(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la piste est balisée

(Bruno Duvic) "Les socialistes ont le sourire, ils ont le sentiment que leur candidat François Hollande a réussi son rendez-vous." Voilà quelques mots du compte rendu que Le Figaro fait du meeting d'hier.

Quand ils liront les journaux ce matin, les socialistes garderont sans doute le sourire, car la presse est plutôt bonne, même si elle loin d'être d'un bloc évidemment.

Le risque quand on tient meeting au Bourget, c'est d'entendre parler de crash, de turbulences, de trous d'air... Mais ce matin, il est plutôt question de décollage.

"Décollage réussi - attention les secousses", écrit le huffingtonpost.fr , le nouveau site d'information dirigé par Anne Sinclair.

« Hollande prend son envol », dans Le Télégramme .

Il « met le turbo » dans Nice-Matin .

« Nouvel élan », pour Le Parisien .

« Un décollage et des impasses » pour L'Humanité

Les titres reprennent aussi les mots clés du discours : « Une France de l'exemple » dans Sud Ouest

« Son rêve pour la France » dans La Dépêche duMidi.

"E-ga-li-té", scande La Tribune , en écho au « Fraternité » de Ségolène Royal en 2007.

"Mon adversaire, le monde de la Finance", c'est entre guillemets à la Une de Libération .

Il « met le cap à gauche » pour Le Progrès, il « flatte sa gauche » pour Le Figaro

D'autres mot clés… Dans le discours d'une heure et demie Le Parisien-Aujourd’hui en France a relevé 232 fois le mot « je », 96 fois « nous », 56 fois « France », 43 « République », et 38 « égalité ».

Donc : meeting réussi selon la presse ?

Vous me concèderez qu'en 2012 on porte assez peu l'armure dans la vie de tous les jours. Et pourtant, les commentateurs attendaient de François Hollande qu'il fende l'armure, que le capitaine de pédalo devienne un commandant de bord.

Philippe Waucampt le dit avec ironie dans Le Républicain Lorrain

"C'était palpable hier au Bourget, malgré leur sens inné de la division, les socialistes n'attendaient que cela : avoir un chef. Ils espéraient une transsubstantiation de la fraise des bois. L'un de ces coups d'éclat cartoonesques où le petit employé de bureau arrache sa chemise et apparait sous les traits du super héros. Et c'est ce qui s'est produit. Il a fendu l'armure"

Un peu de sport, sous la plume de Jean-Michel Helvig - La République des Pyrénées : "Comme dans le patinage artistique, la figure imposée en campagne électorale peut faire chuter les meilleurs. Le candidat François Hollande plutôt bien réussi hier son premier grand discours "fondateur" »

François Martin - MidiLibre - a vu l'alchimie présidentielle opérer.

« Français je vous aime, finance je vous hais », voilà comment Didier Pobel résume l'après-midi sur son blog.

C'est l'empathie du candidat socialiste, dixit Denis Daumin dans La Nouvelle République du Centre Ouest . « Empathie différente de l'attention corsetée de Lionel Jospin, et de la distance, voire de la hauteur de François Mitterrand. Ce François là nous aime comme il aborde les corréziens, de plain pied sans détour ni manière. »

Et François Hollande "s'installe à gauche"

Oui c'est le titre choisi par Mediapart .

« Ne l'appelez plus jamais gauche molle », ajoute Rue89 .

« C'était un discours très charpenté à gauche et rassembleur » pour Daniel Ruiz dans La Montagne .

« Nous étions loin des eaux-tièdes sociales-libérales d'il y a 5 ans se réjouit Michel Guilloux dans L'Humanité . Mais il a été bien peu question, pour ne pas dire 'pas du tout' de rassemblement à gauche. »

"Il aura montré que d'autres politiques étaient possible, analyse Nicolas Demorand dans Libération , d'autres valeurs mobilisables, d'autres droits à conquérir. Reste maintenant à chiffrer cette vision."

Ce qui marque à gauche, ce sont les mesures "surprises" du candidat comme le titre Le Parisien qui a bien repéré la manipulation des médias à l'occasion de ce meeting. On avait dit aux journalistes qu'il n'y aurait pas de propositions. Il y en avait beaucoup. Vous les lirez en détail évidemment dans vos journaux.

En résumé, 3 chapitres

Le logement social d'abord : doublement du plafond du livret A, mise à disposition des terrains de l'Etat, sanctions multipliées par 5 pour les communes qui ne respectent pas les quotas en la matière.

La finance et les banques ensuite : séparation des activités dépôts des activités spéculatives des banques, interdiction des d'activité dans les paradis fiscaux pour les banques françaises, taxe sur les transactions financières

Les mesures au chapitre égalité : nouvelle tranche d'impôt sur le revenu et quasi interdiction des stocks option. Les dépassements d'honoraires médicaux seront encadrés.

Alors question, tout cela est-il crédible ? C'est là que les compte-tendus deviennent moins roses.

« C'est un rêve possible et c'est déjà beaucoup » écrit Jean-Claude Souléry dans La Dépêche duMidi . Hollande ou le « Républicain réaliste » pour Pascal Jalabert dans Le Progrè s.

Voilà pour le positif. Pour le négatif, cette question de Patrick Fluckiger dans L'Alsace "La gauche historique est de retour ! Est-ce tellement enthousiasmant ? »

Paul Henri du Limbert dans Le Figaro veut lui aussi fendre l'armure de François Hollande, mais à la hache : « le projet présenté hier fait l'impasse sur les immenses défis que doit affronter la France dans un univers mondialisé. Quid de l'effort de compétitivité, des 35 hures, d'une réflexion sur le périmètre de l'Etat, sur le montant de la dépense publique, évidemment rien. »

« Il faut préciser les projets et les chiffrer » approuve Dominique Quinio dans La Croix . Déçue La Tribune : le programme économique et fiscal reste encore imprécis. Il reste flou sur son programme de redressement des finances publiques, il en a rabattu sur les hausses d'impôts prévus, la question reste entière des niches fiscales à supprimer... Comment assurer le retour à l'équilibre en 2017 comme promis ?

Et il n'a pas évoqué la crise de la dette dans laquelle se débat la zone Euro.

Bref pour Jean Levallois dans La Presse de la Manche , François Hollande « ferait un excellent confiseur, ce qui n'est pas péjoratif, c'est une activité honorable qui donne parfois du rêve aux enfants. »

En conclusion ?

Ce qui est frappant à la lecture des journaux ce matin, c'est le retour du face à face. La semaine dernière, il était beaucoup question de Marine Le Pen et François Bayrou. Ce matin à tort ou à raison, les éditorialistes sont concentrés sur le duel Hollande/Sarkozy.

Pour Bruno Dive, dans Sud Ouest , l'essentiel pour François Hollande, hier était d'être l'anti-Sarkozy. « Il a compris que le style et la pratique du pouvoir, plus encore que sa politique, ont plombé durablement la popularité du président sortant. Avec Hollande à l'Elysée, on passerait non plus de l'ombre à la lumière mais du bling-bling au plan-plan. Il aurait pourtant tort de trop sous estimer son probable adversaire du second tour qui même affaiblie reste redoutable. »

« Nicolas Sarkozy avait triomphé porte de Versailles en janvier 2007, conclut Guillaume Tabard dans Les Echos . Le 22 javier 2012 au Bourget, François Hollande a marqué un premier point. »

A demain !

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