16 novembre 1976 : la revue de presse aurait pu commencer comme ça : "Gabin est mort, Giscard est dans la merde, le beaujolais est bon... la France continue". Ou alors, le 2 janvier 77, le jour où le patron de presse Emilien Amaury se tue à cheval... "Le cheval d'Amaury se sort indemne d'un accident". Il suffisait pour cela de citer "Libération"... Novateur, inventeur d'un ton, insolent... Loin, très loin du conformisme d'aujourd'hui. C'était l'époque où ce journal pouvait sortir parfumé, ou un autre jour imprimé sur du tissu...Une sorte d'âge d'or de la pensée libre... C'était "Libé", un journal qui fleurait bon mai 68...C'était il y a longtemps. Aujourd'hui, vous ne trouverez pas "Libération" dans les kiosques, pour cause de grève... illimitée...Bras-de-fer des salariés contre le projet de suppression de 38 postes... Une première au sein du journal. Aujourd'hui, les confrères du quotidien de Serge July lui consacrent bon nombre de colonnes... A commencer par 'Le Monde", qui publie un grand article où il nous explique la double crise que subit "Libération". Une crise d'identité d'un journal, qui est peut-être et avant tout celui d'une génération...D'où la question cruciale : qu'a-t-il à dire aujourd'hui ? D'ailleurs des études d'opinion sur ce journal montrent qu'il serait aujourd'hui marqué par une pensée unique, associée à une gauche désabusée... Qu'il n'aurait plus de capacité à s'émouvoir et à faire preuve de générosité. Amer constat, partagé par une rédaction qui veut au contraire un journal plus incisif, plus surprenant... Et qui prenne des risques. L'autre crise, elle est industrielle, et elle touche toute la presse écrite d'ailleurs... Alors il a fallu trouver un partenaire... En l'occurrence, Edouard de Rothschild... "Pas grand'chose à voir avec l'esprit "Libé", note "Le Monde"... "On voit concrètement ce que signifie avoir un financier à la tête d'un organe de presse", se lamente un journaliste de "Libé" dans les colonnes de "L'Humanité". "Ce plan social, c'est de la casse", confie un autre à son confrère du "Figaro"... "Comment Serge July peut-il cautionner un tel plan ?", s'énerve son collègue... Donc, grève. Grève également à la SNCF... Mais là, l'accueil, dans les journaux, est extrêmement frais... Disons que cette grève n'a pas bonne presse. A en juger par le titre du "Parisien" notamment... "A quoi joue la CGT ?"... "La vérité, c'est que ce mouvement ressemble à une comédie, et que les employés de la SNCF, de même que les usagers, sont pris dans une bataille d'intérêts qui les dépasse", répond Nicolas Barré dans "Le Figaro". "Non, personne n'est dupe des enjeux syndicaux sous-jacents", ajoute Jacques Guyon dans "La Charente Libre", qui nous rappelle que la CGT joue gros, après ce qui est apparu comme une reculade de Bernard Thibault dans le conflit à la SNCM. Et le journal "Les Echos" ajoute que la CGT déclenche cette grève pour se positionner en vue de son congrès, en avril. Voilà qui suscite à Paul Burel, dans "Ouest France", cette réflexion... "La SNCF est décidément atypique, désespérément singulière... Voilà pratiquement la seule entreprise en France où les principaux syndicats refusent d'encaisser un chèque d'intéressement substantiel, contre l'intérêt et l'avis même de leurs troupes... Voilà surtout le seul bastion syndical où l'on déclenche l'arme atomique de la grève pour combattre des menaces non avérées, des décisions fantasmées, des phobies". Ce à quoi "L'Humanité" répond, au contraire, qu'en engageant dans l'unité un mouvement de grève reconductible, les salariés de la SNCF défendent non seulement leur intérêt de travailleurs et l'intérêt de leur société, mais aussi le droit de tous les citoyens à bénéficier, sur l'ensemble du territoire, d'un service public de qualité. L'éternel débat... D'ailleurs, dans la presse, vous retrouverez les sempiternels propos des uns et des autres... Les usagers que la grève énerve ou, au contaire, ceux qui comprennent les cheminots... Alors reportons-nous au dessin du "Parisien" qui, lui, a au moins le mérite de l'humour... On y voit un voyageur sur le quai, qui dit à un cheminot en grève : "Je sais où je vais, mais je ne sais pas comment"... Alors le cheminot répond : "Bien, nous, c'est le contraire". Aujourd'hui, Jacques Chirac reçoit les partenaires sociaux sur ce qu'il est convenu d'appeler "la diversité dans l'entreprise"... Autrement dit, et pour parler clair : comment peut-on améliorer l'embauche et le sort des jeunes de la banlieue ?... "Les filles et les fils de la République", comme dit Jacques Chirac. C'est un dossier compliqué pour les syndicats, comme nous l'explique "Les Echos". Tout simplement parce que les discriminations, voire le racisme dans l'entreprise, ne sont pas seulement des actes flagrants, facilement identifiables... Non, ce sont des processus complexes et diffus, faits de petites additions, qui finissent par écarter une personne de la société, le tout dans l'indifférence. Et puis il y a le débat sur le décompte des minorités ethniques... Il se trouve qu'il est interdit en France... Mais il faut bien voir le vrai visage de la France, souligne "Les Echos"... Voir pour agir... C'est pourquoi quelques voix s'élèvent pour ouvrir ce débat... Notamment celle d'Azouz Begag, le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances. Quant aux syndicats, qui vont avoir à plancher sur le sujet aujourd'hui à l'Elysée... Peut-être arriveront-ils sur la pointe des pieds... Parce que, sur la cinquantaine de dirigeants confédéraux qu'ils regroupent, un seul est issu de l'immigration non-européenne. "Le Parisien" également s'intéresse à ce sujet, sous l'angle de la diversité... La diversité à la télé. Bon, la télé n'est pas forcément une entreprise plus intéressante que les autres, mais par définition elle touche beaucoup de monde... C'est une véritable vitrine... Alors évidemment, si elle osait la diversité, l'impact serait fort. Alors l'ose-t-elle ?... Eh bien, oui et non... Oui, à l'image de ces trois visages qui s'affichent dans "Le Parisien" : ceux de Sébastien Follin, le Monsieur Météo de la Une... Harry Roselmak, présentateur du journal de la mi-journée sur Canal +... Et Audrey Pulvar, présentatrice du 19-20 sur France 3... Non, comme le remarque Yannick Noah... A la télé, comme dans la musique, il y a trop peu de place pour les mélanges... Cela reste très formaté. En tout cas, c'est Canal + qui fait le plus gros effort... France 3 également est bien placé. Oui, avec l'enquête que propose "La Croix"... Cinq semaines d'enquête sur les jeunes en France... Les 20-30 ans... Qui sont-ils ?... Que veulent-ils ?... Comment sont-ils ?... Hier, on voyait à quel point ils étaient très sages... Pas vraiment contestataires... Pas rebelles du tout... Alors, amorphes, endormis, aseptisés... Non, bien sûr... Mais pas très gênants pour l'ordre établi, tout de même, ces jeunes. Et la première raison, c'est peut-être parce qu'ils estiment qu'ils ont grandi dans le changement et la nouveauté, eux les fils et les filles de la génération 68... Et que comme ça, ça va très bien. On va en parler avec vous, Dominique Gerbeau... Rédacteur en chef à "La Croix"... Alors, dans le sondage que vous publiez aujourd'hui, on s'aperçoit que l'éducation des parents n'est absolument pas remise en cause... Qu'est-ce que ça traduit ? Cinq semaines d'enquête, c'est long... Merci, Dominique Gerbeau... Et puis il y a aussi le cas d'Edwige et Fabrice... Bernard Gorce raconte leur dimanche... Un dimanche entre Vincennes et Montreuil... Edwige va regarder jouer son fiancé au football... Parce que c'est comme ça... Edwige aime Fabrice, Fabrice aime le foot, et c'est très bien ainsi. Voilà ! J'en termine avec cet étrange salon, dont nous parle "France Soir"... Il s'appelle Milipol... C'est le salon international de la sécurité... Un charmant espace où l'on peut aller admirer des grenades lacrymogènes, des caméras infrarouge, et même des mines qui ne tuent pas. Ce salon est inauguré aujourd'hui... En plein coeur d'une actualité qui lui donne une sorte de raison de vivre... D'où le titre de "France Soir" : "Le supermarché de l'anti-émeute"... Alors, sans surprise, les visiteurs, soucieux de régler leurs problèmes de violences urbaines, investiront par exemple dans le barbelé à triple épaisseur... Histoire de décourager ceux qui voudraient brûler leur nain de jardin... Ou plus sérieusement, vous pourrez découvrir le matériel de la police et des douaniers, ou cette fameuse mine qui ne tue pas... La mine humaine, si vous voulez, qui ne fait que paralyser pendant cinq secondes... Le temps de maîtriser, par exemple, un militant de Greenpeace qui voudrait investir une centrale nucléaire... Dans le secteur de la sécurité, on innove, mine de rien. Bonne journée !... A demain...

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