouard Philippe

Avec d’abord cette Une de Libération…portrait pleine page d’Emmanuel Macron, 2 rondelles d’orange collées sur les yeux, et ce titre, « Bayrou out, pas de quartier ». Si on comprend bien le symbole du bibi de la Queen, franchement, cette photo là est plus… insondable. Qu’a bien voulu dire Libé ? Peut-être que le président se fait une cure de beauté, de vitamines, et de détox avec ses quartiers d’orange sur les yeux. Une lecture corroborée par la version soutenue par Libération du départ de François Bayrou. Pour le chef de l’Etat ce départ est un « effet d’aubaine » dit le journal. « A risquer de remanier ses alliés, c’est-à-dire le Modem, contre leur gré, Macron risquait gros. Le fait qu’ils partent de leur propre chef lui donne l’occasion d’un second redémarrage indolore et salvateur ». Nathalie Segaunes dans l’Opinion, souligne l’habileté du chef de l’état dans la gestion de sa première crise, « l’enjeu était d’obtenir le départ de François Bayrou sans apparaître comme ayant joué un rôle dans celui-ci. Lors de sa conférence de presse, François Bayrou jouant le jeu, a donné le sentiment de se sacrifier pour Emmanuel Macron, et non d’être sacrifié par ce dernier ». Une opération gagnant-gagnant en quelque sorte, car la journaliste raconte qu’au-delà de l’enquête préliminaire qui mettait en situation délicate le garde des sceaux, « le président ne voulait pas rejouer la scène Hollande Montebourg, à savoir garder un ministre dont la liberté de parole était susceptible de générer un couac à tout moment »

Bon, en fait sur ce nouveau casting, pas grand-chose de saillant encore ce matin. On relèvera juste que selon comment on nomme les nouveaux venus, « experts ou « expertes » pour désigner comme le fait le Parisien Nicole Belloubet à la Justice, nathalie Loiseau aux affaires européennes ou Florence PArly aux Armées, les Echos parle eux de la part belle fait aux « techniciens », et Xavier Brouet du Républicain Lorrain suggère qu’il s’agit surtout d’un « casting de premiers de la classe », ou qu’on les nomme « technocrates », comme le fait l’Humanité, on ne semble pas accorder tout à fait le même crédit aux nouveaux ministres. Question de sémantique pour dire la confiance qu’on place ou pas, a priori dans ces nouveaux venus

En fait, c’est encore et toujours François Bayrou qui retient l’attention de la presse ce matin.

« 36 jours et puis s’en va » titre Sud-ouest. Chacun glose à sa façon sur le coup du sort du désormais ex garde des sceaux. « Arroseur arrosé, dégageur, dégagé » c’est la leçon qu’en retire Nicolas Beytout à la Une de l’Opinion. « Une fois de plus, écrit-il, voilà un homme et une femme politique pris à leur propre piège. Bayrou et Sarnez avaient tellement cogné sur François Fillon, tellement flétri sa candidature entachée par les affaires, que les soupçons qui pesaient sur eux étaient en retour insupportables. « Mieux vaut être irréprochables avant de donner des leçons de morale à tout le monde » renchérit Bruno Dive dans Sud-Ouest. On découvre dans l’Obs, qui titre cette semaine sur la « bombe bayrou », le doux nom donné à François Bayrou et Marielle de Sarnez par un ancien assistant parlementaire à Bruxelles, « les thénardiers du Modem ». Bref, pour Claude Askolovitch sur Slate.fr, il s’agit simplement d’une « vapeur de l’ancien monde qui se dissipe, celle des « affaires » que Chirac qualifiait de « Cornecul ». Mais la Croix encore et toujours, et on soulignera que le quotidien est un des rares à tenir cette ligne là depuis plusieurs jours, se demande « jusqu’où ira ce maximalisme », un peu à la manière d’Alain Finkielkraut chez Léa Salamé à 7H50. « L’usage depuis 25 ans était qu’un ministre quitte le gouvernement lorsqu’il était mis en examen. Désormais, il peut donc suffire que la justice ouvre une enquête. Attention dit Guillaume Goubert dans son édito, aux excès d’une opération mains propres. L’expérience italienne devrait faire réfléchir. Souvenons-nous que Mani Pulite a débouché sur 15 ans de pouvoir berlusconien »

Pour terminer sur François Bayrou, il faut lire dans le nouveau numéro de la revue Charles, le portrait qu’en dresse Gilles Boyer, ex directeur de campagne d’Alain Juppé, ami de l’actuel premier ministre. Portrait écrit avant que Bayrou ne devienne garde des sceaux, a fortiori avant qu’il ne le soit plus. Portrait politique et sensible d’un homme « difficile à détester » reconnait-il, un centriste qui a suscité les débats les plus extrêmes, un homme capable de raisonner sur la base de ses convictions autant que par stratégie, spéciment rare, un homme qui en choisissant MAcron « est sans doute l’un des seuls écrit Boyer, à avoir remporté une victoire posthume de son vivant », c’est joliment dit pour signifier ce à quoi il a renoncé personnellement pour faire advenir ses idées, un homme enfin qui en 2004, quand Alain Juppé « tombe » dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, lui envoie ce message : « Macte anima, generose puer , sic itur astra ». Traduit, ça donne « allez courage noble enfant, c’est ainsi qu’on s’élève vers les étoiles »…peut-être hier Alain Juppé lui a-t-il rappelé, voire renvoyé ce message. Ce matin, la République des Pyrénées, met à sa Une « Bayrou, retour à la case Pau »

On termine en photos

Plus le temps de vous dire tout ce qu’il faut regarder dans le numéro d’été de Polka, magazine de photos. Même Polka s’y met, avec Emmanuel Macron à sa Une, mais ce sont en réalité 12 photographes qui interpellent le chef de l’Etat sur sa mission pendant 5 ans, interpellations sur le fond, réduire le chômage, préserver notre terre, protéger, former, intervenir, accueillir, avec des clichés à l’appui. Mais il faut lire et regarder aussi le reportage à Erbil d’Elisa Mignot, ou encore Mon été en crimée de Didier Bizet avec un très beau texte du grand écrivain ukrainien Andreï Kourkov, ou enfin admirer les paysages russes d’Alexander Gronsky, pour qui les « photos ne sont pas des messages mais des questions »…Plein de questions à se poser dans Polka

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