(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : belote et rebelote

(Bruno Duvic) "C'est une rencontre pétrifiante. Trois acteurs : le juge inflexible, l'ancien président et l'employé impavide. Il y eut hier soir dans ce moment bordelais la réminiscence d'un roman balzacien, quand trois mondes qui n'auraient jamais dû se rencontrer furent contraints d'épouser un huis clos. Mémoire contre mémoire, parole contre parole. Juste avant que ne tombe la sentence."

Voilà comment Yves Harté dans Sud Ouest reconstitue l'audience d’hier dans le bureau du juge bordelais Jean-Michel Gentil. Nicolas Sarkozy face à l'ancien majordome de Liliane Bettencourt. L'ex chef de l'Etat a été confronté en tout à quatre employés ou ex-employés de la milliardaire. Questions en jeu : en cette année 2007, combien de fois est-il venu chez les Bettencourt ? Est-il venu négocier de l'argent liquide pour un financement de sa campagne électorale ? A-t-il abusé de la faiblesse de la vieille dame ?

La sentence qu'évoque Yves Harté dans Sud Ouest , c'est donc une mise en examen de l’ancien président pour abus de faiblesse. Même si la nouvelle est tombée tard dans la soirée, elle est à la Une d'une très grande majorité des journaux, au moins les dernières éditions.

Mise en examen... Faut-il rappeler qu'elle ne signifie pas culpabilité et qu'il y a présomption d'innocence...

Quels sont les commentaires ?

Ils relèvent l’effet de surprise, d’abord. L'expression de « coup de tonnerre » revient à plusieurs reprises.

Les réactions politiques, les tweets, les commentaires à chaud, Rue 89 les résume en deux lignes, forcément réductrices : « Une partie de la France se réjouit de cette mise en examen, une autre dénonce 'des méthodes au relent politique évident' ». « Les théories du complot fusent à l'UMP », titre le Huffington Post .

Belote et rebelote : après la démission du ministre Jérôme Cahuzac, l'inculpation (comme on disait autrefois) de l'ancien président. « Evénement considérable », écrit Jean Claude Souléry dans La Dépêche duMidi .

Pour Pascal Jalabert, dans Le Progrès de Lyon, « de part et d'autre d'un gouvernement affaibli et d'un ancien président soupçonné, s'ouvrent des boulevards pour les tenants de l'anti-système. »

Souléry reprend : « Les juges ont pris goût au jeu de quilles ». « Ils avaient alimenté la chronique de la décennie 90, ajoute Alain Dusart dans L’Est Républicain . Les juges d'instruction libres et indépendants que Nicolas Sarkozy voulait supprimer font leur grand retour. »

Un retour et une consécration. Cette semaine fut celle de Mediapart , pour Le Huffington Post . Affaire Cahuzac, affaire Bettencourt, c'est le site d'information qui a lancé les deux. Evidemment, Mediapart ne se prive pas de le rappeler et de rappeler, aussi, les commentaires lorsqu’avaient été publiés les enregistrements pirates du majordome des Bettencourt. « Méthodes fascistes » avait dit Xavier Bertrand. Toujours à l'UMP, Eric Raoult avait traité le journaliste Fabrice Arfi de « collabo ». Le président Sarkozy lui-même parlait de « calomnie ».

Toute cette semaine, en marge du traitement des affaires, s'est développé ce débat autour de l'utilité et des méthodes de Mediapart . Débat qui tourne largement à l'avantage du site d'Edwy Plenel en ce mois de mars 2013. "Ce que reprochent ses détracteurs à Mediapart , écrit Pierre Marcelle dans Libération , c'est de ne pas nous laisser nous habituer aux affaires". Des détracteurs il en reste, tel le vice président de l'UMP Guillaume Peltier, qui présentait Edwy Plenel comme un « petit Robespierre en chef » sur Le Huffington Post , avant même la mise en examen de Nicolas Sarkozy.

Conséquence ?

La dernière avanie en date pour le gouvernement passe un peu moins au premier plan. Quoique… Elle est tout de même à la Une du Figaro et de Libération . « Fiscalité : le boulet de Hollande », titre le premier. « Hollande boit la taxe » titre le second. La taxe à 75% va être passée par pertes et profits au bilan des promesses de campagne. Le conseil d'Etat confirme le risque d’inconstitutionnalité.

Dans Les Echos , l'économiste et député socialiste Pierre Alain Muet essaye de rattraper le coup : « l'important, c'est de créer une taxe sur les rémunérations excessives. »Dans le même journal, Cécile Cornudet rattrape le boomerang que constitue cette taxe symbole. « C'est l'incarnation de ces mesures qui font gagner une élection mais perdre des points une fois au pouvoir. »

Elle ne fait que des mécontents, selon la journaliste : « Elle n'existe pas et pourtant, d'un côté, chefs d'entreprise, économistes et responsables UMP ne voient qu'elle, comme un symbole de ce pouvoir qui ne comprend pas la gravité de la crise. Quant à la gauche de la gauche, elle constate elle aussi une mesure restée à l'état de symbole, dans le sens cette fois de fumée. »

A la Une du Parisien-Aujourd’hui en France : la vie n'est pas un long fleuve tranquille

C'est une histoire qui ressemble de très près au scénario du film que raconte le journal. Deux bébés échangés à la maternité. Dans le film c'était volontaire là il s'agit d'une erreur, dans une clinique de Cannes. Et les familles l'ont appris via un test ADN alors que les deux petites filles avaient 10 ans. L'une des deux mamans raconte le ciel qui lui est tombé sur la tête. L'une des deux jeunes filles, Manon, 19 ans aujourd'hui, explique qu'elle n'avait qu'une peur, qu'on la sépare de sa mère, celle qui l'avait élevée, non pas la mère biologique.

Car ironie de l'actualité, à travers cette histoire, on retrouve des thèmes abordés lors du débat sur le mariage et l'adoption pour tous. Qui sont les vrais parents ? Les parents biologiques ou ceux qui éduquent un enfant ? Dans cette affaire, la maman de Manon, ne demande pas à échanger la fille qu'elle a élevée contre celle qu'elle a mise au monde. D'ailleurs les deux familles n'ont plus de contacts. Mais elle demande que la responsabilité de la clinique soit reconnue.

Quoi d'autre dans la presse ?

Toujours dans la continuité du débat sur l’adoption pour tous, dans Femme actuelle , sondage Ifop sur les nouvelles façons d'avoir un bébé. 51% des Français seraient favorables aux mères porteuses. 51% aussi favorables à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes.

Une information à prendre avec toutes les précautions d'usage. Le journal du Centre la met à sa Une. Deux hommes de Nevers ont été interpellés la semaine dernière puis incarcérés. Ils sont accusés de viols et agressions sexuelles sur six enfants et adolescents. L'enquête de police a commencé fin 2011 sur dénonciation des enfants. Une information judiciaire a été ouverte en novembre dernier.

La bataille des chefs à l'UMP pourrait elle reprendre ? Confidentiel Libération . Une phrase attribuée à Jean-François Copé et mise entre guillemets : « Si Fillon renonce, (à se présenter à la tête de l'UMP), il n'y a plus d'accord donc plus d'élection. »

Dans Marianne , l'appel pour une nouvelle loi sur les signes religieux après la décision de la cour de cassation d'autoriser la salariée d'une crèche privée à porter le voile. Appel signé par Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Jean Glavany ou encore Jean-Michel Baylet

Et puis « Le duel chargé d'histoire », comme l'appelle France Football . Croatie Serbie ce soir en éliminatoires de la coupe du monde. En 1990, juste avant l'éclatement de la guerre en ex- Yougoslavie, cette même rencontre avait donné lieu à des violences. Dispositif policier important ce soir.

Dans L'Equipe , l'ancien sélectionneur croate Miroslav Blazevic préfère se souvenir d'un autre match, en 1999, alors que le contexte était bien plus brulant qu'aujourd'hui. Yougoslavie-Croatie à Belgrade. Début de la seconde mi temps, coupure d'électricité, le stade dans le noir. Les joueurs serbes avaient pris leurs adversaires croates dans les bras pour les protéger de tout envahissement de la pelouse.

Bon week-end !

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