C’est demain qu’ouvrira le 55ème Salon de l'Agriculture et, en langage journalistique, on appelle ça « un marronnier ». Un sujet qui revient tous les ans.

Comme le changement d'heure, le Téléthon, les œufs de Pâques ou les ponts du mois de mai… Et, dès lors, pour la presse, il faut trouver des angles originaux pour tenter de se renouveler. 

Exemple avec le supplément que publie LE PARISIEN : « La citoyenneté est dans le pré » : portraits d’agriculteurs qui, en plus de produire ce que nous mangeons, cultivent aussi du lien social, du lien politique ou du lien culturel. Un éleveur engagé dans un syndicat… Un paysan devenu conseiller régional… Une agricultrice qui accueille des enfants autistes… Un autre qui, pendant quarante ans, s’est occupé tout à la fois de sa ferme et du cinéma d’art et essai de son village, un village en Ille-et-Vilaine… Lever à cinq heures pour la première traite, coucher à 23 heures après la dernière séance… Il s’appelle Roland Berhault, et quand on lui demande s’il a réussi à se reposer durant ces quatre décennies, il hausse les épaules et cite Raymond Devos : « Se coucher tard nuit ». Une façon de reconnaitre qu’il a peu dormi. 

Ce dossier-là présente donc les agriculteurs comme des piliers du monde rural, mais ils sont de plus en plus nombreux à investir aussi les villes. C’est à lire dans LA CROIX : l’agriculture qui prend racine dans les villes… De nouveaux paysans, qui cultivent les espaces laissés libres dans les zones urbaines. Des jardins collectifs entre les barres d’immeubles, de petits potagers sur des terrasses parisiennes, des champignonnières dans les caves… Un dossier similaire cette semaine dans PELERIN, avec d’autres exemples, les projets foisonnent : maraichage écolo dans une ferme de trois hectares à 10 minutes à pied d'une station de métro de Lyon, de la culture hors sol sur le toit d'un supermarché d’Aubervilliers ou encore une startup à Rennes, qui produit toute l'année des herbes aromatiques dans des conteneurs maritimes de 13 m²... Du basilic cannelle, de la menthe du Maroc, du persil géant d'Italie, qui poussent sous une constellation de LED roses et violettes et sont ensuite vendus directement à des restaurateurs de la région. Il n'y a donc pas d'intermédiaire, pas de stockage, pas de transport... Et, dès lors, on réduit les émissions de CO²... Ces gens-là réinventent ainsi l'agriculture, tout en s'adaptant aux exigences morales de l'époque : manger local et manger bio, et manger moins de viande aussi... 

Et ça, c'est le dossier de PHILOSOPHIE MAGAZINE : « L'éthique est dans le steak »... C'est le titre à la Une, et un sous-titre qui singe la tirade d'Hamlet... « Être ou ne pas être... carnivore ? » Oui, that is the question qui semble ronger une partie de la population. Petite partie, en l'occurrence – seuls 3% de Français se disent végétariens, quant aux véganes, ils sont encore bien plus minoritaires. Les véganes : ceux qui ne consomment aucun aliment d'origine animale, et ne portent même aucun vêtement en laine ou en cuir. Ultra-minoritaires, mais les médias ne cessent de nous parler d'eux, preuve que les questions qu'ils soulèvent travaillent sérieusement les consciences. 

Et, de fait, manger de la viande soulève trois problèmes éthiques, relève Alexandre Lacroix, le directeur du magazine. D'abord, on nuit à la nature : l'impact de l'élevage sur l'environnement est ravageur... Ensuite, on se nuit à soi-même : trop de protéines animales favoriserait le développement de maladies cardio-vasculaires... Enfin, on nuit aux animaux, parce que consommer de la viande revient à cautionner la souffrance des bêtes dans les élevages intensifs, et même à financer leur mise à mort très rarement joyeuse dans les abattoirs... On lit ça, on se dit : c'est bon, on arrête, on ne mange plus que du poisson. Sauf qu'on tue également beaucoup trop de poissons, comme on le lit ce matin dans LE FIGARO : « La pêche industrielle pille tous les océans » Elle exploite environ 200 millions de kilomètres carrés, soit quatre fois plus que l’agriculture mondiale. Du reste, les poissons élevés en pisciculture sont bourrés d'antibiotiques et vivent dans des bassins bondés et souillés de déjections.

Alors, donc, on fait quoi ? Eh bien on lit la suite du dossier de PHILOSOPHIE MAGAZINE... Portraits de travailleurs amoureux de leur métier... Une éleveuse de Seine-et-Marne. Elle s'appelle Sophie, et on sent qu'elle a de l'affection pour ses bêtes. Ça lui déchire le cœur de devoir s'en séparer. Elle en vend quelques-unes à la cantine d'un lycée. « Quand je vois que des enfants ne finissent pas leur assiette, ça me rend malade », dit-elle. « Je ne veux pas que ma vache soit morte pour rien. » Un boucher de Rungis témoigne également. Boucher de père en fils depuis 4 générations. Il s'appelle Olivier et dit son émotion quand les carcasses arrivent. Son émotion devant les formes voluptueuses des bœufs, des cochons, des moutons qu'ensuite il découpera. Un discours quasi érotique. Et là, ça donne envie de rester carnivore.

L’agriculture toujours à la Une de L’OPINION : « La France est une startup nation paysanne »… Quand les innovations et les technologies, les nouvelles technologies permettent aux exploitants de voir plus loin et plus grand… Cela étant, les technologies ne fonctionnent pas toujours, comme on peut le lire à la Une de LA CHARENTE LIBRE… Hier, un robot vigneron venu de Bourgogne devait éblouir une centaine d’agriculteurs, mais le robot n’a pas fonctionné. Tout le monde est resté sur sa faim, et surtout sur sa soif : le robot n’a pas reconnu la forme des vignes du Cognac… Et puis il y a des réalités bien plus dramatiques encore… A la Une de l’HUMANITE : « Les paysans broyés par la guerre des prix »… Et le journal d’expliquer que, malgré les promesses d’Emmanuel Macron, les producteurs restent la variable d’ajustement des négociations commerciales. Des filières sinistrées, des revenus indignement bas. En 2016, un tiers des exploitants français ont touchés moins de 350 euros par mois.

D’autres réalités dans la presse ce matin.

Le témoignage d’une habitante de la Ghouta orientale dans les pages de LIBERATION… Elle raconte les bombardements de l’armée du régime… « Qu’a-t-on fait pour mériter de mourir dans ce lieu qui ressemble à l’enfer ? » Elle décrit la vie dans les caves, avec les enfants, les blessés… « On est, dit-elle, dans une tombe pour vivants. »

Lire également dans M, le MAGAZINE DU MONDE, la morale islamique qui défie la raison aujourd’hui en Turquie. La morale partout, et le retour du voile dans les Universités… Les jeunes filles ne savent plus ce qu’elles ont le droit de faire ou pas… « Puis-je mâcher un chewing-gum pendant le ramadan ? » « Est-ce un pêché de s’épiler ? » Les religieux disent même qu'il faut utiliser la main droite pour manger… « Parce que seuls les démons utilisent la main gauche. » Et tant pis, donc, pour les gauchers en Turquie… 

De son côté, MEDIAPART revient sur l’évacuation du site de Bure – évacuation des opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaire… Le site évoque « un coup de force qui met fin au dialogue »...

Enfin, LE PARISIEN nous offre à la Une le visage du président de la République« Et maintenant, il veut l’Europe ! » Où comment Emmanuel Macron entend prendre le leadership des 27 chefs d’Etat qui vont se réunir aujourd’hui à Bruxelles… 

On feuillette le journal. Page 31 : page télévision. Interview du colosse Gérard Depardieu. Il a rempilé pour la deuxième saison de « Marseille », la série qui redémarre aujourd’hui sur Netflix et dans laquelle il incarne le maire de la ville… Le titre de l’article est une citation de l’acteur… _« Je déteste les hommes politiques »_ On regarde la photo. La tête de Gérard Depardieu… Le ventre de Gérard Depardieu. Et là, on se dit que s’il pouvait, les hommes politiques, sans doute, il en ferait des steaks.

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