(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les trous noirs de l'actualité

(Bruno Duvic) « Ils avaient à peine 30 ans à eux deux », comme l'écrit Bruno Dive dans Sud Ouest . Un jeune homme de 17 ans a violé et tué une adolescente de 13 ans. Agnès est morte, la presse parle beaucoup d'elle encore ce matin et voici ce qu'écrit Michel Lepinay en conclusion de son éditorial dans Paris Normandie :

"Ces crimes atroces, qui ne sont sans doute pas plus nombreux qu'à d'autres périodes du passé, échappent à la raison.

Véritables trous noirs, ils ne sont probablement pas les révélateurs d'une époque, encore moins les marqueurs d'un climat social qui serait par hypothèse trop permissif, ou l'expression d'on ne sait quelle crise morale de notre société.Ils sont plutôt les preuves de la fragilité de notre espèce. Alors bien sûr il faut essayer de s'en protéger. Mais sans illusion. En sachant bien que les raisonnements les plus sensés n'ont que peu de prise sur cette folie là."

Comment éviter de tels drames ? Question à la Une du Parisien-Aujourd'hui-en-France qui détaille les mesures adoptées hier.

  • désormais lorsque se posera la question de la détention d'un mineur soupçonné de crime et dans l'attente de son jugement, le parquet requerra son placement en centre fermé. Pour éviter qu'il se retrouve dans un internat en pleine nature comme au Chambon. Mais c'est le juge qui prendra la décision.

  • les services de santé et judiciaire partageront mieux les informations avec l'Education nationale, pour qu'un chef d'établissement accepte ou non un jeune homme accusé de viol en toute connaissance de cause.

Ajoutez à cela un engagement à mieux évaluer la dangerosité des criminels. Pas de critiques radicales ce matin dans la presse.

Libération pointe tout de même 2 contradictions :

  • comment partager l'information tout en respectant le secret des enquêtes

  • placer le mineur accusé d'un crime grave en centre fermé oui, à condition que le jugement ne traine pas trop puisque le placement en centre éducatif fermé ne peut pas durer plus d'un an.

Globalement, les journaux saluent la sobriété des réactions politiques…

…dans le gouvernement et dans l'opposition, à part Benoit Hamon.

Sobriété bienvenue pour les psychologues, sociologues et professionnels de la justice qui rappellent quelques chiffres :

« 9 délinquants sexuels sur 10 que nous rencontrons ne récidivent pas et parviennent à se réinsérer » dit à Ouest France Jean Marie Angelini, ancien responsable de la protection judiciaire de la jeunesse du Gard et qui était chargé de l'évaluation de l'assassin présumé d'Agnès.

Il en reste donc un... "Dire que quelqu'un ne récidivera jamais est une vue de l'esprit"

Et puis il y a le blog du sociologue Laurent Mucchielli que vous citiez tout à l'heure Patrick, sur lemonde.fr . Un mineur qui viole et tue un autre mineur : la fréquence, de ce genre d'horreurs à l'échelle de la France est entre zéro et un par an. D'autres causes de mortalité des adolescents comme le suicide sont bien plus importantes et bien moins médiatisées.

Evidemment le rappel de ces chiffres ne fera pas revenir Agnès. Conclusion à son père dans les colonnes du Parisien :

« Lors des obsèques, peut-être le week-end prochain, nous organiserons quelque chose, un hommage. J'espère que, par ce message, les parents qui parfois grognent contre leurs enfants se rendront compte que la vie est fragile et qu'il faut se concentrer sur l'essentiel, sur les gens qu'on aime et qui vous aiment. »

Autre trou noir de l'actualité ce matin : la place Tahrir

« Terreur sur Tahrir » titre Libération .

Les manifestants protestent sur la place historique de la révolution contre l'emprise de l'armée à quelques jours des élections. La répression est très dure.

Choses vues, comme un flash back, par Adrien Jeaulmes l'envoyé spécial du Figaro .

"Comme en janvier dernier la place Tahrir s'organise. On s'arrache des masques à gaz et des lunettes de protection. "J'en ai vendu 700 dit un petit colporteur. D'autres se sont enduit le visage d'une décoction de farine et de vinaigre. Des antennes médicales sont mises en place, couvertures jetées sur le sol, infirmiers en blouse blanche, encadrés par des haies de manifestants. (Dans une rue), des scooters évacuent les blessés. Les conducteurs foncent en zigzag à travers la foule. »

« A une semaine des élections législatives en Egypte, l'histoire n'a pas encore choisi son camp », écrit Vincent Giret dans Libération . « Il y a un appareil militaire crispé et omniprésent qui fait donner la troupe contre les "enragés" de la place Tahrir, des islamistes avides de pousser leur avantage, et une jeunesse éprise de liberté qui se refuse à capituler. Toutes ces forces sont en ébullition dans la grande forge politique qu'est devenue l'Egypte. »

Sentiment d'un retour en arrière mais la chute de Moubarak ne date que de février.

Toujours dans Libé, l'écrivain égyptien Alaa el Aswany met un peu de perspective historique dans l'actualité immédiate " Si on regarde où en était la révolution française de 1789 9 mois après la prise de la Bastille, il n'y avait pas grand chose. Une révolution n'est pas obligée de marquer tous ses goals en quelques mois"

Sentiment de retour en arrière dans Libération , mais en Tunisie, l'assemblée constituante élue le 23 octobre vit aujourd'hui sa séance inaugurale. Drôle de majorité : le parti islamiste allié à deux formations de gauche.

Mais pour Olivier Berger dans La Voix du Nord , la Tunisie avance, à petits pas historiques. "Elle avance par la voix que les urnes ont choisi, elle improvise, elle tâtonne. (…) Ce n'est pas sans danger (…) mais la Tunisie peut être fière de son cheminement. (…) La révolution de la dignité s'accroche et s'organise pour réussir ses paris sur l'avenir.

Dernier trou noir de l'actualité : la crise de la dette, encore et toujours.

Hier sur les places boursières, l'Europe et les Etats Unis étaient dans la tempête.

Côté européen, ce matin, j'ai dans mon kiosque

  • un Italien en état de grâce selon Le Monde, Mario Monti...

  • un Grec déjà englué dans les négociations politiciennes, Lucas Papademos. L'Europe lui demande de s'engager à respecter le plan d'aide du 27 octobre. Il voudrait bien signer mais sa majorité renâcle.

Un Français comme chez les dentistes, faites « AAA », Moody's menace la triple note de la France titre encore le Monde.

Et puis une Allemande qui en prend plein la figure, Angela Merkel qui ne veut pas laisser les coudées franches à la banque centrale européenne. Grosse colère de Jacques Attali sur slate.fr sur le thème « l'Allemagne est en train de conduire l'Europe au suicide ». Et pour lui, l'Allemagne doit sortir de 4 illusions.

  • elle n'est pas le bon élève de l'Union, sa dette est importante

  • elle est le premier bénéficiaire de l'Union européenne qui a financé en partie sa réunification

  • elle a tout à perdre à sortir de la zone Euro

  • et non nous ne sommes pas dans une situation où l'inflation, grande crainte allemande risque de revenir, pas quand le chômage est aussi élevé.

A demain !

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