Un milliardaire partage la beauté et l'inconfort : Mediapart raconte un deal tenté par des avocats en Libye, "Les Echos" décrivent la puissance chinoise, "Libération" conte les pouvoirs lyonnais, "Le Parisien" célèbre les greffes françaises et "Sud Ouest" rencontre des infirmières qui nous sauvent à La Rochelle.

L'œil d'un milliardaire 

Un œil inquiet, bleu et malicieux, et cette photo d'un homme au visage raviné et très beau est celle de François Pinault. Le magazine du Monde s'intéresse à sa passion, la passion d'une vie, l'art et l’art contemporain, dont il est un acheteur obstiné et aimant. Pinault pour lequel un artiste italien, Maurizio Cattelan, a déjà imaginé un monument funéraire, orné de ces deux mots : "Why Me ?", pourquoi moi ? 

Mais il est bien vivant François Pinault, dans M, et vivant dans Ouest-France, parce qu'une partie de ses collections est exposée à l'ancien Couvent des Jacobins de Rennes. L'exposition s'appelle DE BOUT !  "Ce n'est pas une exposition aimable, dit Pinault, car l'art est une insurrection."

Et le milliardaire voudrait emmener les joueurs du Stade rennais, son club, voir ses œuvres. 

François Pinault, dans Ouest-France, sourit de plain-pied, il prend dans Le Monde des allures de mage. On le suit dans une galerie de Harlem, où il s'imprègne de l'artiste afro-américain Arthur Jafa, et on le voit acheter la photo d'un homme à l'allure extatique sur le point de tomber dans le vide. On le raconte réveillant l'Anglais Damien Hirst, qui pensait avoir tout dit, on le montre surtout, Pinault, à 81 ans, guidant les nouvelles générations et encourageant chez Christie’s un patron de la Silicon Valley à enchérir : "Vas-y, maintenant. Si tu n'en veux plus, demain, je te le rachète."

Les milliardaires se doivent à l'art.

François Pinault, donc, qui est relié aux hommes par cette beauté qu'il partage, et ces fidélités qui obligent, qui acheta son premier tableau parce qu'une femme dans une cour de ferme bretonne au temps du post-impressionnisme de Pont-Aven lui rappelait sa grand-mère... Il dit aussi, Pinault, dans Ouest-France, qu'il souhaiterait faire venir du granit des carrières du Hinglé dans les Côtes-d’Armor dans son musée en construction, à l'ancienne Bourse de commerce à Paris. "Mais je ne suis pas sûr que ces carrières soient toujours exploitées."

Mediapart raconte une étrange tractation en Libye…

Et elle s'ajoute aux enquêtes sur les liens entre l'ancien régime libyen et ce que Mediapart appelle "le clan Sarkozy". 

Voilà la scène, telle qu'elle est décrite par des documents libyens que Mediapart affirme avoir vérifiés. Nous sommes le 26 novembre 2005, deux avocats français vont rencontrer des juristes libyens. Le premier s'appelle Francis Szpiner. Il est l'avocat des familles des victimes de l'attentat contre le DC10 d'UTA en 1989. Le second s'appelle Thierry Herzog. Et les deux avocats disent ceci : ils peuvent faire blanchir de cet attentat Abdallah Senoussi, beau-frère du colonel Kadhafi, grâce "à la subordination du parquet général à l'appareil exécutif de l'État"...

Clairement, les deux avocats expliquent que le pouvoir politique français peut contraindre la justice. Thierry Herzog prendrait en charge la défense des Libyens, puisque Szpiner est empêché par son rôle auprès des familles de victimes.

Mediapart raconte, donc, et accuse. Thierry Herzog est aujourd'hui l'avocat de Nicolas Sarkozy, et le journal en ligne voit dans cette rencontre d'il y a treize ans, un prélude au financement supposé par la Libye de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Mais à lire les articles du site, il y a autre chose.

En 2005, Jacques Chirac était président de la République, Francis Szpiner était un de ses proches et le pouvoir qui aurait proposé un arrangement aux Libyens était chiraquien... On a alors, ou bien des doutes, car Me Szpiner dément toute cette histoire, ou l'intuition d'une affaire française, plus large.

Et on reste avec les mystères du pouvoir et les déraisons des politiques ou de ce qu'on en imagine.

Cette question de la politique et de ses illogismes traverse les journaux. Libération remet le couvert sur les amitiés lyonnaises d'Emmanuel Macron, et sur Olivier Ginon, patron de GL Events, entreprise d'événementiel qui a accordé des ristournes lors de la campagne électorale du Président. Oui, mais ce qu'on lit dans Le Parisien sur la campagne de Benoît Hamon – 15 millions dépensés pour 6,36 % des voix, soit 6,58 euros par bulletin de vote, et pour lui aussi de jolies ristournes – incite à relativiser les aventures de la campagne macronienne. Mais il reste, dans Libération, un portrait du pouvoir à Lyon, ces grands entrepreneurs conservateurs catholiques  qui ont rallié l'alors socialiste et franc-maçon Gérard Collomb pour redynamiser leur ville... Cette enquête de mœurs nous en dit plus et mieux que tous les soupçons. 

Il est des pouvoirs perdus, comme le pouvoir anglais deux ans après le Brexit. Cruel paysage décrit par Le Figaro.

Il est des pouvoirs implacables et Les Echos analysent la puissance de Xi jin Ping, et cette alliance de technologie et de nationalisme culturel où Lao Tseu et Confucius rencontrent la Grande Marche de Mao est fascinante. Le pouvoir chinois, qui rapatrie ses géants sur la Bourse de Shanghaï, sera en 2024 la première puissance mondiale. Edouard Philippe va en Chine...

Tiens, on y revient, François Pinault dit dans Ouest-France qu'il ne vendra jamais le Stade rennais à des Chinois, et il avait racheté l'an dernier un grand cru de Bourgogne, pour que le milliardaire de chine Jack Ma ne s'en empare pas. Voilà, d'un milliardaire, une résistance ?

Une fierté française enfin !

Qui n'est pas du football mais la fierté du professeur Mimoun, qui répare les grands brûlés à l'hôpital Saint-Louis, à Paris, et la joie de Jocelyne dont la peau revient... Nous sommes champions du monde des greffes, écrit Le Parisien en une : greffes de visage, de mains, pose de trachée artificielle composée de l'aorte abdominale d'un donneur décédé... 

C'est aujourd'hui qu'on célèbre les dons d'organes... 

A La Rochelle, des infirmières rencontrées par Sud-Ouest animent des campagnes en faveur du don d'organe. "Je suis recyclable, vous aussi", disent une championne olympique, une médecin, un rugbyman, qui posent nus pour illustrer le message. Une élue bizarrement prude a refusé que ces affiches ornent les bus de la ville : les corps nus font peur, pour guérir et dans l'art contemporain. 

Mais les infirmières avancent, il n'est pas que des milliardaires pour nous sauver. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.