« Il me faut chaque jour ma ration de journaux, mais il m’arrive, par vice ou par manque de temps de les lire avec retard ; tant mieux, ça permet d’écrémer l’info »… C’est l’écrivain Patrick Rambaud, Prix Goncourt 97, copain de Kouchner, de Jérôme Savary et de Bernard Haller qui dit cela aujourd’hui dans « Libération », au moment précis où les congés de février vont vous détacher de l’actualité. C’est dommage, car ce week-end, l’information passe au vert et prend la clé des champs. Pas un quotidien ce matin qui n’évoque l’ouverture du Salon de l’agriculture, Porte de Versailles, et son inauguration dans un quart d’heure par Nicolas Sarkozy. « C’est la campagne qui s’invite à Paris… » titre « France Soir », tandis que « Le Parisien » renchérit : « Neuf jours durant, Porte de Versailles, le grand public va fêter les paysans de France. Ils ne sont plus qu’un demi-million, à vivre de la terre, mais ils restent à la première place de la production dans l’Europe des 27 ». Et « Le Parisien » de recenser, ce que vous pourrez voir au Salon, si vous y allez : 600 bovins, 650 ovins et caprins. Une centaine de chevaux et poneys, 60 cochons et mille chiens de race. Bref, plusieurs milliers d’animaux, parés, étrillés, lavés, parfumés, avec médailles, rubans et clochettes, au point d’inspirer le caricaturiste Ranson, qui dessine une vache et un cochon, en conversation. « Avec tous ces trucs autour de tes cornes », dit le porc, voisin d’une blonde d’Aquitaine, « tu fais un peu bling…bling. »… « Ta gueule » répond la laitière. Tout à côté de cette éloquente caricature, un encadré sur les tarifs des entrées, de la plus grande ferme du monde. 12 euros pour les adultes. 10, pour les groupes de plus de quinze personnes… 6 euros pour les enfants de six à 12 ans. C’est gratuit, pour les plus petits. Il n’empêche, remarque « Le Parisien », que dans les conditions actuelles du pouvoir d’achat des Français, ces prix restent très lourds, pour les familles, qui ont prévu de passer, une journée au Salon. Surtout si on y ajoute une restauration - même rapide - sur place, à 10 euros en moyenne par personne. Soit pour un couple et deux enfants, calcule un confrère, une sortie à 76 euros. Un conseil conclut « Le Parisien » : apportez vos sandwichs. Ou alors, mangez malin, en vous approchant des bons stands. « Les prix, leurs ruses… », c’est aussi le titre de l’éditorial de Maurice Ulrich, dans « L’Humanité ». Le quotidien communiste, remarque en effet que les tensions sont fortes, sur les produits alimentaires, et que se nourrir devient un luxe. Certes, le prix des céréales augmente, et c’est bon pour les beaucerons, mais ça l’est moins, pour les éleveurs, de bovins, ou de porcs qui vivent la crise la plus dure, depuis vingt ans. Soupir du Président de la FNSEA, dans « Le Parisien »… « Qu’est-ce qu’on veut » dit-il, « un relèvement nécessaire des prix agricoles, ou des aides et des subventions, pour assurer l’avenir de nos agriculteurs. Veut-on des paysans qui entretiennent le paysage, ou une agriculture productive et exportatrice… ? Mais c’est vrai, nos éleveurs sont menacés, nos terroirs aussi, et nous allons demander à Monsieur Sarkozy d’entamer le débat, sur l’autosuffisance alimentaire de l’Europe. Car tout à un coût, y compris la qualité alimentaire. Encore faut-il dire la vérité aux Français », conclut Monsieur Le Métayer, « qui considère aussi, que le dossier OGM a été mal géré ! ». « Ouest-France », « L’Est Républicain de Nancy », « La Montagne de Clermont-Ferrand », « La République du Centre », « Le Dauphiné Libéré », empruntent tous aujourd’hui, les chemins qui mènent à la ferme. « C’est sûr », écrit Jacques Camus, « Monsieur Sarkozy va rassurer, ceux qui ne font pas encore de lui, l’héritier de Jacques Chirac. Et ce retour sur le plancher des vaches va nous reposer des polémiques politico-religieuses de la semaine. Attention tout de même, à la rupture, et à la réforme de la PAC ». Chantal Didier, dans « L’Est Républicain », exprime un avis voisin. « L’agriculture », écrit-elle, « version 2008 est placée entre tradition et modernité. Encore faut-il que les agriculteurs pour qui, ça va bien, se plaignent moins. Car tous ne sont pas à plaindre ». L’éditorialiste de « L’Est », conclut néanmoins, sur ceux qui n’ont plus le moral, ou qui doivent rester célibataires parce que les femmes trouvent trop dur, le métier de fermière. D’où cette conclusion en demi-teinte, de ma consoeur… « L’agriculture française se classe troisième au niveau mondial… mais Perette ne veut plus de son pot au lait ». Didier Pobel, dans « Le Dauphiné Libéré », renchérit sur ce qu’il appelle les mythologies rurales. C’est ainsi écrit, on ne peut s’en passer, cela fait partie de notre histoire, de nos origines, mais le monde change. Encore que, le Salon de l’agriculture, a la sagesse de la fable de La Fontaine. C’est bonjour, veaux, vaches, cochons, couvées… Et l’éditorialiste de poursuivre. Je le cite : « Flâner dans ses allées, c’est prendre le temps de parcourir une France éternelle qu’on n’aperçoit plus guère, habituellement, qu’à travers les vitres d’un TGV ou d’un monospace. On déguste des fromages dont on a du mal à prononcer les noms, surtout la bouche pleine de saveurs d’autrefois. On caresse des animaux surgis du grand bestiaire des livres de l’enfance. Les produits des terroirs se souviennent des vieilles cartes d’écoles Vidal-Lablache et les clarines au cou des bovins on des inflexions lointaines d’Angélus de Millet. Un tableau trop idyllique ? Evidemment. Car, au-delà des images d’Epinal, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes campagnards. Il y a la PAC qui agite le spectre de sa prochaine réforme. L’OMC avec ses échéances qui inquiètent. Nos abeilles qui battent de l’aile devant le dernier insecticide. Ou bien encore les OGM qui ne savent plus sur quel pied de maïs danser. Perette, dansait elle-aussi, avec sur sa tête son pot au lait bien posé sur un coussinet. Souvenez-vous, elle avait mis ce jour-là, pour être plus agile, cotillon simple et souliers plats… Et la dame d’investir, comme un « trader » de la Société Générale, en employant virtuellement, le prix de son lait. Elle achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée… engraissait un porc, le revendait, et mettait à l’étable, une vache et son veau, qu’elle verrait sauter au milieu du troupeau. Youpi, elle saute… le lait est renversé… adieu veaux, vaches, couvées. Gare au mari, qui va frapper, car sous le Roi Soleil, on battait sa femme. Manque, me semble t-il, la morale. On l’a tous oublié… Dommage, la voici, telle qu’elle convient aux espoirs déçus hier, à la soirée des Césars, où ce n’est pas « La Môme » qui a tout emporté… mais « La Graine et le Mulet ». Elle convient aussi, à tous ceux qui dans leurs éditoriaux ce week-end, voudraient, comme Monsieur Balladur, dans « Le Monde » daté d’aujourd’hui, voir Nicolas Sarkozy « garder le cap des réformes, mais changer de méthode, de rythme et de style ». « Quel esprit ne bat la campagne »… écrivait La Fontaine. Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole, Pyrrhus, La Laitière, enfin tous, Autant les sages que les fous ? Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes : Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes. Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ; Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ; On m’élit roi, mon peuple m’aime ; Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant : Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ; Je suis gros Jean comme devant ». A lire aussi aujourd’hui, dans « Le Monde », un portrait en demi-teinte de Madame Mignon… « Il parait », selon Philippe Ridet, « que Madame le directeur de cabinet du Président, est bigote, et dit volontiers, en parlant de quelqu’un… « Ce crétin de… ». Faut-il lire « Courrier International ». Si l’on veut pour la presse espagnole. « El Pais » en particulier. Nicolas est malade… hypertrophie de l’ego… De Gaulle dont Daniel Ruiz dans « La Montagne » d’aujourd’hui dit « Le général, c’est de Gaulle, le grand Charles comme on disait avec beaucoup de respect pour le père de notre Constitution qui fête ses cinquante ans. L’actuel tourbillon quotidien devrait puiser quelque sérénité dans la hauteur de vue et de comportement de celui qui se gardait de la mêlée. Tout n’était pas parfait, loin s’en faut. Marcellin et Peyrefitte veillaient sur nos libertés pour leur éviter de déborder, Debré de voyait pas que le mois de mai pointait le bout du pavé ».

Yvan Levaï

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