"Libération" veut comprendre et "Ouest-France" regrette l'Italie, "L'Opinion" veut punir. Le "New York Times“ se demande ce qui se passe en Europe. Fracture entre "L'Equipe" et "Corse matin". "Le Figaro" voit du communautarisme dans le lynchage de Pau, "Sud Ouest" raconte des jeunes "qui ont dégoupillé"...

Une fièvre italienne dans les journaux...

... qui disent adieu à l'Italie, avec plus ou moins de tendresse quand l'opinion qualifie de "commedia dell’arte" et de "provocation" la coalition qui va gouverner le pays. "L'Italie  part vers l'inconnu", dit Ouest France, "l'Italie dans l'aventure populiste",  pour Les Echos, "Italie année zéro" dit Libération, et ce titre raconte l'humeur d'un quotidien de gauche et cinéphile. "Allemagne année Zéro", c'était un grand film d'un grand italien Roberto Rossellini, tourné dans les ruines de Berlin en 1945... Et voilà donc le parfum de la guerre. Mais aussi le regret de l'Italie qui était un phare de ce continent...

Ouest-France le dit ainsi :  "Depuis soixante ans, pour ses alliés européens, l’Italie était le partenaire fiable par excellence, un pays où l’opinion était très largement acquise à la cause européenne, vécue par les Italiens comme un instrument de paix, un gage de modernité, une saine correction des compromissions de leur classe politique."  

Mais si l'Europe était la correction d'une imparfaite démocratie, est-ce la démocratie qui se venge aujourd'hui? 

Libération veut comprendre. Et si les Italiens ont viré du mauvais côté de la force,  c'est la faute au déclassement, à la misère…  

Mais L'Opinion veut punir...  Et le journal libéral compte sur l'administration italienne. "Le seul espoir serait que le véritable pouvoir italien, la vieillissante et inefficace haute bureaucratie, passe outre ce nouveau gouvernement…"

Car la bureaucratie, jure un universitaire italien dans Ouest-France, a déjà dompté Virginia Raggi, maire 5 étoiles de Rome, qui change sans cesse d’adjoint et s’appuie surtout sur les technocrates, sur des magistrats, des fonctionnaires.

Le populisme est un leurre, on se rassure, ou pas ? Mais l'opinion est divisée. On a tort de compter sur les administrations compétentes pour affadir le populisme, regardez Trump, proteste Eric Le Boucher. Il faudrait que les marchés et le monde de l'économie attaquent l'Italie pour contenir les barbares modernes.

Je lis dans le New York Times une vieille plaisanterie signée d'un prix Nobel d'économie, Paul Krugman : "Maintenant que l'Europe de l'Est est libérée du communisme, elle va pourvoir retrouver sa pente naturelle, le fascisme." Plaisanterie datant de la chute du mur de Berlin, qui ferait sens maintenant.

Mais Krugman explique qu'avant le fascisme, il y a eu l'échec des élites européennes. Krugman est un adversaire de l'euro et des dirigeants de l’Union. Son article de Krugman est titré, "What’s the Matter with Europe ?" Mais ce titre, le même Krugman l'utilisait déjà il y a juste un an, à propos de l'élection présidentielle française, et avertissait l’Europe de ne pas s’illusionner d’une défaite de Marine Le Pen. Nous y sommes.

En France, c'est la Corse qui est en crise...

En crise de football, et quand les fonctionnaires en grève sont en une de L'Humanité (qui les soutient, contre la casse) et du Figaro (qui les combat, car ils sont, dit l'éditorial, la France des protégés), la violence autour d'un match de football dimanche à Ajaccio – un pré-barrage pour la montée en Ligue 1 remporté aux tirs aux buts par Ajaccio contre Le Havre – pourrait sembler mineure, et pourtant... Elle raconte un gouffre d'incompréhension entre la Corse et le continent. L'Equipe titre sur LA HONTE, et décrit longuement le car du Havre attaqué, les cris, "Français de merde, sale négros, ramasseurs de coton", entendus par des Havrais, et le journal fustige la lâcheté des autorités du football. Au passage, petite pique, L'Equipe rappelle que les clubs corses sont sur représentés. 

En face dans Corse Matin, on minimise, on ne fait pas la une, on se prépare à jouer contre Toulouse pour la montée... 

Et on balaie les violences. Elles ne sont rien en comparaison d'autres violences, entre Lyon et Saint-Etienne, Manchester et Liverpool, et Corse Matin parle du développement de la filière du bois de liège, et d'une belle procession, à Bastia, en l'honneur du soldat martyr, un militaire romain martyr du christianisme naissant, dont la dépouille a été offerte aux Corses par un pape. On raconte aussi le soldat Toussaint Casanova, mort au front en septembre 1918. Et la normalité et la mémoire sont une manière de renvoyer, très loin, la colère des autres... 

Et l'enquête qui avance dans le lynchage d'un adulte par des adolescents à Pau...

Elle avance dans Le Figaro, vers des chemins que l'on connait quand le journal décrit ainsi l'affaire : le "délinquant burkinabé" a été tué par des agresseurs "la plupart d'origine tchétchène", mais "des jeunes d'origine maghrébine et sub-saharienne" seraient également suspectés, et le communautarisme rampant serait à l'œuvre. 

Sud Ouest n'entre pas dans cette sociologie politique et décrit une bagarre.  On entend deux adultes du quartier de Saragosse, qui  connaissent plusieurs des ados impliqués. "Le gars est venu dans le coin, il cherchait l’un des jeunes pour une histoire de trafic. Il a fini par le trouver. Il l’a coursé. Un de ses copains a voulu s’interposer et s’est pris un grand coup dans la tête. Il est tombé, sonné, l’arcade ouverte. C’est des gamins, 14-15 ans, le gaillard a 30 ans… Tu imagines? Ça les a fait dégoupiller."

Et cette version de l'histoire est plus terrifiante encore que la guerre civile. 

A la une de La Voix du Nord la mort par noyade d'une petite fille, hier, dans un cours d'eau près de la maison de ses grand parents, près de Maubeuge. On recherche un garçon de 14 ans, placé dans la famille qui a disparu. On lit un appel à témoins :

"Florian est décrit comme déficient mental. Il serait vêtu d’un pantacourt gris, d’un T-shirt blanc, avec probablement des baskets boueuses."

Il a un visage d'ange, c'est encore pire. 

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