(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un jour sans fin

(Bruno Duvic) Dans le film « Un jour sans fin », Bill Murray interprète un personnage dont le radio réveil sonne tous les matins à 6h. Mais c'est chaque fois la même musique, le même message à la radio, la même journée qui recommence.

Devant leur télévision hier soir, les éditorialistes ont eu un peu l’impression d’un jour sans fin... Campagne électorale permanente, avec les mêmes acteurs et les mêmes mots.

Sarkozy le retour, 40 minutes au journal de 20 heures de France 2. "Jésus n'en aurait pas eu autant pour sa résurrection", commente Maurice Ulrich, dans L'Humanité . Et un vieux refrain est revenu à la mémoire des commentateurs... « Non toi non plus tu n’as pas changé ! »… « C'est bien lui ! » titre Le Parisien-Aujourd'hui en France . « Sarkozy fidèle à lui-même » pour Metronews . « Franchement, commente Jacques Camus dans les journaux du Centre, on avait l'impression de visionner un enregistrement effectué avant 2012. »

C'est un peu plus subtil que cela à vrai dire. Pour lemonde.fr , Françoise Fressoz a vu deux personnages sur le plateau de France 2 hier : le loup et l'agneau.

Agneau au début : « L'ancien président sourit, flatte, séduit, apaise. Il gomme les aspérités qui ont suscité tant de rejets : l'hypertrophie du moi, les mots qui heurtent. Tout doux.

Et puis soudain le vernis craque. Nicolas Sarkozy durcit le ton, attaque. Le loup a dévoré l'agneau, l'âge n'a rien changé. »

Pas changé, les qualités sont là, dixit Thierry Borsa dans Le Parisien : « Sa passion pour la politique, son envie d'action, sa pugnacité. Maintenant, il faut des idées nouvelles et des actes forts. »

Et au fond, la déception est peut-être là, dans ce flottement que souligne Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain . Pour l'UMP on a compris ce qu'il voulait faire : « Nouvelle équipe, nouveau projet, nouveau mode de fonctionnement. Pour la France, c'est plus nébuleux, on reste sur sa faim. »

Le rassemblement, le changement, le nouveau choix politique... « Ce sont les mêmes mots toujours répétés pour reconquérir le pouvoir », pointe Patrice Carmouze, dans L'Eclair des Pyrénées .

Le retour d'un candidat battu en 2012, trois ans avant la prochaine présidentielle : symptôme des ratés de la politique à la française.

« En Grande-Bretagne, aux Etats Unis en Allemagne, en Espagne, relève Guillaume Goubert dans La Croix , un leader politique battu dans les urnes sort de scène presque immanquablement. » En France non, l'image du général de Gaulle et sa traversée du désert n'y sont pas pour rien. « Mais cela freine considérablement le renouvellement. »

« Retour de Sarkozy, symptôme d'une démocratie malade », titre L'Humanité . « C'est la faiblesse du pouvoir actuel à s'affranchir de la crise qui permet ce retour à cet instant. »

« Ciel, la campagne pour 2017 vient de commencer ! » s'exclame Rémi Godeau dans L'Opinion .

« P…, encore 32 mois », s'exclame Jacques Camus dans La Montagne , clin d'œil au Chirac des Guignols de l'info jadis. 32 mois, pour le meilleur et pour le pire, reprend Rémi Godeau. « Le meilleur : une opposition audible et crédible, un débat démocratique digne de ce nom. Le pire : la personnalisation à outrance, le mythe de l'homme providentiel. »

Campagne qui verra une droite en guerre, titre Libération . On notera que dans cette bataille qui commence à l’UMP, Le Figaro affiche sa neutralité. Ce matin photo à la Une des trois adversaires : Juppé, Fillon, Sarkozy et titre sobre en manchette : "UMP, Sarkozy lance la bataille de 2017". L'édito de Paul-Henri du Limbert, souvent saignant, est en retrait. Guillaume Tabard, lui, retient l'une des rares annonces de l'ancien président. Sa volonté d'utiliser le referendum s'il revient au pouvoir. Tabard y voit un triple objectif : restaurer la crédibilité de la droite dans sa capacité à réformer, répondre à la crise de confiance à l'égard des institutions, et montrer qu'il n'a pas renoncé à certains fondamentaux de ses campagnes électorales : « Nicolas Sarkozy revient au peuple. »

Dans la série retrait, on attendait ce matin un édito réquisitoire d'Edwy Plenel sur Mediapart . Mais le site se fait discret. Le choix sans doute de ne pas se mêler à la grande opération médiatique. Atlantico s'interroge sur le mot clé de ce retour : rassemblement. Dans une France atomisée, au système politique qui privilégie l'affrontement droite-gauche malgré la poussée du FN, est-il encore possible de rassembler sur un projet politique ?

Au final, au moment au moment où le champion Sarkozy retire son survêtement pour descendre sur la piste, pas mal de doutes, résumés en quatre contradictions dans l'édito de Françoise Fressoz sur lemonde.fr

  • se présenter à la présidence de l'UMP tout en proclamant l'abolition du clivage droite-gauche

  • convaincre d'être la solution quand les juges sont à vos trousses

  • vouloir incarner le renouveau quand le passif n'est toujours pas soldé

  • promettre un jeu collectif quand ses paroles montrent qu'il a déjà tout en tête

Quoi d'autre dans la presse ?

L'inquiétude du New York Times , édition internationale : l'alliance entre la France et l'Allemagne est-elle en train de se déliter ? Question alors que Manuel Valls est à Berlin. « Les deux pays sont à des places si différentes, économiquement, socialement et politiquement que cette alliance si souvent louée est à deux doigts de la panne. »

PSG "L'Etat d'urgence", c'est la Une de L'Equipe après un nouveau match nul de Paris face à Lyon au Parc des Princes. Il y a bien un malaise au PSG, écrit le journal qui inflige un 3/10 à la vedette Ibrahimovic, jugée « hors de coup, empruntée et parfois nerveux ».

« La gifle qui remue les réseaux sociaux », manchette de L'Est républicain alors que la vidéo d'une agression gratuite fait florès sur Facebook. Une jeune fille de 15 ans est mise en examen pour violence volontaire en réunion et sur personne vulnérable. La victime souffre d'un léger handicap physique, précise le parisien. Elle était sur un banc. Les agresseuses étaient quatre. Deux grosses gifles, sans raison apparente.

Et puis un chiffre, relevé par La Croix et le blog du monde.fr « Passeur de sciences ». Nous serons 11 milliards sur terre à la fin du siècle. Projection de démographes des Nations Unies. Chiffre plus important que ce qui était retenu jusque-là dans les différents scénarios. La croissance de la population africaine notamment explique cela. « Question majeure pour le siècle en cours », commente l'auteur du blog Pierre Barthélémy sur lemonde.fr .

A demain !

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