Les deux visages de Netflix, des algorithmes à la création, les Echos. Le deuil impossible de la famille d’une enfant cryogénisée, Usbek et Rica. Les métamorphoses inquiétantes d'un golfeur trop puissant, l'Equipe. Le Parisien a tracé les pérégrinations d’un vélo volé, mais équipé d’une balise GPS.

On parle d'un prêtre

Un dominicain, le père Regamey, qui dans le Paris de l'après-guerre écoutait un jeune homme que taraudaient sa timidité, sa foi mais aussi l'envie de théâtre, et la Croix me dit qu'un jour le père Regamey dit à Michael Lonsdale, "vous ferez au public des confidences que vous ne ferez à personne". Et  c'est ainsi que Michael s'offrit à nous et à Dieu aussi bien, puisque le dominicain baptisa également cet homme qui servit me dit la Croix encore Dieu et la beauté... Et ces deux chemins de l'âme furent les bonheurs de Lonsdale qui nous a quitté après une vie de comédien extra-terrestre dit le Monde, lui qui semblait incarner la condition humaine sans vraiment lui appartenir, est-ce cela la grâce... Ces deux chemins de Lonsdale, la scène et la foi, chacun après lui les parcourt sa guise, dans nos journaux aussi, et si tous ont du talent, ce sont deux journaux en particulier qu'il faut lire ce matin, Libération et Le Figaro, qui s'engagent résolument, à chacun son chemin, chacun son choix, vers une des deux vérités, ainsi sommes-nous fait. 

Libération nous dit que la grâce est comédie et se montre d'une profondeur rarement lue sur le jeu d'un acteur que Camille Nevers, décrit, chérit, dans des trésors de mots. 

"Michael Lonsdale ou la lenteur ; d’une lenteur bien tempérée qui vise au dépouillement, à une impassibilité apparemment calme. Lonsdale est dans ses gestes et sa réticence à s’emballer un comédien posé, ce qui assure prestance et autorité aux personnages qu’il incarne, mais il est aussi comme «posé là», ce qui met en péril la blanche assurance, menace l’aisance précise où perce toujours une pointe d’inquiétude hébétée : être «posé là», c’est courir le risque de faire partie des meubles et que nul ne songe bientôt plus à noter sa présence. Le numéro d’équilibriste consiste dès lors à balancer discrètement, mine de rien, entre le jeu mondain le plus hiératique (tenir un cigare dans une main, dans l’autre un verre de whisky, par exemple) et l’insignifiance défaite de ses personnages."

Je vous invite à poursuivre pour vous ce texte... et vous encourage en même temps à accompagner le figaro, pas simplement la belle nécrologie de l'édition de papier où je découvre Lonsdale brisant une chaise sur scène afin de convaincre la grande Tania Balachova dont il suivait les cours qu'il saurait se faire violence... il faut aussi aller dans la richesse et la vérité du site internet du Figaro, pour redécouvrir à quel point Lonsdale le croyant, auquel une vieille dame aveugle disait l'évangile quand il la promenait jeune à paris, avait été un compagnon du Figaro, ce journal qui veut porter une génie du christianisme. 

Et je trouve alors Lonsdale lisant pour le Figaro le testament d'un  moine assassiné, et je trouve Lonsdale lisant aussi la bible dans une conférence que le Figaro organisa, et me revient Lonsdale enregistrant Péguy et en parlant si bien dans sa dernière interview au Figaro.

"Péguy parle magnifiquement de l'espérance. C'est une petite fille «qui n'a l'air de rien du tout» mais qui entraîne ses sœurs, la charité et la foi. Parfois, on dit de moi que je suis «mystique». Mais je ne connais pas d'expérience de ravissement dans la prière. Je suis au monde, je prie dans le monde. Il faut gagner sa paix intérieure. Et s'il s'agit d'être «ravi», je dirais que c'est en étant comédien, en étant un autre, que j'approche ce sentiment."

Dans la Provence, un athée pleure, Richard Martin, le patron du théâtre Tourski qui avec Lonsdale récitait des poèmes et avait joué dans des cathédrales et avait inventé un spectacle, "Celui qui croyait au ciel, Celui qui n’y croyait pas", Lonsdale était dans sa dualité notre génie français...

On parle d'une autre dualité ce matin...

Et c'est encore du cinéma qu'il s'agit à travers Netflix dont les Echos décrivent la double structure, les deux visages, en juillet dernier, le fondateur et patron historique de la plateforme Reed Hastings, a été flanqué d'un co-PDG, Ted Sarandos, et cette nomination dit la mue de l’entreprise. Hastings incarne la première vie de Netflix, diffuseur de contenus préexistants dont la force tenait dans ses algorithmes, Sarandos porte l'investissement de Neflix dans Hollywood, la production la créations de films, l'avènement d'une société de divertissement, c'est l'autre nom de l'art, ne nous y trompons pas...

Dans Usbek et Rica, grand journal en ligne qui explore les sinuosités de notre âme moderne, on m'invite à voir urgemment un documentaire que netflix diffuse, il se nomme « l'espoir figé », il vient de Thaïlande et suit une famille, les Naovaratpong, qui ont décidé en 2015 de cryogéniser eur fille Matheryn, surnommée Einz, qu'un cancer du cerveau avait emporté... Vice, en ligne avait raconté alors l'odyssée de la fillette... Einz n'avait que trois ans, elle est le plus jeune de ces corps suspendus dans l'azote liquide en attendant une utopique avancée de la médecine qui pourra les guérir, mais ce n'est pas un film de science-fiction, ni sur la cryogénisation, mais un documentaire sur le deuil et l'absence, des parents qui vieillissent et grisonnent, un fils nommé Matrix, qui entreprend des études scientifiques, ils croient au mystère du progrès et que Einz après eux revivra. 

La science est aussi un acte de foi, souffre-t-elle des mauvais bergers? La république du centre raconte les soupçons qui pèsent sur deux médecins du CHR d'Orléans, qui auraient abusé de leur talent indéniable et de leur force de travail en multipliant, dans leur activité privée, des angioplasties coronaires, ce geste chirurgical qui combat le rétrécissement de l'artère, angioplasties qui ne s'imposaient pas, les médecins mis en cause contestent pied à pied, c'est une dispute scientifique dont le prix est notre santé, ou notre argent.

Dans l'Equipe, je vois un homme de belle santé apparente qui a joué avec son corps pour devenir invincible. Il est golfeur et américain, Bryson Dechambeau, il vient de remporter l'US Open, il a pris 20 kilos en trois ans à 6000 calories par jour de protéines pour ajouter de la puissance à ses coups et il tape plus fort que les autres, mais aussi précisément, on le surnomme le « mad scientist », le savant fou, l'Equipe décrit son jeu mécanique scientifique sans faille mais sans instinct ni créativité, et se demande s'il est notre avenir, sans le souhaiter... 

Et on parle d'un vélo pour finir...

le vélo de grande marque qu'une journaliste du Parisien a équipé d'une balise  GPS avant de le laisser attaché avec un cadenas bas de gamme dans le quartier parisien de Stalingrad, triangle des Bermudes des vélos volés dit-on, le vélo a été volé d'un coup de cadenas à 16h43 par un homme connu pour son addition au crack, il a transité par les jardins d'Eole où les drogués voisinent avec un marché du vélo volé, il est passé par Colombes puis Clichy, la journaliste Claire Duhamel a retrouvé son vélo le 3 septembre dans un garde meuble, déjà démonté emballé dans un camion d'une entreprise qui légalement exporte des vélos vers le Maroc : le patron a menti bredouillant un achat sur eBay, puis garanti par l'anonymat a gentiment restitué le vélo à sa propriétaire.

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