(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : mauvaises odeurs

(Bruno Duvic) Ca sent le gaz... Et pas seulement entre Rouen et Paris. Ca sent le gaz entre une partie des enseignants et le gouvernement. Grève hier, journée d'action aujourd'hui. Et ca sent le gaz entre la presse et les enseignants grévistes.

Bien souvent, l'éditorial du Monde est assez inodore. Celui d'aujourd'hui est explosif ! Il est question de la grève des instituteurs à Paris contre la réforme des rythmes scolaires.

"Quelle palinodie, écrit le grand journal du soir ! Depuis 30 ans, tout le monde ou presque s'accorde sur le diagnostic. Nous avons l'organisation du temps scolaire la plus contre-productive qui soit. Depuis le jour de son entrée en fonction, le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, a engagé une longue concertation. Et que croyez vous qu'il se passe ? La grève et une journée nationale d'action.

C'est vrai que les instituteurs parisiens craignent de perdre un privilège qui remonte à la monarchie de Juillet : ne pas enseigner l'éducation physique, la musique et les arts plastiques, pris en charge à Paris par des enseignants ‘municipaux’. Vrai encore qu'il leur est demandé de (re)travailler une demi journée de plus, sans augmentation de salaire. Disons le tout net : ce corporatisme étriqué est lamentable."

Encore un journal modéré qui met les pieds dans le plat : « Est-il possible de réformer l'école ? » se demande La Croix . L'article pointe notamment le poids des syndicat. Même Bruno Juliard, ancien patron du syndicat étudiant UNEF les a récemment accusés de corporatisme.

Réforme des rythmes scolaires, refondation de l'école aujourd'hui en conseil des ministres. La grogne dans le monde enseignant est-elle un simple coup de semonce ? L'Express.fr attribue cette petite phrase à Vincent Peillon : « Je n'ai quand même pas mis 60.000 postes sur la table pour être emmerdé après. »

On dit que la place de ministre de l'éducation, c'est celle du mort dans un gouvernement. Les premiers heurts entre la gauche version Hollande et le monde enseignant font la Une de beaucoup de journaux régionaux.

12 millions d'élèves + leurs parents dans l'éducation nationale : c'est un sujet de poids dans l'opinion publique.

Au delà de l'école, ce qui est en jeu, c'est une des grandes promesses de François Hollande : redonner espoir aux nouvelles générations

C'est même sur ce dossier qu'il a demandé à être jugé. Cela passe par une refondation de l'école, des mesures contre le chômage des jeunes, une politique du logement… Bref toute une série de réformes différentes. « Hollande, qu'as-tu fait de ta jeunesse ? » demande Libération ce matin, alors que le président présente ses vœux à la jeunesse à Grenoble.

Et ce que pointe Libé c'est le manque d'une politique globale, d'un discours général et d'une personne pour l'incarner. Oui il y a tout une série de mesures catégorielles mais l'Elysée n'arrive pas à en faire un dessein.

D'autres fuites de gaz dans la presse ?

Usine à gaz : « Réquisitoire de la cour des comptes. Politique de l'emploi, il faut tout revoir » Manchette du Figaro ce matin.

Les Echos enchainent : « La cour des Comptes juge insoutenable les finances de l'Unedic. Elle prône une remise à plat des règles d'assurance chômage jugées trop généreuses. » Qui dit crise dit + de chômage. + de chômage = un régime d'assurance plus difficile à financer.

Ce dossier là doit être ouvert à l'automne.

Cela fait une bouteille de butane en plus sous la table du conseil des ministres. Et chaque jour quasiment L'Humanité prédit l'explosion devant tant de perspectives d'austérité. « Et si on écrivait une vie sans austérité ? » C'est la Une de L'Huma . Photo d'un porte-monnaie vide à l'appui. Appui à la campagne contre l'austérité lancée ce soir par le Front de gauche.

Tout cela suffirait à occuper un gouvernement et un président. Il se trouve qu'en plus ils sont en guerre. L'intervention française au Mali a rempli une partie de ses objectifs : obliger les djihadistes à quitter un certain nombre de villes. Mais ce que craint la presse ce matin, c'est le climat dans ces villes après... « La crainte d'une spirale de revanche », titre Libération . Revanche contre les arabes et les touaregs désignés comme ennemi sans la moindre nuance. Une trentaine de personnes sommairement tuées dans la ville de Sévaré selon la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Mauvaises odeurs... L'histoire des révolutions arabes continue de s'écrire sous nos yeux. Et elle prend ce matin un visage tuméfié. Celui de Mohamed Samir. Il a 19 ans, il est Egyptien. Long portrait dressé par Delphine Minoui dans Le Figaro . Ce jeune homme est à la fois un jusqu'au-boutiste et un martyr de la révolution. Il est sur la place Tahrir depuis le premier jour. Et il en paye le prix, quel que soit le pouvoir. En l'espace de deux ans, il a connu les assauts du régime Moubarak à Tahrir (le départ du dictateur était au bout), le tabassage et la prison sur ordre de l'armée et, la nuit du dernier réveillon, toujours place Tahrir, une balle de chevrotine dans la tête et deux jours de coma. Cette fois les Frères musulmans sont soupçonnés d'avoir voulu faire taire cet irréductible militant de la liberté.

Quoi d'autre dans la presse ?

Dans l'enquête sur le match truqué en handball, une nouvelle pièce apportée par Midi Libre . La star de l'équipe de France Nikola Karabatic a toujours nié être impliqué. Et pourtant la veille du match Montpellier-Cesson qui a donné lieu à beaucoup de paris suspects, il a téléchargé une application de Paris en ligne sur son téléphone, selon Midi Libre .

Une autre enquête est menée dans L'Express . François Régis Gaudry, l'homme qui vous fait partager les plaisirs de la gastronomie le dimanche de 11h à midi sur France Inter, revient sur la mort d'un grand chef. Le suicide de Bernard Loiseau c'était il y a 10 ans.

Pour le grand public, la Côte d'or à Saulieu ce n'était qu'excellentes odeurs. Les jambonnettes de grenouille à la purée d'ail et au jus de persil, entre autres, avaient valu les 3 étoiles Michelin au chef bourguignon.

La pression du guide Michelin.... Elle avait été pointée au lendemain du suicide de Bernard Loiseau. 10 ans plus tard, sans accuser le livre rouge d'être responsable de ce geste fatal, François Régis Gaudry apporte de nouveaux éléments. "Tout n'a pas été dit sur le rôle joué par le guide dans cette affaire", écrit-il.

Deux mois avant sa mort, le chef et son épouse ont rendez-vous au siège du Guide Michelin à Paris. Le compte rendu de cette visite, révélé par l'Express, montre bien que le Michelin avait fait part de ses « soucis » à Loiseau : irrégularité manque d'âme dans sa cuisine.

Le chef en était sorti choqué. Deux jours plus tard, il envoyait au Michelin, une lettre pour faire allégeance : « Nous avons bien compris votre avertissement. Tout est mis en œuvre pour redresser au plus vite la barre. »

Deux documents de plus. Dans l'engrenage fatal, il faut aussi tenir compte du caractère dépressif de Loiseau, des dettes accumulées pour faire grandir son empire, de la fatigue, de son obsession de la réussite.

Au cimetière de Saulieu, comme sur les tombes des stars, on trouve encore des gris-gris en hommage au chef disparu il y a 10 ans : une corne de cerf et un poivrier.

A demain

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