(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : mélodie en sous-sol

(Bruno Duvic) Vous vous souvenez de la scène finale de ce film d'Henri Verneuil avec Jean Gabin et Alain Delon ? Une valise de billets planquée au fond d'une piscine s'ouvrait. Et les biftons remontaient à la surface les uns après les autres...

He bien les affaires de la droite, selon Bruno Dive dans Sud-Ouest , c'est "Mélodie en sous-sol". La guerre entre chiraquiens et balladuriens remonte à la surface. Après les valises de la Françafrique qui impliquait les chiraquiens, l'enquête avance sur les rétro-commissions venues du Pakistan (les ventes de sous-marins) et d'Arabie Saoudite (vente de frégates) dans les années 90. Elle implique les balladuriens.

Rétro-commissions... De quoi s'agit-il ?

"Pour faire simple, répond Hervé Favre dans La Voix du Nord , dans un premier temps la France rémunère grassement (et légalement à l'époque) des intermédiaires qui lui ont permis de décrocher des contrats ". Ce sont les commissions

"En retour, (cette fois-ci illégalement), les intermédiaires auraient renvoyé en France une contribution volontaire à la vie politique locale !" Ce sont les rétro-commissions.

L'intermédiaire soupçonné s'appelle Ziad Takieddine. Ceux soupçonnés d'avoir reçu sa "contribution volontaire", sous forme de mallettes de billets, ce serait l'équipe de campagne d'Edouard Balladur en 1995, en l'occurrence son directeur de campagne Nicolas Bazire (en garde à vue hier) et Thierry Gaubert (mis en examen).

Financement politique : "La Sarkozie en garde à vue" titre Libération .

Les deux hommes sont des proches du président, ce qui n'est pas le problème en soi. Mais lui-même était ministre du Budget d'Edouard Balladur et porte-parole de sa campagne. "Difficile de croire qu'il ait tout ignoré de ces arrière-cuisines politiques", écrit Libé.

Autre détail de l'enquête, c'est un rappel sur Mediapart , très en pointe sur cette affaire depuis le début.

Le Parisien-Aujourd'hui-en-France rappelle la version de l'Elysée, qui avait été donnée par Claude Guéant en 2010 : le chef de l'Etat n'a eu à aucun moment à approuver des commissions.

Alors, les ex balladuriens sont-ils victimes d'allégations calomnieuses ? "L'exécutif a les moyens de faire progresser la vérité, estime Rémi Godeau dans L'Est Républicain . Qu'il accepte de déclassifier les documents de la Défense. Qu'il ouvre les archives du Conseil constitutionnel. Au plus vite"

Takieddine, Bourgi, et les autres, "Les Dossiers qui font peur à Sarkozy" titre Le Nouvel Observateur , très bien informé également.

Parmi ces dossiers, il y a toujours l'affaire Bettencourt. Où en sont les relations entre la mère et la fille ?

Laurence de Charette répond dans Le Figaro . Elles ne se parlent plus. Liliane n'a pas vu ses petits-enfants de l'été, c'est une première. Françoise appelle sa mère "M" dans un texto. Et la Maudite lui renvoie la monnaie de sa pièce.

Voici une scène racontée par Le Figaro . C'est l'hiver dernier, la fille rend visite à sa mère à l'hôpital. Troisième personnage de la scène, le chien de Liliane, qui s'appelle Thomas.

C'est à lui qu'elle parle : "Mon fils, monte sur mes genoux.

  • Maman, ce n'est pas ton fils.

  • Et la mère, qui s'adresse toujours au chien : tu vois, elle n'est pas très sympa, ta sœur."

Querelle entre mère et fille chez les milliardaires.

L'argent, nerf de la guerre, ô combien en période de crise économique. Quand on dirige le FMI, on est au cœur de l'arsenal.

"Le film à suspense de la crise", Christine Lagarde est "au feu", titre le Financial Times . Deux autres portraits lui sont consacrés, dans Les Echos et Le Figaro . Les débuts de l'ancienne patronne de Bercy au FMI sont plutôt réussis selon les deux.

En plaidant pour un renforcement rapide des fonds propres des banques européennes, fin août, elle a marqué son indépendance vis à vis du vieux continent et de son ancien patron, écrit Pierre-Yves Dugast dans Le Figaro . C'est Lagarde "l'Américaine", selon Les Echos , complice avec le ministre du Trésor d'Obama.

Le prix Nobel d'économie Paul Krugman dresse un vrai-faux éloge de la Managing director : "En plus d'être intelligente, elle est, de l'avis général, sérieuse.(...) Et c'est bien ce qui m'inquiète. Car nous vivons une époque où la prudence est une folie"

Le FMI et les banques, nouvel épisode avec ce rapport qui vient d'être publié et qui est à la Une des Echos : le Fonds estime que les banques européennes ont potentiellement perdu 200 milliards d'Euros dans la crise des dettes souveraines.

L'argent, nerf de la guerre, en Afghanistan aussi...

Voici une nouvelle et belle revue. Comme XXI , elle fait le pari du reportage au long cours. Comme XXI , elle est essentiellement vendue en librairie. D'ailleurs sa maquette ressemble à celle de XXI . Elle sort aujourd'hui. Elle s'appelle Feuilleton. La différence c'est qu'elle s'appuie beaucoup sur de grandes plumes de la littérature et de la presse étrangère pour raconter le monde.__ Certains articles sont inédits, d'autres sont des traductions. C'est du très bon boulot. Dans ce premier numéro, on trouve une nouvelle de Jonathan Franzen, une plongée de Daniel Mendelsohn dans la bibliothèque du Vatican. Et puis "Le Krach de la Kabul Bank", raconté par Dexter Filkins, du New Yorker .

Si la situation est aussi inextricable en Afghanistan après 10 ans de guerre c'est aussi à cause de la corruption inimaginable dans le pays. Cette histoire commence, encore, avec une valise de billets.

Printemps 2009, campagne pour la réélection du président Karzaï. Des hommes d'affaire sont conviés au palais présidentiel.

Parmi eux, Khalid Ferozi, directeur général de la Kabul Bank. C'est l'établissement qui verse les salaires aux employés de l'Etat afghan.

Monsieur "Nous aimerions contribuer à la campagne" dit le banquier Ferozi au président lors de ce petit déjeuner.Hamid Karzaï se contente de l'introduire auprès de son trésorier de campagne. Deux jours plus tard, deux hommes de la Kabul Bank se présentent à nouveau devant le trésorier. Ils ont une mallette avec 200.000 dollars en cash.

Cette mallette là n'est jamais remontée à la surface mais la banque a fini par couler. Selon les enquêteurs, l'argent de la corruption distribuée par la Kabul Bank reposait sur un capital d'au moins 700 millions de dollars absents des comptes.

Et c'est tout le pays qui est gangréné, de l'agent de police de base aux ministres du gouvernement. La corruption "est" l'Etat afghan, écrit Dexter Filkins, ce qui donne envie à beaucoup de se jeter dans les bras des Talibans.

Le journaliste américain décrit une autre scène. C'est un homme d'affaire qui raconte un dîner d'officiels afghans auquel il a participé.

"Je leur ai dit : 'Regardez les Talibans, ils croient en leur cause. Vous autres, vous ne croyez en rien'. Et ces types sont restés sans rien dire, bien calés sur leurs chaises. Ils étaient d'accord avec moi."

Le Krach de la Kabul Bank, et bien d'autres choses, c'est donc à lire dans cette nouvelle revue Feuilleton .

A demain !

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