Une fois n’est pas coutume : je vais ouvrir cette revue-de-presse sur une requête… Cette requête (et même cette « supplique »), c’est à vous que je l’adresse, amis auditeurs de France Inter qui êtes aussi internautes et réactifs. Merci. … Merci de ne pas encombrer ma boîte électronique de messages me reprochant d’avoir, une fois encore, parlé de LUI… (je ne fais que vous dire ce que contient la presse du jour). Tout comme moi, ce matin, vos journaux essayent bien de « biaiser », de ruser, de « contourner l’obstacle » ; chacun veut faire entendre sa petite musique de cordes (avant, souvent, d’ailleurs, de faire donner les cuivres, fortissimo, en pages intérieures). Rapide florilège, pêle-mêle, des « Unes » qu’affichent, dans les kiosques, les quotidiens nationaux : La Tribune : « Défaillances en série dans la finance américaine » La Croix : « La France veut séduire de nouveaux touristes » Le Figaro : « TVA sociale : le casse-tête de la rentrée » France-Soir : « Cancer, Sida, Alzheimer, obésité : la recherche avance » L’Humanité : « Des producteurs aux consommateurs : le scandale des fruits et légumes » Les Echos : « « IPhone : le plan de bataille dApple pour l’Europe » Libération vous invite à découvrir les « tendances » de la rentrée et « passe en revue les rendez-vous qui vont faire l’actualité les prochaines semaines »… … Ah !!!???!!! Le Parisien ! Le Parisien/ Aujourd’hui en France se distingue en entrant résolument dans le vif du sujet : LUI (celui dont on ne peut éviter de parler sans pour autant donner l’impression de faire le travail de son service de comm’)… Nicolas SARKOZY apparaît pleine page à la « Une » ; Presque de dos, il nous regarde du coin de l’œil et nous fait un signe de la main près de ce titre : « 100 jours à l’Elysée : … ça se complique ». Et alors, du côté des hebdos et de leurs couvertures, nous voici gâtés… … C’est « Sarko, Sarko, Sarko », en rafale. L’Express : « Pourquoi il fascine » Le Point : « Les coulisses d’un système » Le Nouvel Observateur : « La face cachée de SARKOZY »… (… Nicolas SARKOZY, vu -pour Le Point et l’Obs- par la dramaturge Yasmina REZA, auteur, nous dit-on, d’un livre-évènement sur le chef de l’Etat, livre écrit à partir de notes prises pendant la campagne présidentielle : … J’y reviendrai dans quelques minutes). Mais d’abord, Retour sur la « Une » du Parisien/Aujourd’hui en France, et sur « La rentrée chahutée de Nicolas SARKOZY ». « Les cent jours de SARKOZY assombris par la conjoncture », titre la Tribune en page économie. « 2007-2008 : des objectifs de croissance intenables ? », s’interroge Le Monde, qui souligne la difficulté de boucler le budget, compte-tenu de la baisse des rentrées fiscales. Plusieurs de vos quotidiens vous le disent, ce matin (c’est le cas de Libération) : « la TVA sociale refait surface, lentement mais sûrement ». Le Figaro complète : « La décision finale du gouvernement, politique, dépendra surtout du contexte de début septembre qui sera marqué par une hausse des prix ». Pour « Libé », la rentrée qui s’annonce est une « Rentrée animée pour président pressé ». « La course de vitesse », reprend Le Point (… N’est-ce pas un pléonasme, « course de vitesse » ?)… Bref, l’hebdomadaire publie son baromètre IPSOS du mois d’août (enquête réalisée le week-end dernier auprès de 954 personnes en âge de voter) ; il apparaît que Nicolas SARKOZY, « en cette pluvieuse rentrée » voit sa cote de popularité s’effriter : 5 points de moins par rapport à juillet, à 61% (quand même) d’opinions favorables. Pour diriger un pays, « il faut du style et de la manière » écrit André SCHLECHT dans L’Alsace, pour mieux ajouter : « … mais ils ne forment qu’un contenant. Le temps du contenu s’annonce ». « Déjà 100 jours, et pas un jour sans », s’amuse l’éditorialiste de L’Indépendant du Midi. Bernard REVEL compare Nicolas SARKOZY à « Bip-Bip, l’oiseau qui, dans les cartoons, est si rapide que le coyote ne parvient jamais à l’attraper ». Selon mon confrère de L’Indépendant : « Rien ne sert de courir, les courbes statistiques ne se plient au rythme de personne mais tombent toujours à point. C’est elles qui donneront la mesure de l’action menée tambour battant. Elles peuvent tout aussi bien consacrer le triomphe de la vitesse qu’être l’obstacle qui arrêtera Bip-Bip dans sa course »… Pour Philippe WAUCAMPT, dans Le Républicain Lorrain, Nicolas SARKOZY « promet encore plus de vitesse, plus de réforme, plus d’ouverture. A tel point que l’on se demande si cinq ans, ça ne risque pas de faire long à cette cadence-là ». C’est ce que Christophe BARBIER, dans L’Express, appelle « Une bicyclette sans freins ». Son éditorial de la semaine se conclut par ces lignes : « Depuis cent jours, le chapiteau du Sarko-Circus résonne d’applaudissements. Tantôt trapéziste, tantôt dompteur, parfois fauve et toujours Monsieur Loyal, le président épate. Mais attention à ne pas, un jour, se retrouver simple clown ». Pour Patrick BERTHOMEAU, dans Sud-Ouest : « La fin de la pièce n’est pas écrite ». ça vient du sociologue Denis MUZET, c'est publié dans Le Parisien : "Quand un président base l'essentiel de sa communication sur les médias visuels, il s'expose aux servitudes et aux contraintes de l'image (...) à partir du moment où on est dans la politique spectacle, on s'expose aux risques du spectacle". Denis MUZET prépare, pour janvier, avec François JOST, un essai intitulé : La Télé président". Pourquoi dit-il ça, Denis MUZET ? ... C'est à cause de cette photo, que Paris Match a publié le 9 août. L'Express nous apprend aujourd'hui qu'elle a été "retouchée" par ordinateur. On y voit Nicolas SARKOZY en compagnie de son fils Louis. A bord d'une barque ou d'un canot, torse nu, il rame. Le cliché initial trahissait une "poignée d'amour" sur les hanches du président. Dans Match (abra-ca-dabra)... plus de bourrelet ! Dans L'Humanité, Pierre LAURENT est furieux : "Mais qu'on arrête un instant le tourbillon fou des images dont le zébulon élyséen abreuve journaux et télévisions" !... L'éditorialiste de L'Est Républicain, Pierre TARIBO, le rejoint dans l'indignation : "On (s'en) bat les flancs (...) qu'est la silhouette d'un président par rapport à sa pensée, à son action, à sa mission ? (...) Le citoyen est trompé sur la marchandise. Nourri à la mal-info, il ne se rassasie pas aux idées". A présent, Alain, vous parlez du livre que Yasmina REZA consacre à Nicolas SARKOZY… ... Pas encore, mais ça va venir. En guise de respiration, je m'arrête un instant sur les amis de gauche du président. Portrait du ministre des Affaires étrangères, dans Le Figaro, avec ce titre : "Bernard KOUCHNER, toujours un pied dehors". Et voici ce qu'on lit : "Turquie, immigration choisie, visite à Omar BONGO, traitement du dossier libyen : "Nicolas et moi, on est souvent en désaccord" lance le chef de la diplomatie (...) "ils sont mignons avec l'affaire libyenne, mais il y a encore un ministre des Affaires étrangères"... Ses amis prédisent déjà qu'il ne tiendra pas plus de quelques mois au gouvernement" (je referme les guillemets). Plusieurs journaux reviennent ce matin sur l'avenir de Dominique STRAUSS-KAHN, son avenir à gauche, la présidence du FMI que lui dispute maintenant un candidat soutenu par le Russe Vladimir POUTINE, le leadership du Parti Socialiste... ... Vu, dans Libération, sous le crayon du dessinateur Willem, cette scène qui montre les dirigeants socialistes, sous une pluie battante, abattus, efffondrés, anéantis, éparpignés. Au milieu du dessin, un personnage (face écrasée contre le sol, cul par dessus tête) a encore la force d'un commentaire : "on pourrait proposer à SARKOZY de prendre la tête du PS ?!". Il est donc annoncé comme étant le "livre événement de la rentrée". Il est signé : Yasmina REZA. Son titre : "L'aube, le soir ou la nuit". Il est publié chez Flammarion/Albin Michel, au prix de 18 euros... et, suivant vos hebdos, il est constitué de 186, de 190 ou de 200 pages (allez savoir). Yasmina REZA est dramaturge. Ses pièces de théâtre sont jouées dans plus de 35 langues... ... Des origines hongroises en commun, un intérêt certain envers un homme "détesté" : Yasmina REZA va trouver, un jour, Nicolas SARKOZY ; elle lui propose de le suivre dans sa campagne présidentielle, puis d'écrire, en toute indépendance, ce qu'elle retient de cette course folle vers l'Elysée... Il dit oui. Il ajoute : "Même si vous me démolissez, vous me grandirez". Elle l'accompagne pendant un an, de juin 2006 à juin 2007. Dans ses carnets, elle note en premier lieu ce dont personne ne semble s'apercevoir : sa légère boiterie. Puis elle aligne les citations, prises à la volée, ou recueillies en tête à tête. En voici quelques unes : - "Qu'est-ce qui vous sépare de George BUSH ?" - "Ce qui me sépare de George BUSH ?... Il a été élu deux fois président des Etats-Unis". A quelques jours du second tour, sûr d'être élu, il confie : "J'aurai un palais à Paris, un château à Rambouillet, un fort à Brégançon. C'est la vie". Un jour, la dramaturge souffle à son personnage que si on lui enlevait sa vie sociale, il dépérirait, et que s'il devait se retirer à Maubeuge, de désespoir il se jetterait dans la rivière. "Non" réplique Nicolas SARKOZY, "je deviendrais le roi de Maubeuge en deux ans". "L'aube, le soir ou la nuit" de Yasmina REZA, chez Flammarion, c'est un peu l'histoire d'un homme qui voulait être roi. Pour Philippe Lançon, dans Libération, "les dernières pages sont naturellement pleine d'admiration pour le vainqueur. Ce pourrait être obscène ; ce n'est que sincère jusqu'au ridicule". Un mot enfin sur ce que le dessinateur PLANTU confie à L'Express. Précisant que Nicolas SARKOZY peut se dessiner en tout (en Tintin, en diablotin, en pingouin, en explorateur). PLANTU raconte : "dernièrement, on m'a demandé de faire une affiche pour un festival de dessins de presse près de Limoges, à St-Just-le-Martel ; j'ai dessiné SARKOZY en vache limousine... et il est encore crédible. Il est vachement fascinant !".

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