Patrick COHEN : Où l'on fait déjà ses adieux à l'année 2010... Yves DECAENS : C'est déjà la saison des bonnes résolutions pour 2011, ces résolutions qu'on tiendra une semaine ou deux... C'est Le Point qui nous aide à faire la liste, Franz-Olivier Giesbert notamment. Au hasard, on ne dira plus jamais "quand il neige" mais "que fait le gouvernement ?"... ou on ne laissera plus partir la conversation sur Nicolas Sarkozy à tous les repas... ou encore, on cherchera à comprendre le projet socialiste. Quelques propositions parmi d'autres... Y a des listes pour tous les secteurs. Dans la liste des expressions à ne plus employer l'année prochaine, s'il vous plaît (c'est toujours Le Point qui propose), l'expression "pas de souci" : revenons svp au "pas de problème", injustement détrôné et plus franc du collier. Arrêtons aussi les "c'est énorme", "c'est juste", dont on ne sait pas ce que ça veut dire au juste, et je ne vous parle pas des "c'est juste énorme", etc etc. Bon, à l'inverse, vous avez des mots qu'on n'a pas fini d'entendre, et c'est heureux : "transparence" par exemple, très en vogue ces derniers jours, encore employé par Nicolas Sarkozy (ça y est, j'en ai parlé !) sur l'affaire du Mediator (on va y revenir). La transparence, c'était aussi le but de la proposition de loi créant une incrimination pénale pour les députés en cas de fraude sur leur déclaration de patrimoine... un texte que le tout nouveau président du groupe UMP Christian Jacob, poussé par son prédécesseur Jean-François Copé, a voulu amender. "Pourquoi ?", se demande encore Le Monde. La question reste posée. "Pensaient-ils, en déposant ces amendements, écrit Patrick Roger, s'attirer les faveurs des députés prompts à fustiger l'antiparlementarisme? Ou bien cherchaient-ils à protéger des intérêts particuliers ?". Même interrogation dans L'Humanité : "pourquoi tenaient-ils absolument à éviter des sanctions pénales aux députés qui mentent sur leur patrimoine ?". Dans France-Soir, c'est Gérard Carreyrou qui conclut : "Corporatisme ou bêtise ? Réponse : 'Les deux, mon député !'". Patrick COHEN : La transparence, c'est aussi ce que promet Nicolas Sarkozy dans l'affaire du Mediator... Yves DECAENS : C'est la première fois que le chef de l'Etat s'exprimait sur le médicament des laboratoires Servier, qui aurait causé la mort de 500 à 2000 personnes depuis 1976. Il le fait en évoquant "des failles" dans la pharmacovigilance. En revanche, souligne Le Figaro, il n'a rien dit à propos de Servier. Or, un laboratoire peut décider de lui-même de retirer un produit du marché... sous-entendu : l'administration peut avoir des failles, on n'est pas obligé d'attendre ses décisions quand on est responsable. Mais justement, Servier est-il responsable ? Et même, n'est-il pas coupable ? Laurent Joffrin, dans Libération, s'interroge : "Les politiques sont coupables, les fonctionnaires sont coupables : peut-être... Mais le laboratoire ? C'est tout de même lui qui a conçu le médicament et qui en défend toujours aujourd'hui l'innocuité. Rien ne démontre, précise Joffrin, que Servier ait commis une faute grave, mais on peut s'interroger sur les méthodes insidieuses et musclées parfois employées par l'entreprise". Et on lira, dans Libération, ces "méthodes de l'ombre du labo", ses "coups bas" dont Libé fait sa Une : "le culte du secret, le lobbying et les menaces". "Le labo Servier, confie un ancien employé sous le sceau de l'anonymat, c'est la Corée du Nord de l'industrie pharmaceutique". Ce que confirme à demi-mots, dans La Croix, celle qui a fait éclater l'affaire : la pneumologue Irène Frachon, qui a tout fait pour médiatiser le scandale : "D'abord, dit-elle, pour que tout le monde sache ce qui s'est passé. Ensuite, parce que je savais que mettre ma bobine dans les journaux, c'était une façon de me protéger". Et maintenant, que fait-on ? "Va-t-on mettre en prison tous les ministres de la Santé ?", demande Martine Perez dans Le Figaro. Evidemment non : un ministre peut-il être tenu responsable de faits, de décisions, de rapports pour lesquels il a été tenu dans une totale ignorance ? Ce que peut faire le ministre en revanche, et le politique en général, c'est réformer le système, assurer, comme le dit à L'Humanité le député socialiste Gérard Bapt, "une vraie démocratie sanitaire et régler les conflits d'intérêts qui minent le système de pharmacovigilance". Patrick COHEN : A propos de médicaments, une information qui fait froid dans le dos : on trouve décidément de tout dans les réseaux de canalisation... Yves DECAENS : L'eau n'a peut-être pas de mémoire, mais elle conserve d'encombrants souvenirs... Dans Le Figaro, c'est Marielle Court qui raconte : les restes de médicaments dans les eaux usées, on connaissait ; les pesticides et les métaux lourds aussi ; voilà maintenant les traces de drogue, que révèle la toute première étude française du Laboratoire de santé publique. Cocaïne, ecstasy, amphétamines et buprénorphine (médicament de substitution à l'héroïne) sont présentes dans les eaux sales... souvent de façon infinitésimale, mais elles sont présentes. Et sont riches d'enseignement sur la consommation de drogue et sur les zones géographiques concernées. Où l'on voit, commente Marielle Court, qu'il n'y a pas de différences entre communes riches et pauvres, que les consommateurs sont plus nombreux à Paris qu'en banlieue, et que le week-end est pire que la semaine (avec un pic, par exemple, pendant la Fête de la Musique). Voilà... Et une fois qu'on sait ça, eh bien rien... C'est juste inquiétant, et là le mot "juste" est parfaitement adapté. C'est au niveau du traitement des eaux qu'on va devoir s'interroger. En attendant, pas de panique : l'eau du robinet reste parfaitement potable. Patrick COHEN : Et si on parlait un peu de Noël ? Avec la neige qui ne s'arrête plus dans la moitié nord, le Père Noël pourra-t-il passer partout à l'heure ? Yves DECAENS : Question grave que pose Le Parisien-Aujourd'hui en France : "Aura-t-on nos cadeaux à temps ?". Les sites de vente à distance sont inquiets. Ils le disent à Claire Chantry : "Des milliers de colis sont dans la nature, et on ne sait pas quand ils pourront être livrés, compte tenu des conditions de circulation et des arrêtés d'interdiction de rouler qui se multiplient pour les poids-lourds". Pas de panique : les entreprises font le maximum, en faisant tourner leur personnel en trois-huit... jusqu'aux bureaux de Poste, qui seront ouverts jusqu'à 20 heures ce soir, exceptionnellement. Et si, malgré tout, les colis ne sont pas là, pas de souci : ça fera un cadeau pour le prochain anniversaire. On parlait des bonnes résolutions tout à l'heure... C'est aussi la saison des bilans. Retour aux listes proposées par Le Point. Notamment, j'aime bien la liste des "10 qui ont fait leur retour" cette année : Alain Juppé au gouvernement ; Guy Béart : nouvel album après 15 ans de silence ; même chose pour Dorothée : un nouvel album et l'Olympia ; le PSG, qui a retrouvé le moral et les avant-postes de la Ligue 1 ; * "Champs-Elysées", l'émission de Michel Drucker : même présentateur et même générique 25 ans après. Etc. etc. Ce n'est plus "Retour vers le futur", c'est "En avant vers le passé"...

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