"Messieurs les joueurs de l'équipe de France, nous entamons notre descente vers Paris. Veuillez boucler vos ceintures et enfiler vos casques de protection contre les tomates pourries"... Vous voulez des sarcasmes ? Vous en aurez plein vos filets, ce matin, dans la presse... Il y a tellement de rancoeur, de colère et un tel effet de meute qu'on ne trouve pratiquement aucun édito pour dire la tristesse toute simple du supporter qui ne peut plus rêver. Et c'est vrai que les sentiments étaient ambivalents, hier, au moment du coup d'envoi. Didier Pobel, dans Le Dauphiné, tourne autour de ces sentiments... "C'était quoi, au juste, ce truc bizarre qu'on regardait à la télé hier après-midi ? Ce qui se déroulait là, devant nos yeux, appartenait à un autre univers. Depuis les épisodes, aussi affligeants que grotesques, des jours précédents, les repères habituels n'existaient plus... le coeur n'y était plus : ni celui des joueurs, déshumanisés ; ni le nôtre, meurtri, abusé, shooté. Le seul football qui nous intéresse ne se pratique plus désormais que dans les cours de récréation... avec les tournois de copains, les vignettes Panini et l'unique Bleu qui vaille : celui de nos enfances éternelles". C'est peut-être parce que cette part d'enfance a été volée, ces derniers jours, que la presse est aussi violente. Collection de Unes, en forme d'hallali : "Bleus : des plumes et du goudron ?", demande La Dépêche du Midi ; "Du balai !", exige La Charente Libre ; Nice-Matin se contente d'un adjectif au pluriel : "Nuls !" ; à la Une de Métro, une photo de Raymond Domenech : "Tchao Pantin" ; * le quotidien corse 24 Ore fait carrément sécession avec un titre en corse : "I Francesi Fora !" ("Les Français dehors !"). C'est vrai que, jusqu'au dernier moment, Raymond Domenech, en particulier, n'aura rien fait pour se faire aimer : il termine le Mondial en refusant une poignée de mains à l'entraîneur sud-africain. "Domenech, le dernier mépris", titre Le Parisien-Aujourd'hui. Apparemment, il lui en veut d'avoir dit que la France ne méritait pas sa place au Mondial après la main de Thierry Henry face à l'Irlande. Maintenant, commence "le grand déballage", comme le titre France-Soir. Les joueurs (Evra, Henry) ont promis de parler dans les jours à venir. Ils renoncent aux primes des sponsors. Mais rien n'atténue, ce matin, les mauvais sentiments. Dominique Sévérac, dans Le Parisien, espère qu'ils ne se remettront pas si facilement de ce fiasco et que leur carrière va en souffrir. C'est "la fin d'un monde", à la Une de L'Equipe. Dans l'édito, Fabrice Jouhaud se défoule sur Domenech et demande des têtes : les têtes de la Fédération française de foot, "pour qu'enfin elle ne soit plus aux mains de ces pantins". Ils étaient 23 au début de l'aventure, d'où ce titre dans Libération : "Et 1… et 2… et 23 zéros". (Nicolas Demorand : « Alors jusqu'où ira le grand déballage ? ») Pour l'aspect purement sportif, on verra dans les jours à venir. Pour l'aspect disons politique et social, le débat sur cette équipe minée par les clans et l'individualisme se prolonge. Entre la version Domenech sur le monde des Bisounours, où tout le monde s'aime et où il n'y a que les méchants journalistes pour y voir des problèmes, et la version Finkielkraut sur la débâcle expliquée par la division ethnique de l'équipe, le sociologue Patrick Mignon essaie de trouver un juste milieu, dans L'Express... "Tout comme il était hâtif d'affirmer que les Bleus de 1998 étaient à l'image de la France Black-Blanc-Beur d'alors, il serait faux de dire que ceux de 2010 ont été envahis par la culture de la banlieue. Mais le mode de vie actuel des footballeurs ne leur permet pas de surmonter des clivages classiques. Les joueurs partent très tôt dans des équipes à l'étranger. Du coup, lorsqu'ils se retrouvent en stage de préparation, ils vont plutôt vers ceux qui partagent leurs codes, leur façon de parler. Puisque le foot recrute beaucoup dans les milieux populaires, il faut un sélectionneur capable de gérer ces collectifs, de leur proposer un but commun autre que la seule réussite matérielle et médiatique". Les Bleus saisis par la fièvre des banlieues... Le dessinateur Luz préfère s'en amuser, dans L'Humanité. Il imagine leur descente des Champs-Elysées cette année : oui, ils sont vêtus de bleu, mais ce sont des burqas, sous lesquelles ils se cachent. Parole au supporter triste, à nouveau, pour terminer... Sur la photo à la Une de L'Equipe, à gauche se détache un joueur, tête basse : c'est Thierry Henry... 51 buts en équipe de France (plus que Platini), 123 sélections (plus que Zidane), une Coupe du Monde et un Championnat d'Europe au palmarès... mais encore une main pour ternir une fin de carrière. "La fin d'un monde" : le titre de L'Equipe s'applique aussi à ce grand joueur. (ND : « Bon, en tout cas c'est fini. On va pouvoir parler d'autre chose »)... Et des affaires, jusque-là reléguées au second plan, vont peut-être remonter à la Une. L'affaire Woerth/Bettencourt, par exemple... Ministre du Budget puis du Travail, savait-il qu'une partie de la fortune de Mme Bettencourt échappait au fisc ? Même question à son épouse, qui travaillait dans la holding chargée de la gestion des affaires de L'Oréal et de Mme Bettencourt. Y a-t-il eu mélange entre les intérêts privés et les intérêts publics ? Florence Woerth se défend, ce matin, dans les colonnes du Parisien... "Aujourd'hui, je ne peux pas prendre un travail sans risquer de voir mon mari accusé de conflits d'intérêts. Je ne suis pas à plaindre, mais il y a tout de même une vraie question de fond : une femme de ministre qui a des responsabilités peut-elle travailler ?". Elle confirme qu'elle va démissionner de ses fonctions, officiellement pour mésentente avec son patron. A vrai dire, personne ne doute, ce matin, de l'intégrité des époux Woerth. Mais les éditorialistes dénoncent les "conflits d'intérêts entre affaires privées et affaires publiques", comme le titre La Croix. "Il est proprement sidérant, écrit Jean-Pierre Bedeï dans La Dépêche du Midi, sidérant que nos excellences ne soient pas habitées par la prudence et la décence les plus élémentaires les empêchant de tomber dans un mélange des genres malsain qui leur semble pourtant naturel. Au moment où le gouvernement demande des sacrifices aux Français, il s'avère incapable de montrer l'exemple. Et se creuse le fossé entre des élites protégées et un peuple qui s'estime le dindon de la farce. Jamais un pouvoir politique n'aura autant favorisé une telle distorsion". Les scandales dans un climat de rigueur : Le Canard Enchaîné suit cela de très près... Cette semaine, entre autres, on apprend que François Fillon a fort mal pris la dernière initiative de Claude Guéant : le secrétaire général de l'Elysée a annoncé lui-même, dans le Financial Times lundi, les prochaines mesures de rigueur. "Quand je vois ça, aurait déclaré le Premier ministre dans Le Canard, je me dis que le gouvernement est mené comme l'équipe de France : Nicolas n'a rien à envier à Escalettes, ni Guéant à Domenech". (ND : « Quoi d'autre, dans la presse ? ») Scandale et rigueur, encore... A la Une du Monde : l'ombre du scandale sanitaire en Guadeloupe et en Martinique... A cause d'un pesticide toxique utilisé de 1973 à 1993 contre un parasite de la banane, la population est surexposée au risque de cancer de la prostate. Une étude médicale valide des signaux d'alerte longtemps ignorés par les autorités. A l'hôpital public à Paris, ça ne va pas fort... Libération raconte comment l'AP-HP est dans le flou le plus total : le budget 2010 n'est toujours pas voté… le tout, sur fond de suppressions de postes. Enfin, une alerte dans L'Humanité... "Précarité : le nombre de coupures de gaz explose". 300.000 consommateurs pourraient subir des coupures cette année, pour cause d'impayés. C'est trente fois plus qu'en 2008. Allez... Pour finir, quelques grammes de finesse dans ce monde de buts... (extrait musical) Ce que vous entendez là, c'est un extrait du nouvel album de Keith Jarrett et son contrebassiste Charlie Haden. L'album s'appelle "Jasmine". Keith Jarrett raconte dans L'Express comment il a été enregistré dans un tout petit studio dans sa propre maison du New Jersey... "J'avais envie d'un huis-clos : juste mon putain de Steinway bringuebalant, le crissement de la porte de bois et la contrebasse de Charlie. C'était romantique. Nous avons passé trois jours et trois nuits à improviser sur des classiques. J'avais l'impression d'évoluer comme un pinceau sur une toile blanche. Nous étions sur un tapis volant. Et il s'est passé une chose étrange : dès que l'on jouait, une fragrance emplissait la pièce, un parfum de jasmin. Charlie et moi sommes tombés amoureux sur ces notes". L'album paraît sous le label ECM. Dans les colonnes de L'Express, Keith Jarrett nous offre les seules "blue notes" de cette matinée bien grise... Bonne journée…

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