(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : sur le quai

(Bruno Duvic) A chaque nouveau reportage sur la Grèce, un détail supplémentaire montre la dégradation du climat dans le pays. Je l'avais relevé fin septembre dans cette revue de presse. C'est encore le cas ce matin.

Le reportage est dans le Herald Tribune et le détail supplémentaire, c'est celui-ci : les supermarchés sont désormais autorisés à vendre des produits périmés pour faire baisser les prix. La viande et le lait sont tout de même exclus de la liste.

« Les signes de fracture dans la société grecque sont de plus en visibles, poursuit le Herald Tribune . C'est vrai, les cafés sont toujours pleins, la vie nocturne est vibrante et les touristes sont toujours là, mais derrière les apparences de la normalité, la société grecque se désagrège (…)

Quand le chômage est à 25% - plus de 50% pour les jeunes - les tensions montent entre les générations, entre les employés du public et du privé, entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. Chaque jour dans la presse, des fuites sur de possibles baisses de salaires ou des retraites. Etat permanent d'incertitude, un fond sonore de panique.

Dans ce pays où la démocratie est fragile, le parti neo-nazi Aube Dorée marque chaque jour des points. Les affrontements avec des militants de gauche ou des immigrés sont réguliers. Et la police est accusée de soutenir les néo-nazis, raconte le Herald Tribune , à tort ou à raison. Dans un café d'Athènes, un bloggeur populaire, Pitsirikos, résume le climat : « En Grèce aujourd'hui, il y a des gens qui n'ont rien à perdre, ils sont dangereux. »

Et en France, quel climat ?

Epouvantable ! à en croire la page 2 du Figaro . La date de péremption de la France est-elle passée, faut-il aller ailleurs quand on veut développer son entreprise, s'enrichir, prospérer ? Le débat continue dans la presse.

Et donc dans Le Figaro , enquête d'Isabelle Chaperon et Anne de Guigné intitulée "Fiscalité, ces Français qui partent pour Londres"

Pas de chiffres, mais une collection de citation et de petits faits. "Nous avons un rendez-vous par jour sur le sujet délocalisation" dit un avocat fiscaliste.

Avocats, banquiers d'affaire, consultants, cadres dirigeants, tous disent pis que pendre de leur pays : manque de reconnaissance vis à vis de ceux qui bossent, pas envie de se défoncer pour payer autant d'impôts dans un pays qui ne fait pas les réformes nécessaires, la France ne fait plus rêver... Dans les déjeuners d'affaires on se répète des histoires de redressements fiscaux.

Tellement d'expatriés à Londres que le lycée français Charles de Gaule a refusé 500 élèves. Et pendant ce temps à Paris, au collège St Jean de Passy « mon garçon s'est fait traiter de fils de riches », s'étrangle un financier.

Alors sauve qui peut ? C'est pire qu'en 1981, disent les anciens car Internet a aboli les frontières.

A ce tableau, on peut ajouter les propos d'un des patrons de General Electric, toujours dans Le Figaro : la France envoie des signaux qui n'encouragent pas l'investissement.

Et pourtant...

Et pourtant des groupes étrangers investissent en France. Une page complète là aussi, dans Les Echos . Surprise, les chiffres 2011 collectés par l'Agence française pour les investissements sont bons. 700 investissements recensés, 28.000 emplois créés ou sauvegardés. Et les premières tendances pour 2012 sont bonnes.

Encore un chiffre : 70% des investisseurs étrangers considèrent la France comme un site d'implantation satisfaisant. Les facteurs jugés négatifs comme le coût du travail, celui de la fiscalité ou la faible adaptation à la mondialisation sont compensés par la qualité des infrastructures, la taille du marché intérieur, la qualification des salariés.

Les Echos citent le cas de l'entreprise Mars - les barres chocolatées. En 2009, elle a mis en concurrence deux de ses usines européennes, une en Pologne et celle d'Haguenau en Alsace. En jeu, un investissement de 40 millions d'Euros pour produire davantage de M&M's.

Alors que les salaires sont cinq fois plus faibles en Pologne, c'est Haguenau qui a gagné en remettant à plat tout le fonctionnement du site, sans rogner sur les conditions de travail, au contraire. Exemple, le sucre et la poudre de lait ne sont plus livrés en sac de 25 mais de 500 kilos. Plus rentable financièrement mais aussi moins pénible pour les hommes puisque les sacs sont désormais transportés par des machines.

Alors compétitive ou pas la France ? A en croire le même journal, Les Echos , la perspective d'un choc de compétitivité s'éloigne : le rapport Gallois qui a fuité ce week-end recommanderait une trentaine de milliards d'Euros d'allègements de charge. « L'exécutif prend ses distances », écrit Les Echos .

Il y a ceux qui partent et ceux qui sont coincés chez eux...

« Alertez les bébés ! », titre L'Humanité après la terrible histoire survenue vendredi matin. Une jeune femme attend un enfant grand prématuré. Son médecin l'envoie à la maternité. Une heure de route. Son compagnon est au volant, elle perd le bébé sur le trajet.

Cela s'est passé entre Figeac et Brive et voilà relancé le débat sur le manque de maternités dans certains coins de France. Les services ont été regroupés ces dernières années pour des questions à la fois sanitaires et budgétaires.

"Les arguties comptables de ceux qui trouvent la santé toujours trop chère ne tiennent plus devant les conséquences de leur raisonnement", écrit Patrick Apel-Muller dans L'Humanité .

Dans Libération , Eric Favereau poursuit : « On met en avant les impératifs budgétaires qui iraient à l'encontre des impératifs sanitaires. C'est parfois exact. Est-ce le cas ?

« La jeune femme qui a perdu son bébé aurait pu être transportée en ambulance.

(…) C'est vrai que le département du Lot a des allures de désert médical, une seule maternité à Cahors pour 170.000 habitants. (…) Mais pour qu'une maternité soit maintenue, il faut beaucoup de personnels, la présence continue d'un service de chirurgie, personnel de plus en plus rare.

(…) Contrairement à une idée reçue, en 10 ans, le temps d'accès à la maternité est resté le même : 17 minutes en moyenne.

Mais les inégalités entre départements augmentent. Dans 8 (Alpes de Haute Provence, Ariège, Creuse, Gers, Haute-Corse, Haute-Saône, Lozère et Lot), le temps d'accès médian est supérieur à la demi-heure. Dans ces départements, des solutions particulières devraient être envisagées. »

Quoi d'autre dans la presse ?

L'Union des démocrates et indépendants. Beaucoup d'éditoriaux après le lancement officiel de l'U.D.I. par Jean-Louis Borloo. Plutôt bonne presse, illustration avec l'édito de La Voix du Nord : « Si Jean-François Coppé prend la présidence de l'UMP avec sa ligne de droite décomplexée, l'espace sera sans doute plus large pour la nouvelle formation centriste. »

Dans Le Parisien-Aujourd’hui en France , les accusations du fils d'Antoine Sollacaro, l'avocat corse assassiné la semaine dernière à Ajaccio. "La police est responsable de la mort de mon père". Maitre Sollacaro se battait contre les moyens d'exception dont bénéficient les juges anti-criminalité en Corse et à Marseille - témoignages sous X et renseignements anonymes. Certains enquêteurs avaient fini par transformer son père en cible potentiel, selon Paul Sollacaro.

« Romney talonne Obama dans les sondages ». Titre du Wall Street journal à la veille du dernier débat. 47% d'intention de vote chacun. Obama garde de l'avance dans les Etats clés.

A propos de la presse américaine, terminons avec le New York Times . Comme tous les journaux, il a connu ses ratés, mais il a la réputation d'être l'un des meilleurs quotidiens au monde, l'un des plus exigeants, l'un des mieux informés. En témoigne l'erratum, (la correction) qui a été publié après un article du 18 octobre et repéré par Rue89 .

L'article concernait Ahmed Abu Khattala, suspecté dans l'attaque contre le consulat américain de Benghazi. Le premier paragraphe racontait que, alors que les autorités américaines ont promis de le traduire devant la justice, on l'avait vu récemment siroter un jus de fruit dans un hôtel de luxe.

Erratum ! Ah bon ? On aurait accusé cet homme à tort ? Voici le texte publié par le New York Times . « Une version précédente de cet article décrivait de façon incorrecte la boisson que Ahmed Abu Khattala buvait dans un hôtel de Benghazi, en Libye. Il s'agissait d'une boisson frappée aux fraises et non d'un jus de mangue. »

Voilà sauvée la réputation des producteurs de mangue…

A demain.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.