L'Obs raconte Hector Obalk, qui sur scène monte un show pour nous enseigner Piero della Francesca. Eric Zemmour se transforme en enfant apprenant, devant le cours que donna Isaiah Berlin sur Tolstoï à Oxford, le Figaro. Le Monde explore la dialectique de la République et du cachère, du halal, et du poisson le vendredi.

On parle latin ce matin... 

Et en latin on récite des vers, je me lance... 

Tum capiti inscripsit cealesti haec nomina flamma

TU VATES ERIS

Alors sur ma tête il écrivit ces mots d'une flamme céleste, tu seras poète... 

Et ces vers que je lis dans la Croix furent composés par Arthur Rimbaud, en novembre 1868 pour un devoir scolaire, le collégien de Charleville s'imaginait recevoir sa vocation du dieu Phoebus, et l'écrivait en latin...

In nostros se subiicit artus, tu calo insolitus;  une chaleur inouïe se glisse alors dans mes membres comme l'eau claire d'une fontaine...

On trouve ce poème dans une anthologie bilingue de la poésie latine dans la Pléiade,  2000 ans de poésie pour explorer les rencontres d'une langue magnifiée: "cette mosaïque où chaque mot par son timbre, sa place dans la phrase, l'idée qu'il exprime, fait rayonner sa force", ainsi parlait Nietzsche à propos des odes de Horace, etes vous tentés...

Et le latin de la Croix est un des bonheurs exigeants de la presse ce matin, s'y risquer loin du tout venant est peut-être une manière de suivre ces mots d'un chef d'Etat prononcés hier à la Sorbonne, qui marquent la une de la Voix du Nord, "nous continuerons professeur", tandis qu'une  photo, d'un militaire en képi qui tient entre ses mains le portrait de Samuel Paty, photo magnifique dans les tons gris bleutés de notre peine, s'affiche identique aux unes du Progrès, du Dauphiné de Vosges matin et de Libération. Il était enseignant Samuel paty, alors lisons et enseignons-nous, on en sera surpris de surmonter les rancoeurs. 

Dans le Figaro, un chroniqueur de polémiques odieuses, bat des mains comme un enfant apprenant, Eric Zemmour, oui lui, se ravit d'un livre publié aux Belles-lettres, un cours que donna à Oxford dans les années 50 le grand professeur Isaiah Berlin sur Tolstoï et Guerre et Paix... Berlin divisait les écrivains  entre Renards  les hérissons, les hérissons étant les théoriciens des grands systèmes globaux, les renards étaient fascinés par l'infinie variété des choses, Tolstoï se croyait hérisson, il était un renard, il croyait dire la vérité, il disait ce qu'elle n'est pas. Zemmour, ce méchant hérisson de nos déclins, saurait-il redevenir renard...

Dans l'Obs, on découvre un vagabond céleste qui nous apprivoise les géants de la peinture et citant Leonard de Vinci, le corrige, la pintura e cosa mentale, la peinture est une idée, oui mais pas que ça, il y a le savoir faire, dit  Hector Obalk, qui trois fois par semaine, au théâtre de l'atelier, paris  s'offre en spectacle pour raconter "Toute l'histoire de la peinture en moins de deux heures", un show d'images et de paroles rythmé à la seconde pour nous faire comprendre la différence entre un bon Piero della Francesca et un moins bon, Obalk a passé sa vie dans les musées et à tenter les diables, il a vécu d'expédients, il a fait de la télé chez Ardisson et sur Arte et chassé des écrans est devenu un "philosophe de l'esthétique" dit-il, il dit qu'il aussi qu'il n'est pas modeste, pourquoi le serait il, son spectacle, sera un jour à l'Olympia...

Et on parle d'une révolte...

Qu'exprime sans modestie l'Ardennais qui ose ce matin unanime faire sa Une sur Rimbaud, le revoilà, avec ce titre "PanthéNon", quatre pages pour abattre l'idée d'un transfert au Panthéon du poète qui repose au cimetière de Charleville, on se fâchait là-dessus avant, mais le journal ne désarme pas; parmi ses arguments je retiens celui-ci , très politique: on ne peut pas envoyer à la Province le message suivant, "quand Paris veut, Paris prend" . L'Ardennais me dit aussi que la famille est contre, et me présente Jacqueline Teissier Rimbaud, une arrière petite nièce , elle dit que sa grand-mère appelait arthur "ce chenapan", elle dit aussi qu'entre Verlaine et Rimbaud, il n'y avait pas d'amour, "Qu’est-ce qu’ils ont fait ensemble à part boire un peu d’absinthe ?", elle dit enfin qu'à Charleville on fleurit les tombes et qu'Arthur ne doit pas aller à paris, là-bas il aurait froid. 

On l'aime donc bien dans sa ville Arthur, on a baptisé de son nom un concours de poésie, il s'agissait d'écrire un sonnet à la façon de Rimbaud, un prof de lettres à la retraite , Pierre Bénard, l'a emporté sans être rimbaldien dit-il mais il a lu, son oeuvre finit ainsi. 

« Fumer, rêver, filer l’ennui méticuleux. Sous l’oeil creux d’un pandore ivre et somniculeux. Tels sont mes soirs de joie en ce chef-lieu morbide...

Allons. Pas si loin de Rimbaud le chenapan, Libération teste la jeunesse et raconte un livre monté comme une expérience par un universitaire , "Philosopher à vingt ans", des textes écrits par  des étudiants du master de philosophie de Paris 1..Thème de ces textes, la crise, pépite relevée, une déconstruction de Bourdieu par un jeune homme nommé Mael Chiha, qui montre que le maître lui-même était prisonnier de l'idéologie occidentaliste...

Libération au passage me raconte une vieille dispute entre un jeune penseur et son oncle prestigieux il y a huit décennies: le grand Emile Durkheim disait qu'une crise porte en elle l'anomie, la perte des normes, Marcel Mauss trouvait qu'une crise était plutôt un état où les choses irrégulières deviennent la règle, le moment oui ca ne colle plus, comme "la gelée de viande qui fond", il avait compris ça chez sa bouchère..

Et donc on parle nourriture...

Et le Monde transmute en intelligence une facilité télévisée du ministre de l'Intérieur Darmanin, que dérangent les rayons cachère ou halal dans les supermarchés. L'historien Pierre Birnbaum raconte alors comment depuis Voltaire notre idéal universaliste rencontre les particularismes alimentaires,  la jeune République se rêvait comme un grand banquet national, les catholiques qui  mangeaient du poisson le vendredi risquaient alors la prison comme mauvais patriotes, et certains considérait que les juifs, mangeant cachère, ne pouvaient être émancipés puisque ne mangeant pas avec les français... Puis notre raison a dissocié l'amour de la patrie du régime alimentaire... Mais les accommodements raisonnables sont attaqués dans nos temps crispés... La France est parfois une ile, Birnbaum raconte que l'on servit des repas cachères à des rabbins invités au grand banquet du 4 juillet 1788, l'indépendance des Etats-unis... Sommes-nous différents...

Nous pouvons aussi nous en réjouir.

Dans un texte brillant que publie encore le Monde, deux professeurs de Princeton,  notre  Hugo Micheron et son collègue Bernard Haykel, racontent comment l'Amérique d'aujourd'hui ne comprend rien à ce que vit la France frappée par le djihadisme, la gauche démocrate ne défend guère la liberté de parole, si elle offense des minorités, la droite trumpienne accuse en bloc tous les musulmans... A se comparer, nous allons bien encore professeur.                                                                                             

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