Patrick Cohen: 8h et demi, la Revue de Presse à deux voix comme chaque vendredi. Bonjour Guyonne de Montjou. Vous avez lu la presse étrangère. Bonjour Bruno Duvic. Vous avez lu la presse française. Et on commence avec une photo surprenante à la Une du Herald Tribune... Guyonne de Montjou : Oui, une photo de barres d'immeubles toutes grises prises à Belgrade... Banal à première vue, mais dans le coin, en bas à droite, un cercle rouge entoure une fenêtre au 6ème étage. C'est là que pendant trois ans Ratko Mladic se serait caché. L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, criminel de guerre le plus recherché d'Europe, a vécu au coeur de Belgrade jusqu'en 2006 comme un citoyen lambda. Il sortait peu, recevait des visites et des provisions. Cette photo bizarrement cadrée montre à quel point on ne recherche pas Ratko Mladic au bon endroit. Il court toujours d'ailleurs, celui qui a ordonné le massacre de 8.000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica il y a dix ans. Patrick Cohen : A la Une de la presse française, Bruno, encore et toujours le conflit des retraites. Mot-clé ce matin : blocage... Bruno Duvic : "Blocage et vote bloqué" comme le titre L'Est-Républicain... Le gouvernement accélère le vote au Sénat explique Le Figaro. Le texte pourrait être adopté dès aujourd'hui. C'est "un coup de force et une fuite en avant autoritaire" pour L'Humanité. C'est "La ligne dure" pour Libération. "Alors personne ne cède" comme le titre Ouest-France. Les syndicats prévoient deux nouvelles manifestations. On se dit que le conflit pourrait aller au-delà des vacances. Blocage politique donc, blocage économique ou pas ? Les Echos parlent d'inquiétude pour l'économie. "La France se grippe" titre La Croix. Une ville incarne cela : c'est Marseille au bord de l'asphyxie selon La Provence. Dix jours sans ramassage des ordures, (des décharges sauvages) apparaissent, plus de trois semaines de blocage du port, un mois sans cantine scolaire. La ville s'enlise. Marseille, ville symbole... Lyon aussi... Si globalement les casseurs sont minoritaires dans le mouvement, à Lyon, les heurts avec les forces de l'ordre sont quotidiens. Selon Le Progrès, c'est le fruit d'une longue histoire entre la ville et sa banlieue. Les premières émeutes urbaines sont venues des Minguettes à Vénissieux. Le Parisien relève une autre ville où les casseurs sévissent... encore une banlieue, parisienne cette fois-ci : Nanterre. Guyonne de Montjou : Eh bien à Nanterre justement, ce reportage de Katrin Bennhold à lire dans le Herald ce matin. La journaliste décrit son arrivée surréaliste dans la grande université : au lieu d'affiches racoleuses sur la prochaine soirée mixée par le DJ à la mode, ou des plans étudiants pour passer un week-end à Londres : un drap tendu, vertical, qui parle de retraites. La journaliste s'étonne : comment des jeunes de 18 ans peuvent-ils se passionner pour quelque chose qui adviendra dans plus de trente ans ? Et la journaliste de conclure que c'est une curiosité française, une sorte de rite étudiant initiatique que ces manifestations. La raison est à trouver du côté des parents et des professeurs qui ont raconté leurs manifestations en 68 avec nostalgie. Les jeunes veulent eux aussi faire la révolution. La différence, note Daniel Cohn-Bendit, c'est é « qu'à l'époque, on avait de l'espoir ». Aujourd'hui, les jeunes sont surtout hyper angoissés par la conjoncture et le chômage. Bruno Duvic : Oui, mais le rite s'éternise... Et du coup, la presse française pose des questions de fond sur notre société... Depuis quelques jours maintenant, tout le monde a compris que la grogne allait au-delà de la question des retraites. Il y a quinze ans, Jacques Chirac parlait de "fractures sociales". Ces fractures françaises n'ont cessé de s'approfondir depuis, et pas seulement dans les banlieues. Le site Internet de Marianne publie des extraits d'un livre sur ce thème. Deuxième question autour de la valeur travail en France. Edito de Jacques Julliard dans Le Nouvel-Observateur... Pour sauver leurs régimes de retraites, les Français sont prêts à des sacrifices financiers, mais pas à sacrifier leur temps libre. Le report de deux ans est vécu comme une véritable agression existentielle. La vraie vie commence à 60 ans, le plus grand parti de France, c'est celui du temps libre. Est-ce un archaïsme ou une anticipation se demande Jacques Julliard ? "Je ne sais pas !". Archaïque ou en pointe cette France où la sociale semble faire un retour en force sur fond de crise ? C'est la troisième question de fond... Pour Yvan Rioufol dans Le Figaro, ce que produit la tradition contestataire est un affaiblissement supplémentaire du pays. Dans Les Echos, le spécialiste des conflits sociaux, Jean-Marie Pernot, juge ce mouvement frappant par sa profondeur. On ne manifeste pas seulement à Paris, Marseille ou Lyon, mais aussi à Coutances, Hirson et Sarlat. Encore deux notes pour dire ce climat économique et social entre passé et présent. C'est le retour au premier plan de Pierre Mauroy, l'homme des premières années Mitterrand, qui représente le PS dans le débat au Sénat. Et puis ce slogan relevé sur une pancarte sur Slate.fr dans les manifestations, qui a un petit côté lutte des classes : "Rolex à 50 ans... Retraite à 60". Et à en croire L'Humanité, ce retour de la sociale existe ailleurs en Europe. Nouveau reportage sur la contestation en Grèce. Guyonne de Montjou : Il y a aussi une petite voix de contestation en Europe, et sur un tout autre sujet : c'est celle de Silvio Berlusconi qui s'exprime ce matin dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le président du conseil italien déclare que l'Europe manque dramatiquement d'une ligne claire, qu'elle est juste bonne à produire des catalogues de critères et à mettre des bâtons dans les roues. Silvio Berlusconi très en forme quand il a répondu au quotidien allemand, n'a pas balayé devant sa porte : il s'est félicité que l'Italie ait une direction politique stable, un gouvernement fort et une large majorité consensuelle. Il a oublié de dire qu'il atteignait, en ce moment, son pic d'impopularité. Quand le journaliste lui a demandé s'il était prêt à rempiler, il a répondu "Oui" sans hésiter. Je rappelle qu'il a 74 ans, qu'il a déjà été trois fois président du conseil et qu'il a eu une bonne centaine d'enquêtes à ses trousses. Bruno Duvic : Et une question divise l'Europe en ce moment : austérité ou pas, est-ce vraiment le bon moyen pour accompagner le redémarrage des économies après la crise ? A Deauville, cette semaine, Nicolas Sarkozy a obtenu d'Angela Merkel que les Etats en déficit excessif ne soient pas automatiquement sanctionnés. Le Point relève d'ailleurs une photo des deux marchant sur les planches de Deauville. Remember Anouk Aimé et Jean-Louis Trintignant... Chabada Angela-Nicolas. Mais cet accord franco-allemand provoque la désunion européenne titre La Tribune. Le président de la Banque Centrale, Jean-Claude Trichet, ne soutient pas tous les points de cet accord. Cette formule dans la bouche du très diplomate Trichet signifie : chabada, pas du tout... Austérité évidemment : le super plan Weight Watcher en Grande-Bretagne suscite encore des commentaires. Le gouvernement britannique utilise une expression "austérité juste". Est-ce possible ? En tout cas, l'édito du Monde relève que les coupes budgétaires sont accompagnées d'une hausse des impôts qui cible les plus hauts revenus et que les coupes sociales introduisent une progressivité pour protéger les plus pauvres. Patrick Cohen : Aux portes de l'Europe, la Russie et l'arrivée, enfin, du nouveau maire de Moscou... Guyonne de Montjou : En Une de la presse russe ce matin, un visage, pâle, grave, et austère... Sergeï Sobianine, apparatchik docile et droit comme un "i". Il est le nouveau maire de Moscou, ainsi en ont décidé Poutine et Medvedev. Sobianine prend la place du rigolard Youri Loujkov qui était là depuis 18 ans et qui a été renvoyé sur le champ pour son insolence à l'égard du Kremlin. Les commentateurs remarquent qu'avec ce départ, plus personne n'osera tenir tête au tandem Poutine-Medvedev. L'un des deux hommes sera réélu, à l'évidence, comme président de la Russie dans 18 mois. On ignore encore lequel.

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