(Pierre Weill : "Septième jour de grève chez Total... Et le titre est à la Une du Progrès de Lyon : "La panne d'essence commence à faire peur")... A la station Total de Lyon-Part-Dieu, sur les pompes de "sans-plomb 95", on a discrètement posé un manche "hors service". "Plus de carburant" : le message était le même à Tournefeuille, en banlieue toulousaine. Tous les supermarchés l'avaient affiché. Le Progrès, Le Parisien-Aujourd'hui, La Dépêche du Midi... même constat : la ruée dans les stations-service a commencé. Et déjà le climat se tend. Sur la route de Tarbes, raconte Le Parisien, la police municipale a dû intervenir pour réguler le trafic : les files de voitures à la pompe empêchaient les bus de passer. David, agent en contrôle qualité, était prêt à tout pour remplir son réservoir : "Je travaille la nuit. Il n'y a pas de bus. Donc, si je ne peux pas rouler en voiture, je ne peux pas travailler". Septième jour de grève chez Total... Elle menace de s'étendre aux autres groupes pétroliers. Risque-t-on de manquer d'essence ? Le chiffre-clé est à la Une du Parisien : nous avons de 7 à 10 jours de réserve devant nous. Alors on verra comment le conflit évolue. Pour l'instant, un spécialiste en questions pétrolières appelle à garder la tête froide dans le quotidien : "La pénurie arrivera plus vite encore s'il y a un mouvement de panique dans les stations-service". (PW : "On verra comment le conflit évolue, donc... Pour l'instant, c'est le blocage")... Dans L'Humanité, reportage à la raffinerie de La Mède... Plus aucun produit ne sort depuis mercredi dernier. Les pipe-lines sont fermées, et les camions-citernes à l'arrêt. Il y a plus de 90% de grévistes. Le secrétaire CGT du site est très remonté : "C'est la question de l'emploi industriel et de son avenir qui est en jeu, et cela provoque une adhésion massive des salariés". "Pourquoi le raffinage recule en Europe ?", se demande La Croix... Réponse très simple : en trente ans, la consommation d'essence a baissé de moitié en France. La situation est comparable chez les voisins. "On ne construira plus de raffineries en Europe. La seule question est de savoir à quel rythme on va fermer celles qui existent". C'est un membre de l'Institut français du pétrole qui parle. Un de ses collègues complète le tableau : "Aujourd'hui, les trois-quarts des projets de raffineries concernent l'Inde, le Vietnam et la Chine". Tout le monde dresse le même constat. Alors Gaëtan de Capèle accuse la CGT, dans Le Figaro... Elle joue les pyromanes. "Rien, dans ce dossier, ne justifie que la France se trouve menacée de pénurie par quelques centaines de salariés encartés. Quel délit a donc commis Total pour se retrouver une nouvelle fois sur le banc des accusés ? Comme tous ses concurrents, elle est confrontée à une surcapacité de ses installations de raffinage. Elle s'est engagée à réindustrialiser le site de Dunkerque (celui d'où la grève est partie). Il n'y aura aucun licenciement, la CGT en est parfaitement informée. Mais, à quelques jours des Régionales, elle a délibérément opté pour une calamiteuse stratégie de surenchère". "Total : grève inflammable", titre Libération. Alexandra Schwartzbrod et Laurent Joffrin relèvent l'attitude étonnante de la majorité, plutôt du côté de la CGT contre Total... "Elle se bat pour l'emploi", dit Frédéric Lefebvre, qui a soudain pris sa carte chez Krazucki. Mais Libé dénonce "l'impréparation et la politique à courte vue" de l'Elysée dans ce dossier. Les syndicats parlaient de la fermeture du site de Dunkerque dès la fin janvier. Mais à l'Elysée, on a vite compris que le timing était malvenu. On a privilégié la forme sur le fond, et demandé au patron de Total de reporter à après les Régionales sa décision sur Dunkerque. Peine perdue... Alors le meilleur éditorialiste, ce matin, il s'appelle peut-être Claude Piéplu... (Extrait des Shadoks) Eh oui : "les Shadoks pompent et Borloo se tait"... Sous ce titre, dans La Tribune, Philippe Mabille résume la situation et pose une des questions de fond : est-ce qu'on peut à la fois vouloir moins d'émissions de gaz carbonique et défendre l'emploi sur les raffineries ? Voici ce qu'il écrit : "Il y a le méchant Shadok pétrolier, qui pompait et pompait tant de profits qu'à la fin il en faisait trop. Mais, face à la baisse de la demande mondiale d'essence, Total doit fermer ses raffineries : c'est une réalité. Mais le Shadok en chef n'est pas d'accord, et retarde cet ajustement au nom de la politique shadokienne du 'travailler plus pour gagner plus'. Dans le même temps, le Shadok en chef pompe tant et tant les automobilistes (taxe carbone, bonus-malus) qu'à force, les automobilistes, ces Shadok d'en bas, ont fortement réduit leur consommation d'essence. Le Shadok en chef est un peu schizophrène. Il y en a un autre que l'on n'entend plus du tout : c'est le Shadok ministre de l'Environnement. Sans doute a-t-il conscience que, de toutes les postures shadokiennes, la sienne est la plus inconfortable". (PW : "En tout cas, comme dans le dessin animé, les Shadok pompent, et cela crée un drôle de climat")... Oui, car il y a la grève chez Total, mais aussi la grève des aiguilleurs du ciel (cf. Le Figaro Economie), ou encore celle dans les ports de Corse (cf. Corse-Matin). "La grogne sociale s'intensifie à l'approche des élections", titre Les Echos. Le Monde ajoute Philips et Renault : "Le gouvernement est divisé face aux restructurations". L'effet "deuxième lame" de la crise, les conséquences sociales, est peut-être en train d'arriver. Dans la diplomatie, on distingue les conflits de haute intensité, très médiatisés (Total), et ceux de basse intensité, aussi graves mais plus discrets. Il y a beaucoup de signes de basse intensité, d'un malaise social, ce matin, dans la presse... Le livre de Florence Aubenas, "Le Quai de Ouistreham", sur cette France qui vit à moins de 700 € par mois, suscite toujours beaucoup de commentaires. "Où est passé notre modèle social ?", se demande Yves de Kerdrel dans Le Figaro ? Dans Les Echos, c'est une enquête de Caroline Montaigne sur les patrons de PME... Car on parle beaucoup des grandes entreprises, mais les petites et moyennes, elles aussi et peut-être encore plus, doivent affronter la crise. Elles représentent 97% des entreprises françaises. Et leurs patrons se sentent bien seuls pour affronter la tempête. "Stress : les patrons de PME, eux aussi, sont touchés", titrent Les Echos. L'article commence par deux suicides : un artisan de Frontignan, dans l'Hérault, sous la pression des encours bancaires, et un patron d'une entreprise de chantier naval qui venait d'être placée en redressement judiciaire. Il a laissé un mot sur son bureau : "Pardonnez-moi de n'avoir pas su sauver l'entreprise". "La grande souffrance des petits patrons" : sujet tabou jusque-là, mais qui émerge "à la faveur" (entre guillemets) de la crise... Malaise de basse intensité... C'est enfin le rapport du médiateur de la République, remis aujourd'hui. D'habitude, c'est un document assez neutre et juridique. Cette année, Jean-Paul Delevoye relève une grande incompréhension entre les citoyens et l'administration. D'un côté, un système administratif toujours plus complexe. De l'autre, une précarité croissante. L'agressivité et la violence prennent peu à peu le pas sur le respect. En cette période de crise, conclut le médiateur, notre société a plus que jamais besoin de rapports humains. (PW : "Allez... Quelques informations pour nous changer les idées")... Eh oui : parlons sexe. Quand on veut attirer ou détourner l'attention, ça marche toujours... A la Une du Parisien, vous trouverez les images de la dernière campagne anti-tabac qui choque. Une cigarette sort d'un pantalon. Une jeune fille ou un jeune homme sont à genoux, à hauteur de la cigarette. Et une main un peu plus âgée leur appuie sur la tête pour les obliger à fumer. Vous voyez l'allusion... Slogan : "Fumer, c'est être esclave du tabac". Les féministes et les associations familiales trouvent qu'on va un peu trop loin au nom de la lutte anti-tabac. Le publicitaire à l'origine de la campagne est ravi : le but était de choquer. Le sexe pour attirer ou détourner l'attention... Détourner : c'est la stratégie Berlusconi. Alors que les scandales de corruption se multiplient en Italie, pour les Régionales de fin mars, il refait le coup des jolies poupées sur ses listes. Parmi les candidates : l'assistante dentaire qui lui a refait le portrait lorsqu'il s'était fait agresser à Milan. La photo de la jeune fille est dans Le Figaro. Jamais vu une assistante à la blouse aussi peu boutonnée... Et puis... Vous savez, les journaux, il y a ceux qui les lisent du début à la fin, il y a ceux qui commencent par la dernière page, et puis il y a ceux qui se jettent d'abord sur le carnet : les naissances, les mariages, les décès... Notre camarade de France Inter Stéphane Cosme m'a conseillé de jeter un coup d'oeil au carnet du Monde aujourd'hui : on y rend hommage à Walter Frederick Morrison, qui vient de mourir à 90 ans. C'était l'inventeur du Frisbee. Tout a commencé lors d'un pique-nique en 1937... L'objet du jeu était alors un moule à gâteau échangé avec sa femme. Ils ont compris le business qu'ils pourraient en tirer. Quelques années plus tard, à l'époque où il y avait un engouement pour les soucoupes volantes en Amérique, ils ont commercialisé leur invention. C'est devenu le Frisbee, qui a fait leur fortune. En 2007, il définissait l'esprit du Frisbee : "C'est le sourire d'un enfant quand il attrape le disque un après-midi d'été dans un parc". Voilà... Merci à Walter Frederick Morrison, et paix à son âme... En ce jour d'actualité bien grise, il nous a permis de planer quelques secondes... Bonne journée...

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