Il est étonnant, tout de même, le traitement que fait la presse, ce matin, de l'expulsion des trois Afghans... Scandale à la Une de Libération : c'est "Un charter pour la guerre". C'est "Lâche et indigne", pour L'Humanité. En revanche, pas une ligne dans Le Figaro, et à peine une brève dans Le Parisien-Aujourd'hui. Le traitement le plus intéressant, il est peut-être dans La Croix, qui se demande "comment protéger les migrants afghans ?". Analyses de dix personnalités, hommes et femmes politiques ou responsables d'association... "La première urgence, c'est d'arrêter la chasse à l'homme", répond Noël Mamère. "Je ne demande pas une régularisation massive, mais laissons les associations faire leur travail d'assistance". Sur une ligne proche : la députée Françoise Hostalier, l'une des deux qui se rebellent à l'UMP avec Etienne Pinte... "Avant toute chose, il faut s'assurer que les migrants afghans connaissent leurs droits. La plupart savent à peine qu'ils sont en France. Il faut leur expliquer qu'ils ont la possibilité de demander l'asile. Ensuite, s'ils renoncent volontairement à l'asile, il faut organiser un retour personnalisé et respectueux de leur dignité". Pour beaucoup, la réponse, en matière d'immigration, elle est au niveau européen. Et puis, dans ce dossier, on apprend qu'il existe déjà une mesure d'accueil européenne pour ceux qui viennent d'un pays en guerre. C'est le directeur général de France Terre d'Asile qui le rappelle : "En 2001, avec la crise des Balkans, l'Europe s'est dotée d'une directive de protection temporaire, qui a permis d'accueillir près de 100.000 réfugiés de cette région. Elle pourrait très bien s'appliquer aux Afghans". Philippe Lioret, le réalisateur du film "Welcome", appuie cette idée : "Il ne faut pas raisonner comme si la situation devait durer indéfiniment. Il y a dix ans, les Kosovars étaient légion à Calais. Aujourd'hui, ils sont de retour chez eux". Conclusion de Philippe Lioret assez optimiste tout de même : "Lorsque l'Afghanistan se sera débarrassé des talibans, il n'y aura plus d'Afghans à Calais". Sauf que la guerre en Afghanistan est loin d'être gagnée. Et ce lien entre Calais et Kaboul, c'est le thème de l'éditorial de Dominique Quinio dans La Croix, sous le titre "Causes et effets"... "Le cas afghan, écrit-elle, a le mérite de tisser un fil entre les événements et d'obliger de suivre l'enchaînement des causes et des effets, et des responsabilités occidentales. Le renvoi sur leur sol de sans-papiers afghans les éclaire d'une lumière crue. Ces hommes, que l'Europe ne se donne pas les moyens d'accueillir, sont ceux que l'on prétend défendre en engageant la vie de soldats français ou britanniques. Où est la cohérence ?". (Nicolas Demorand : En bref, d'autres informations dans la presse, ce matin... Première série d'infos à la rubrique International) "Alger sur une poudrière"... L'article est dans Le Figaro. Des affrontements très violents ont opposé les habitants de la cité Les Maisons du Soleil à la police lundi et mardi. Bilan provisoire : une cinquantaine de blessés. Depuis quelques mois, ces scènes de protestation qui dégénèrent en émeute ont secoué plusieurs localités de province. Parmi les explications : un sentiment d'injustice. Alors que les couches populaires tirent le diable par la queue, les clientèles du régime affichent un luxe ostentatoire. Quel jeu la Chine joue-t-elle en Afrique ? Alors que la junte au pouvoir en Guinée est menacée de sanctions par la communauté internationale après le massacre du 28 septembre dernier, Pékin fait du business avec les militaires. La Chine négocie actuellement des contrats sur le pétrole et les minerais, nous apprend Courrier International. Génération Starbucks... Le quotidien italien La Repubblica, repris par Les Echos, relève qu'on boit désormais plus de café que de thé vert au Japon. L'arrivée de la chaîne américaine au Pays du Soleil Levant ne serait pas étrangère à ce petit changement dans la civilisation japonaise. (ND : Et puis l'affaire Jean Sarkozy, encore et toujours, dans la presse) Regard de la presse étrangère, dans Courrier International... Et comme souvent, elle est à la fois plus clémente et plus sévère que sa cousine française. Sévère et shakespearien, le titre de Une de Courrier : "Quelque chose de pourri dans le royaume de France". Ensuite, il y en a sur tous les tons et tous les modes. Ironie dans un journal du Burkina Faso... "Que Jean Sarkozy suive les traces de Jean-Christophe Mitterrand, le célèbre Papa-m'a-dit, n'a rien d'ahurissant : Joseph Kabila au Congo, Faure Gnassingbé au Togo ou Ali Bongo au Gabon, ont tous le nom présidentiel de leur géniteur". Le ton est vengeur dans le journal italien Il Sole... "Paris n'a plus la carrure morale ni même le style adéquat pour se permettre de donner au monde des leçons de civilisation". On relativise dans le monde arabe, où "les républiques héréditaires sont la norme", écrit le journal Al Hayat. "En France au moins, la critique et la caricature s'expriment publiquement". La Libre Belgique rappelle que, "de Pompidou à Chirac en passant par Giscard et Mitterrand, presque tous les hôtes de l'Elysée ont favorisé leur descendance". Enfin le Süddeutsche Zeitung, à Munich, regrette que "la malédiction de l'Elysée ait encore frappé". Car, pour le quotidien allemand, qui invente l'expression "sarkocratie", "le Président de la République ne manque pas de talent, de courage et de bonnes idées. Ce qui lui manque, c'est un rival politique fort, qui l'obligerait à mettre des limites à son orgueil. C'est aux citoyens eux-mêmes, en tant qu'électeurs, qu'il reviendra de freiner leur chef de l'Etat". Voilà pour ce dossier dans Courrier. Dans Politis, vous trouverez la compilation des "plus gros bobards de Sarkozy" : promesses non tenues ou carrément piétinées. Je vous en cite trois : - les contreparties à la baisse de la TVA dans la restauration ; - "plus de SDF d'ici à deux ans" : les propos relevés par Politis datent de 2006 ; - et puis "Afrique : il faut se débarrasser des réseaux d'un autre temps". Parlez-en aux Gabonnais... Et puis, dans la presse, beaucoup de commentaires indignés sur les attaques de l'UMP contre les journalistes qui multiplieraient "les vilénies quotidiennes", selon le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre... Mais tout de même un éditorial dissonant, sur le site Causeur.fr... "Médias persécutés ? La bonne blague !", s'exclame Elisabeth Lévy. Elle dénonce les réflexes pavloviens et corporatistes des journalistes. "A peine Frédéric Lefebvre a-t-il lâché sa bourde que la contre-offensive se met en place. La ligne est simple : c'est la liberté qu'on assassine. Nous sommes tous des Anna Politkovskaïa. Résultat : l'affaire Lefebvre a provisoirement chassé de la Une le scandale Jean Sarkozy. La ficelle 'c'est la faute aux médias' marche encore". Sur ce thème, France Inter en prend plein la figure, sous la plume d'Elisabeth Lévy, qui cite même notre éditorialiste Thomas Legrand : "Le pouvoir n'admet pas les contre-pouvoir". Conclusion d'Elisabeth Lévy : "Le pouvoir médiatique ne les tolère pas plus". Autre édito virulent, ce matin : Claude Imbert dans Le Point, toujours sur le fond des affaires en tout genre... "Le vrai pouvoir, aujourd'hui, ce ne sont ni les hommes politiques ni les journalistes : c'est l'opinion. L'opinion soumet de plus en plus le processus politique à sa loi. Et sa loi, c'est le précipité émotionnel et le prestige de l'image. La politique se plie à la télé-réalité. Après les grandes hiérarchies effondrées de l'Eglise et de l'école, la hiérarchie politique en prend pour son grade. Le populisme prend sa revanche. Il a envahi l'audiovisuel. Quant aux blogs à l'abri de l'anonymat, ils infiltrent l'opinion de rumeurs insanes et de trouvailles non vérifiées. Les corbeaux volent bas. Attention : la tyrannie de l'opinion peut envoyer d'un coup de lune la démocratie au fossé. Car, à la différence des autres pouvoirs, aucun obstacle ne peut la retenir". (ND : D'autres informations en bref... cette fois, à la rubrique Politique) La petite musique de Vincent Peillon, dans Le Parisien... Il se prononce pour des alliances avec le MoDem aux Régionales, ce dont ne veut pas Martine Aubry. Citoyens, à vos caméras... Le Parti Communiste a désormais sa télévision sur Internet. Elle s'appelle AlternaTV. Le faire-part de naissance est dans Le Parisien et L'Huma. Et puis la plainte de Brice Hortefeux contre un avocat pour "injure envers la police"... C'est dans LePoint.fr. En marge d'un procès d'Assises dans le Jura, Maître Ripert aurait qualifié de "bonne nouvelle" la mort d'un gendarme lors d'un contrôle routier. "Accusation honteuse, répond l'avocat : c'était des propos privés sous forme de boutade. Ils ont été sortis de leur contexte". Allez... Un peu de douceur, pour finir... Dans Le Figaro, Eric Neuhoff rend hommage à François Truffaut, mort il y a 25 ans. "Il est devenu comme un grand frère qui ne vieillirait jamais. Avec lui, la vie consistait à s'asseoir au premier rang de la cinémathèque, à interviewer Hitchcock, à se demander si les femmes sont magiques (toujours pas de réponse). Ses films appartiennent au paysage français, comme la Place Clichy, la Tour Eiffel et les chansons de Trenet. Ils sont tous à la première personne. On y observe le cheminement de la passion, les méandres du sentiment, la cocasserie du quotidien. Dans nos Chambres Vertes intimes, sa photo trône en bonne place. Ses films sont des bougies qui ne s'éteindraient pas. Sans en avoir l'air, François Truffaut a atteint une sorte d'éternité". Petit conseil pour oublier les horreurs et les polémiques de l'actualité : glissez dans un coin de votre esprit quelques titres de films de Truffaut : - "Baisers volés" - "La Peau douce" - "L'Enfant sauvage"... Vous verrez : ça fait du bien... Bonne journée...

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