Etre homosexuel en France... Pas toujours facile... Pas toujours difficile non plus... L'analyse de la situation mérite d'être nuancée... On vient de le voir avec vous, Jean-Luc Romero... En Pologne, en revanche, être homosexuel, c'est encore l'enfer... La Pologne, pays qui fait désormais partie de l'Union européenne, est un pays où l'homophobie se porte bien... Comme en témoigne l'article publié par la "Gazeta Wiborcza", après la Parade de l'Egalité du 10 juin à Varsovie, sérieusement perturbée par des contre-manifestants. Dans ce journal, c'est une philosophe qui s'exprime : Magdalena Sroda, par ailleurs ancienne ministre de l'Egalité des chances... "La haine de l'homosexualité, qui exprime avant tout l'angoisse de perdre sa masculinité, écrit-elle, se propage comme la grippe espagnole... Voilà qu'après Poznan et Cracovie, cette maladie typiquement polonaise a touché Varsovie, se lamente l'ancienne ministre, qui dessine avec brio le portrait de l'homophobe de base : un individu irrité par les couleurs, surtout lorsqu'elles forment un arc-en-ciel... Il est allergique au soleil aussi, c'est pourquoi il porte souvent une cagoule. Il préfère l'obéissance à la joie, manifeste son attachement à l'ordre, la discipline et la famille... Pour lui, les mots 'égalité', 'liberté individuelle' et 'tolérance" sont des invectives. Armé d'une pierre, d'un oeuf ou d'une batte de base-ball, l'homophobe n'a peur de rien... En Pologne, il est au pouvoir... Il a accès aux médias... Il est persuadé d'avoir raison... C'est son éthique. Oh, il ne s'agit pas de se soucier de la population humaine en général, mais des Polonais catholiques blancs... Eh oui... Qui va en concevoir de nouveau, si les procréateurs rejoignent la minorité homosexuelle ? Non, notre patrie ne peut pas se permettre un gaspillage de spermatozoïdes supplémentaire". Signé Magdalena Sroda, intellectuelle, Polonaise. Et pendant ce temps, dans un autre pays de l'Union européenne... En Belgique... La première église oeucuménique pour homosexuels, lesbiennes et transexuels ouvre ses portes... Parce que, comme le dit le pasteur Johan Mertens au journal "Metro" de Bruxelles, renoncer à sa croyance parce qu'on est gay ou lesbienne, c'est permettre qu'on nous dépouille de quelque chose de beau et de précieux... Acte de résistance". Homosexuel et chrétien... Ou autrement dit, chrétien et gay sans complexe... C'est "Le Monde 2" qui s'intéresse, cette semaine, à ces communautés de croyants homosexuels à Los Angeles... Elles envahissent des chapelles qu'elles ont fondées, et qui, elles, ne connaissent ni crise de vocations, ni manque de fidèles... Une leçon au Vatican... Qu'on n'aime pas beaucoup, là-bas... Il faut dire qu'en octobre dernier, le Saint-Siège a parlé, concernant l'homosexualité, "d'ordre non naturel"... Ce à quoi les homosexuels californiens répondent : "amour, fidélité et préservatif". Oh le joli mois de mai ! C'est une tradition populaire charmante : le mois de mai est fait pour être joli... Eh bien, il fut très joli, affirment "Les Echos", qui braquent leur projecteur sur l'éclaircie qui, selon le journal, a illuminé l'économie française le mois dernier. Les premiers rayons du soleil ont percé hier, avec la note de conjoncture de l'INSEE, qui révèle une croissance plus robuste depuis l'été dernier... "Les Echos" donc nous expliquent qu'après des mois de grisaille, le beau temps s'est installé sur l'économie française... La consommation a grimpé, dans de très nombreux domaines... Le BTP, l'informatique, la publicité et la sidérurgie sont en forme... Des signes positifs sont également apparus dans les transports, les plastiques ou la mécanique... Dans la grande distribution, on parle même d'euphorie printanière... Et au-delà de l'euphorie, il y a comme une certaine folie... En témoignent les ventes d'écrans plats de télévision, boostées par la Coupe du Monde de football... Tiens donc... Dans son édito intitulé "Allez les Bleus !", Patrick Lamm explique que, tant en football qu'en économie, la confiance est un élément primordial... Et que si l'on n'a pas confiance, on ne prend pas de risques... Et que si l'on ne prend pas de risques, on décline. Patrick Lamm qui note qu'en 98, avec la victoire des Bleus, la confiance des ménages s'en trouva accrue... Leur consommation aussi. Oui, c'est tout simple, l'économie... Simple comme le football. La confiance, tu parles !... "La France tremble", nous dit "Le Parisien", qui en fait son titre en Une. Vous tremblez, vous ? "La France tremble"... Ca, c'est le genre de titre qui vous crée un climat de confiance... Ah, si les Bleus reçoivent "Le Parisien" en Allemagne, ils vont être contents !... Ils vont se dire : "C'est bien... On est soutenus !" Bon, si "Le Parisien" ose ce titre, c'est sur la foi d'un sondage... Or, chacun sait qu'un sondage n'est jamais de mauvaise foi... A en croire cette enquête, 59% des Français craignent l'élimination des Bleus. Le genre d'infos qui doit vous donner une pêche d'enfer avant d'entrer sur le terrain. Ils vont être détendus, les Bleus, s'ils ont vent de cette affaire ! Alors la question posée par l'Institut CSA mardi et mercredi dernier, c'était, mot pour mot : "Vous, personnellement, pensez-vous que l'équipe de France va se qualifier pour la suite de la compétition ?" Il y a donc près de 6 "vous personnellement" sur 10 qui pensent que "non"... Mais personnellement, hein, parce qu'il y a des considérations techniques qui échappent au commun des mortels... Des truc d'initiés, genre "tactique à adopter", "un ou deux attaquants de pointe", "schéma en 4-4-1" ou autre combinaison ésotérique... Pour en savoir plus sur ce point, lisez "L'Equipe"... 9 pages entières sur France-Togo... Vous êtes servis. En tout cas, à la lecture de la presse... Et vraiment de tous les journaux... On sent que les autres sujets : politique, économie, société, étranger... S'ils sont traités, c'est presque par politesse... Non, la grande affaire, c'est le match de ce soir, avec toujours ce côté étonnamment anxiogène, sur le thème "La France a peur". "Oui, les Français ont peur", écrit mot pour mot Francis Brochet dans "Le Progrès"... Qui s'interroge : "C'est où, le Togo ?"... "Très haut, répond-il : un Himalaya à franchir". "Allez, remuez-vous, secouez-vous !", exorte Hervé Chabot dans "L'Union"... "Ayez un véritable esprit d'équipe, et plus d'amour-propre !"... "Oui, assène Jean Levallois dans "La Presse de la Manche" : la minute de vérité, c'est pour ce soir... Ca passe ou ça casse"... Formule qu'on retrouve assez souvent dans les journaux, ce matin, presque comme une menace. Parce que, qu'est-ce qui casse, finalement ?... Eh bien, un peu tout, comme l'affirme "Le Parisien", sur une page intitulée "Pourquoi une élimination au premier tour serait pire qu'en 2002"... Et on nous explique qu'il y a 4 ans, les Bleus avaient des circonstances atténuantes... Enfin, une circonstance majeure : la blessure de Zidane... Cette fois, pas d'excuse de ce genre, d'autant plus que la France est tombée dans le groupe le plus facile du Mondial, insiste "Le Parisien"... Ce que confirme "Libération" : "La France est dans l'obligation de gagner ce soir... Coup de bol : l'adversaire, de nature modeste, est déjà éliminé", écrit ce journal. Enfin, "Le Monde" lui aussi s'intéresse à ce côté "ce soir, il y a tout à perdre"... Une longue liste de tous ceux à qui une défaite porterait un grave préjudice... Essentiellement tous ceux qui ont investi de l'argent... Entreprises, télévisions... Voilà l'ambiance, en cette journée de match, où, à propos des Bleus, la presse nous fait broyer du noir... Eh : si on changeait de couleur ? En attendant, changeons de pays... Retour en Pologne... Où le journal "Super Express" de Varsovie, cité par "Le Courrier International", nous en raconte une bien bonne : le leader du Parti polonais des pauvres a porté plainte contre le sélectionneur de l'équipe nationale. Ecoeuré par le match Pologne-Equateur, qu'il qualifie de "scandale", il réclame 10.000 zlotys de dommages et intérêts pour "préjudice moral" et "offense au sentiment patriotique". C'est une excellente question, posée par "Le Nouvel Economiste"... La question qui fâche les journalistes... Le sujet qui met le feu à une conférence de rédaction... Demandez, dans un dîner nécessairement mondain où intellectuels, politiques et journalistes se côtoient : "Qui vote quoi ?"... Vous obtiendrez un grand blanc, écrit "Le Nouvel Economiste"... La maîtresse de maison se chargera immédiatement de changer le sujet de la conversation... Alors, à nous, à vous, lecteurs, l'exercice périlleux de lire entre les lignes pour deviner quel journal penche pour qui. D'ailleurs, penche-t-il ?... "Oh, vous savez : on ne se mouille plus, on trouve des biais", confie un journaliste du service politique de "Libération". "Résultat, écrit Henri Nijdam, rédacteur en chef du "Nouvel Economiste", notre presse d'opinion est molle... Ses pages expriment une tiédeur, inspirée par les ravages du politiquement correct et autre prêt-à-penser... Phénomène qui n'est certainement pas sans relation avec l'érosion de ses ventes". Et ça, poursuit l'hebdomadaire, c'est une exception française. Oui, contrairement à la plupart des grands journaux étrangers, les titres de la presse hexagonale se tiennent prudemment à l'écart de tout engagement... A la veille d'une année électorale cruciale, il semblerait qu'une timidité persistante se soit saisie des rédactions les plus emblématiques... "Circulez, y'a rien à lire !", conclut "Le Nouvel Economiste". Un constat qui n'engage que lui, mais que le rédacteur en chef adjoint de "L'Express" confirme, lorsqu'il dit que la presse devient pédagogique, analytique... Christophe Barbier affirme que les journaux français n'ont pas le courage de dire franchement ce qu'ils pensent, contrairement aux journaux étrangers. Autre explication, signée Jean-Clément Texier, spécialiste de la presse : "Les journalistes sont aujourd'hui remarquablement formés, dit-il, mais sans doute manque-t-il les tempéraments d'hier". Quant à Philippe Tesson, aujourd'hui directeur de la publication de "L'Avant-Scène", il explique que si la presse est un peu molle, elle est à l'image de l'opinion". "Alors, n'allez pas chercher plus loin, nous dit "Le Nouvel Economiste" : c'est aussi une des raisons pour lesquelles la presse people se porte bien". Enfin... Tant que vous pourrez reproduire ce bruit... Tant que vous pourrez tourner des pages, et toucher du papier... Vous aurez, nous aurons encore une bonne raison de nous lever le matin. Bonne journée à tous !

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